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29 août 2015

Dans l'intimité d'une famille au XVIIe siècle

D'après l'inventaire des biens de Jean Humbert (Les Abrets, 1680).


Nous sommes le 13 février 1680, sur les 8 heures du matin, à La Bruyère, hameau des Abrets, village du Dauphiné proche de la frontière savoyarde. Pierre Girerd, notaire de Leyssins (un hameau de Chimilin, le village voisin) se rend auprès de Noël Humbert, laboureur, tuteur de Anne, Claudine et Françoise Humbert, ses petites-filles, filles de feu Jean Humbert. Le dit Jean Humbert, en son vivant également laboureur, nomma son père Noël comme tuteur de ses filles lors de son testament. Après le décès, Noël fit dresser un inventaire des biens de son défunt fils.

Pour ce faire furent assignés à comparaître devant la maison du défunt les parents et alliés de la famille: Melchior Musy, bourgeois de Faverges, Jacques et Joseph Humbert, frères, Benoit Cuaz, maréchal, Antoine Bourdet, Jean et Pierre Humbert, frères, Benoit Dalmais de Saint-Albin de Vaulserre et Léonard Bouvier-Lapierre, bourgeois de Chimilin. Les dits parents élisent comme experts pour faire l'inventaire, Jean Recouraz, natif de Saint-Geoire en Valdaine et marchand à La Bruyère et Antoine Roche, praticien de Chimilin.


Noël Humbert, accompagné des dits experts et après avoir fait le signe de la Sainte-Croix, leur remit les clés de la maison d'habitation. Ils se dirigèrent vers une garde-robe en noyer, située dans la cuisine et contenant les papiers et les titres de la famille Humbert. Les papiers sont alors triés et répertoriés par le notaire. D'un point de vue généalogique, plusieurs actes présentent un intérêt certain:
  • testament de Guillaumaz Bouvier-Lapierre, 04/12/1671
  • contrat de mariage du défunt Jean Humbert avec Marguerite Musy, 11/05/1670
  • reconnaissance de Noël Humbert envers l'abbaye de Hautecombe en Savoie, 28/09/1658
  • testament de Clauda Besson épouse de Claude Humbert, 01/05/1639
  • contrat de mariage de Noël Humbert et Guillauma Bouvier-Lapierre, 18/09/1636
  • acquittement de Bernardin Pelisson pour Claude Humbert, 26/01/1632
  • vente de Claude Boucon à Claude Humbert, 03/02/1631
Grâce à l'inventaire de ces papiers, trois générations de la famille Humbert sont connues:




L'inventaire permet également de reconstituer l'arbre généalogique de la famille Humbert et de ses parents par alliance:


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Tous procédèrent ensuite à l'énumération des biens matériels situés dans la maison d'habitation. La maison est bâtie de murailles, sauf entre la cuisine et la chambre neuve, où le mur est fait de pisé. Le toit est couvert de paille. La pièce principale est la cuisine, dans laquelle on entre du côté du levant, par une porte double fermant au dehors par une clé et à l'intérieur par un verrou. La cuisine contient alors:
  • La garde-robe en bois de noyer, avec les papiers de la famille ainsi qu'une grande nappe à la Venise, 6 autres nappes, 12 serviettes, 3 chemises de rite pour hommes et à manchettes et 23 draps de toile mêlée
  • Un lit en bois de noyer fort vieux, garni de son garde-paille, d'un matelas rempli de poussières et entouré de toile de rite avec un tour en franges, ainsi qu'un drap servant de dessus de lit
  • Un autre vieux lit en noyer garni de garde-paille, un matelas, un traversier rempli de poussières, une vieille couette blanche, entouré de toile de rite et d'un tour en franges
  • Une vieille arche contenant 8 bichets de pois blancs
  • Un panier
  • 5 assiettes, 7 plats, 5 écuelles, 2 petites cuillères, un pot et une chopine, le tout en étain
  • 2 poids à crochet
  • Une romaine, une scie (dite balard) de 5 pieds de long, une broche en fer, un follent, un pal en fer, un taille pré et un levou, 2 bigod, 2 tridents, 2 fourches en fer, 3 piochons en fer, 3 tarières en fer, 2 ciseaux en fer, 2 serpes
  • Une cremalière à 7 boucles
  • Un grand chaudron avec une anse de fer
  • Deux autres chaudrons et deux bassines, dont une en cuivre
  • Trois poêles à frire
  • Un fusil avec sa platine
  • Quatre chaises
  • Un coffre fait en façon à tenir du sel, fermant à clé
  • Un coffre contenant 6 bichets de pois blancs
  • 2 lampes, une en laiton et l'autre en fer blanc
  • 2 bottes de chanvre 
  • Une vieille armoire de peu de valeur et un petit coffre qui contient le linge des filles du défunt
  • Martin Drolling, L'intérieur d'une cuisine,
    © RMN/J-G. Berizzi, Musée du Louvre, http://www.louvre.fr

Dans la petite chambre, située à côté de la cuisine du côté du couchant, fermant par une porte en sapin toute neuve:
  • Du chanvre prêt à être battu
  • 1 vieux lit en noyer, garni d'une poussière, un traversier, une couverture de laine
  • Une arche contenant 2 bichets de pois blancs et 3 bichets de fèves
  • Un coffre en bois de noyer, contenant 6 nappes de cordailles, 5 draps, 18 serviettes, 3 chemises pour femmes en toile
  • Un vieux tonneau contenant 8 bichets de millet 
Dans la chambre appelée "chambre neuve", située au midi de la cuisine:
  • Le coffre de feue Marguerite Musy, épouse du défunt, qui contient: un collier de perles fines blanches, un reliquaire d'argent, 3 scapulaires et 3 rubans
  • Une petite boîte en bois blanc qui contient des économies (285 livres et 3 sols)
  • Un coffret en bois blanc où se trouvent: une bague en or, une bague d'argent, 2 aiguilles en argent, 18 mouchoirs de col, 16 coiffes appelées cornettes (6 de toile rousse et 10 de toile blanche), 12 autres toiles à mouchoirs, un crepe
  • Un coffre contenant 3 couvre-chef blancs, 21 serviettes à la Venise, 10 grands draps, deux nappes neuves, une jupe et son juste-au-corps de la même étoffe, 2 jupes rouges, deux pièces d'une garniture de lit tissées à la façon d'une tapisserie et enfin huit tabliers, 27 chemises pour femmes, 1 jupe grise et 3 chemises pour hommes, le tout en toile de rite
  • Un miroir encadré
  • 90 livres de chanvre en 2 bottes, 6 bichets de seigle dans un sac en toile, 6 bichets d'orge dans un autre sac, 8 bichets d'avoine, 1 bichet de lentilles
  • Un quart à mesurer le blé
  • Une table longue en bois de noyer
  • 8 paillasses
  • Un banc
Dans une autre petite chambre, située du côté du couchant, se trouvent:
  • Une arche en bois de chêne fermant à clé, contenant 12 bichets de millet
  • Une pierre à huile sans couvercle
  • Une gerle
  • Une poussière
  • Une grande arche en chêne contenant 12 bichets de seigle, un étage plein de noix et l'autre plein de châtaignes
  • Une vieille armoire
  • Un vieux tonneau contenant 2 bichets de millet
  • Une cruche en terre contenant de l'huile de noix
Au grenier:
  • Un vieux coffre avec 2 bichets de millet
  • Un petit plat rond avec 3 bichets de lentilles
  • Une clé à sécher les noix et châtaignes
  • 70 bichets de blé noir
  • La moitié d'un lard, 4 murissons
  • 4 jambons
Dans la cave, située sous la "chambre neuve" et à laquelle on accède par une vieille porte et des degrés en pierre:
  • 4 tonneaux de vin (1 de vin blanc et 3 de clairet)
  • 6 autres tonneaux de vin, vides
  • Un petit cuvier pour faire les lessives
Bâtiment agricole dauphinois traditionnel,
avec ses murs en pisé et son toit à quatre pans
source: batie.montgascon.free.fr


Une étable est jointe à la maison principale. À l'intérieur se trouvent alors: deux moutons, un nouvelard, douze brebis et trois agneaux. À l'abris sous le toit de la maison sont disposées sept ruches de «mouches à miel». Est également jointe à la maison une avancée entourée de murailles servant d'abris à trois pourceaux, ainsi qu'un poulailler avec quinze poules, un coq, deux chapons et deux dindes.

Suivent les autres bâtiments construits sur la propriété du défunt, Jean Humbert:
  1. Un puits situé au devant de la maison, fait de deux colonnes qui soutiennent un toit en paille
  2. Un pressoir fait de quatre colonnes, contenant une petite cuve, les quatre roues d'un char prêtes à ferrer, une vieille arche, une charrue, une herse et un char presque neuf. Jointe au pressoir: une avancée en cours de construction, entourée de pisé
  3. Un four à quatre colonnes, au toit fait de tuiles
  4. Une tuilerie au toit en paille, possédée en indivision avec Pierre Humbert, où se trouvent environ 3.000 tuiles ainsi que 5.000 autres pièces prêtes à mettre au four pour les cuire. Il est précisé que Joseph Humbert a fabriqué pour moitié les tuiles à cuire
  5. Une grange, construite sur six colonnes et au toit en paille, entourée de murailles, accessibles par deux portes, où sont conservés à l'abris à l'étage: de la paille, du chanvre, cent fagots de fève qui produiront vingt bichets de fèves et cent gerbes de seigle qui produiront vingt bichets après battage. Jointe à la grange se trouve une étable appelée «la crèche». Outre un lit servant aux valets de la famille, s'y trouve du bétail:
  • une ânesse de 4 ans, avec sa suivante âgée d'1 an
  • une vache au poil rouge, âgée de 3 ans, pleine
  • une vache au poil rouge, aussi pleine et âgée de 12 ans
  • deux veaux de 3 ans, l'un poil noir et l'autre poil rouge
  • un bœuf au poil noir, âgé de 14 ans et appelé Morin
Pour terminer furent listées les nombreuses terres possédées par la famille: terres cultivables, bois ou châtaigneraies, tant aux Abrets qu'aux villages alentours. L'inventaire fut terminé le 16 février, après 3 jours d'énumérations et une journée de procédure.

Les environs des Abrets

Le hameau de La Bruyère est marqué par une croix rouge
source: carte de Cassini




Source: AD de l'Isère, fond Angleys (268J)

26 août 2015

Vivre en bon voisinage

Loin de l'aisance que connaissait sa belle-sœur Anne, nous avons vu que mon aïeul Pierre Cuaz affrontait quelques difficultés financières. (voir chapitre [1])


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Année 1701: depuis plusieurs mois Georges Foche, voisin de Pierre Cuaz, lui réclame de l'argent. Les dettes étaient ainsi composées:
  • 100 livres et 18 sols que Pierre devait déjà à Benoit Foche, le père de Georges, depuis 1693,
  • 137 livres et 12 sols dues par une obligation signée en mars 1694,
  • et 29 livres d'après une autre obligation contractée en juillet 1696.


Georges Foche obtint de la chancellerie du Dauphiné et du juge du comté de Clermont des commandements et des demandes de paiement adressés à Pierre Cuaz. Mais chaque demande était suivie de contestations de la part du débiteur. Le 5 février 1700, Françoise Humbert, l'épouse de Pierre, obtient d'engager quelques uns de ses droits dotaux pour payer une partie des dettes, mais ce n'est pas suffisant...



Le 13 juin de l'an 1701, tous se présentent devant le notaire du village, maître Poncin. Les époux Cuaz demandèrent alors au sieur Foche de bien vouloir «cesser ses poursuites et de vouloir leur faire quelque rabais et grâce». Foche accepte «pour montrer qu'il veut vivre en bon voisin» et «se départ de toutes ses poursuites et réduit pour faire plaisir aux dits mariés tout ce qui lui peut être dû [...] à la somme de 250 livres, grâce faites du surplus». Soit une remise de 16 livres: Georges était un voisin généreux !

Mais les Cuaz ne peuvent pas lui payer les 250 livres. Ils lui vendent alors des biens qu'ils possèdent à La Bâtie-Divisin: trois journaux et demi de terre au lieu-dit Crozat, ainsi qu'un journal de terre au lieu-dit La Pieulieuza.

Cet arrangement est conclu avec deux conditions. Premièrement, les époux Cuaz pourront recueillir «la prise qui est à présent pendante par racine dans la terre de La Pieulieuza». Ils préservent ainsi le droit de récolter leur terre une dernière fois. Ils pourront également racheter leurs terres au sieur Foche, sous un délai de dix ans, si les époux payent les 250 livres qu'ils devaient.

Tous les voisins ne devaient pas être aussi arrangeant que le sieur Foche. Heureusement pour mes aïeux ! Il semble en effet que la situation financière des époux Cuaz était peu enviable. Françoise Humbert n'eut qu'une maigre part sur les biens de son père Jean. C'est sa sœur aînée Anne qui hérita de la majorité des biens familiaux (voir chapitre [2]et qui les transmit à la famille de son époux, Modeste Novel (notamment une propriété agricole et une tuilerie aux Abrets, hameau de La Bruyère).

Source: AD de l'Isère, fond Angleys (268J)


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Tous cousins, déjà au XVIIIe siècle !

Françoise Humbert savait-elle alors que son créancier Georges Foche était son proche parent?

Car une chose m'interpella lors de la découverte des archives concernant les sœurs Anne et Françoise Humbert... Après le décès de leur père Jean Humbert en 1680, elle furent placées sous la tutelle de leur grand-père Noël Humbert, veuf de Guillaumaz Bouvier-Lapierre. Et un dénommé Léonard Bouvier-Lapierre, qualifié de cousin germain de Jean Humbert avait été présent lors de la procédure de mise sous tutelle.

Je connaissais également bien la famille de Georges Foche, le créancier de mon aïeule, puisque sa sœur Marguerite était mon ancêtre à la 10e génération. Ils étaient les enfants de Benoit Foche, marchand et de Jeanne Bouvier-Lapierre. Et le même Léonard Bouvier-Lapierre se retrouvait présent lors des baptêmes de leurs enfants, notamment à La Bâtie-Divisin en 1675.


Baptême de Marie Foche, son parrain fut Léonard Bouvier-Lapierre (1675)

source: archives-isere.fr



Les familles Humbert et Foche sont donc toutes deux alliées à la famille Bouvier-Lapierre. Françoise Humbert était peut-être même la proche cousine de son créancier Georges Foche.





28 juillet 2015

Mariage secret et querelles de famille


Anne Humbert était la sœur de mon aïeule Françoise, toutes deux filles de Jean Humbert, riche laboureur du village des Abrets.

Le 19 novembre 1686 Anne épousa Modeste (I) Novel. L'épouse apportait en dot les nombreux biens hérités de son père qui comprenaient des terres ainsi qu'une maison et une tuilerie, situées à La Bruyère, hameau des Abrets. L'époux était également un bon parti puisqu'il possédait le château des Abrets et exerçait les charges de conseiller du roi et maire des communautés de Leyssins (un hameau de Chimilin) et des Abrets.


Château du Colombier, Les Abrets, début XXe siècle

Modeste (I) Novel décède le 9 novembre 1706 en laissant à son épouse quatre enfants: Modeste (II), Marguerite, Louis et Marianne. Mais après quatre ans de veuvage, Anne Humbert prit la poudre d'escampette pour rejoindre Jean Molest, un humble tailleur d'habits d'obscure naissance, qu'elle épousa secrètement et avec lequel elle s'établit à Pont-de-Beauvoisin, la ville voisine. Les enfants furent alors placés sous la tutelle de leur cousin germain Modeste Roche.


Arbre généalogique des familles Novel, Roche et Humbert

arbre créé avec yED, mes ancêtres directs figurent dans les cases bleues

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Depuis son remariage en 1711, l'entente n'était plus au beau fixe entre Anne Humbert et son ancienne belle-famille. Modeste Roche lui réclamait les comptes de gestion des biens de ses enfants, qu'elle avait administrés quelques temps entre le décès de son premier époux et sa fuite. Anne Humbert, de son côté, demandait au sieur Roche des comptes concernant les biens qu'elle avait apporté en dot lors de son mariage avec Modeste Novel (I).

L'apothéose de cette mésentente est un écrit du 23 février 1713 dans lequel Anne Humbert se plaint des insultes faites par sa belle-famille à propos de son remariage. Elle demande alors un procès en réparation d'injures. Modeste Roche, encore tuteur de ses enfants pubères Louis et Marianne, lui répondit:

« On a point eu dessein de l'injurier en disant que son second mariage était vilain, indigne et clandestin, vu que ces termes ne peuvent être réputés injurieux. Car vilain dans le sens naturel se dit de tout ce qui n'est pas agréable, de tout ce qui déplaît et dans le sens figuré, un vilain mariage c'est à dire un mariage honteux à la famille.
Le terme d'indigne n'est pas non plus injurieux car on peut dire sans vanité et sans choquer la modestie que feu monsieur Novel, maire et châtelain de sa communauté, appartenait à des personnes distinguées encore plus par leur mérite que par leurs charges. Il ne méritait pas d'avoir comme successeur auprès de sa femme un tailleur d'habits, fils naturel d'un étranger, dont on ignore la naissance. Voilà la signification naturelle d'indigne: c'est ce qui est peu honorable pour la mémoire du premier mari et pour sa famille.
La demoiselle Humbert se pique aussi mal à propos du terme de clandestin, puisqu'il n'y en a point d'autre pour signifier un mariage fait secrètement à l’insu des parents, sans publications dans la paroisse et hors de la présence du pasteur. Ce mariage n'a fait honneur ni aux uns, ni aux autres. Tout cela est vrai et ce peut dire sans que l'on puisse faire un procès à ce sujet.

Ainsi la demoiselle Humbert devrait se taire et il y a de l'entêtement de revenir si souvent à la charge en prétendue réparation d'injure. On a eu aucune intention de l’offense et le sieur Roche ne pouvait pas sans trahir ses parents applaudir à ce second mariage, puisque même les deux enfants pubères de la demoiselle l'avait fortement condamnée, par des termes aussi vifs, dans leur requête du 2 octobre 1711.
Si le sieur Roche avait autant de vivacité et de fausse délicatesse que la demoiselle Humbert, il pourrait avec plus de fondement demander réparation de ce qu'elle l'a traité de malheureux, d'homme sans feu ni lieu et de fripon. Ce qu'il proteste de prouver au cas que la demoiselle Humbert insiste à ses prétendues réparations d'injures. »
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Les tensions finiront par se dissiper - du moins avec ses enfants - puisque Anne Humbert leur fera à chacun des legs lors de son testament, le 29 mars 1733: elle nomme alors comme héritier universel son fils Louis et lègue 2000 livres à son autre fils Modeste (II). Elle lègue à sa fille Marguerite 1650 livres, du linge et la jouissance d'une chambre dans la maison familiale des Abrets, maison qu'Anne avait hérité de son père. Son second époux Jean Molest reçoit également la jouissance d'une chambre dans cette maison et il est précisé que s'il ne peut pas vivre en commun avec les autres héritiers, Anne lui lègue une pension viagère.

Testament d'Anne Humbert (Me Bergier, 1733)

La deuxième fille d'Anne ne figure pas dans son testament: elle est décédée de la vérole en 1720. En revanche Anne Humbert eut un fils de son second mariage: Charles Molest, né en 1712 à Pont-de-Beauvoisin.

Charles, bien qu'issu d'un mariage vilain, indigne et clandestin, semble s'être bien entendu avec sa sœur Marguerite, à tel point que celle-ci le désigna comme héritier, lors de la rédaction de son testament en 1743. Charles Molest deviendra curé de Thuellin puis de Granieu et décédera le 19 février 1752. Son frère Modeste (II) Novel, l'aîné des enfants d'Anne Humbert, décédera peu de temps après, le 12 avril 1752.


Source: AD de l'Isère, fond Angleys (268J)

16 juillet 2015

Le fond Angleys


Depuis plusieurs années je cherchais l'ascendance du couple Pierre Cuaz et Françoise Humbert, mes ancêtres à la 9e génération (et si j'en crois les arbres publiés sur Geneanet, personne n'a encore résolu cette énigme).


Ils vivaient à Recoin, un hameau de La Bâtie-Divisin (Isère). Mais les registres paroissiaux de l'époque, autant à La Bâtie-Divisin que dans les paroisses voisines, ne m'ont apportés aucune réponse.



Carte de Cassini, environs de La Bâtie-Divisin

Puis j'ai découvert le fond Angleys aux Archives départementales de l'Isère. Côté 268J, dans la série des archives familiales privées, ses documents furent conservés au château des Abrets par les différents propriétaires: les familles Maréchal, Novel puis Angleys. Par chance, la sœur de mon aïeule, nommée Anne Humbert, fut l'épouse du châtelain des Abrets et d'autre part la famille Novel est alliée à diverses branches de mon arbre. Ce fond est donc une mine d'or pour la continuation de ma généalogie. Voici un schéma pour vous présenter les liens qui unissent les familles concernées:


mes ancêtres directs figurent dans les cases bleues
arbre créé avec yEd


Les documents qui composent ce fond m'ont permis de retrouver les ancêtres de Françoise Humbert (sosa n°917) et de débloquer d'autres recherches sur les familles Cuaz, Novel et Varin notamment. Les membres de ces familles vivaient dans les paroisses des Abrets, Chimilin ou aux proches alentours. Ces familles, que je retrouve dans ma généalogie par différentes branches, furent liées un jour ou l'autre... d'où l'intérêt du fond Angleys:
  • Anne Humbert, la sœur de Françoise, épousa Modeste Novel, conseiller du roi, châtelain et maire de la communauté des Abrets
  • Modeste Novel était, lui, le frère de Pernette Novel (mon sosa n°7101). Pernette épousa Louis Roche et leurs descendants furent marchands et notaires à Chimilin
  • Pierre Cuaz et son épouse Françoise Humbert furent en litige avec leur voisin à La Bâtie-Divisin: la famille Foche, qui figure également dans mon ascendance.

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Tout commence par une quittance




Le 23 octobre 1695 François Revol, maître apothicaire de Pont-de-Beauvoisin et fils héritier de Joseph Revol (lui même héritier de Michel Revol, prêtre), acquitte Pierre (II) Cuaz des 625 livres qu'il lui devait, à savoir:
  1. 300 livres que feu Pierre Cuaz (I) et feu Jean Cuaz, père et aïeul de Pierre (II) devaient à Michel Revol, par obligations datées du 16 octobre 1657 et du 31 janvier 1663
  2. 269 livres d'intérêts et de dépenses en procès intentés par les Revol
  3. 56 livres de frais de sentences de non-paiement prononcées par le juge du comte de Clermont les 1er juillet 1676 et 14 janvier 1677.
Les dites 625 livres ont été payées en grande partie à François Revol par Modeste Novel, conseiller du roi et maire de la communauté des Abrets, à savoir:
  1. 326 livres pour le reste de la dot de Françoise Humbert, épouse de Pierre Cuaz et belle-sœur de Modeste Novel
  2. 298 livres de la part de Modeste Novel, «de laquelle somme le dit Novel en fait gratification et donation à la dite Françoise Humbert, sa belle-sœur»
  3. 27 livres à la propre charge de Pierre Cuaz.
(fond Angleys, 268J82)

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Avec la lecture d'un seul acte, ce sont plusieurs liens de parenté qui s'ajoutent désormais à mon arbre: Pierre Cuaz (II) était le fils d'autre Pierre Cuaz (I) et le petit-fils de Jean Cuaz ; quant à son épouse Françoise Humbert, elle était la sœur de la châtelaine des Abrets, Anne Humbert épouse elle-même de Modeste Novel. Et la lecture du fond Angleys, qui représente au total 6,3 mètres linéaires de documents, me réservait encore d'autre belles découvertes.


Source: AD de l'Isère, fond Angleys (268J)

8 juillet 2015

Postérité d'un dauphinois à Saint-Domingue




Ennemond Perraud, cousin germain de mon aïeul Jean-Baptiste Cordier (sosa n°878), était partit pour l'île de Saint-Domingue au début du XVIIIe siècle, où il devint économe (gestionnaire) de l'habitation de Claude Bidonne.

Il est décédé dans la colonie le 18 avril 1741, dans la paroisse des Verrettes, près de Saint-Marc.



Dix jours avant son trépas, Ennemond avait pris soin de faire rédiger son testament dans lequel il faisait des legs à ses enfants naturels, nés de sa relation avec une femme nommée Bibiane, "négresse" esclave de monsieur Bidonne.

Leurs enfants sont au nombre de cinq: Marie, Pierre, Justine, Marthe et Jean-François.

Des mulâtres? Les enfants Perraud sont qualifiés, d'après les désignations utilisées à l'époque dans les colonies, de mulâtres: des sangs-mêlés, issus d'une union entre un(e) blanc(he) et un(e) noir(e).

Tous auront une descendance, mais Ennemond n'aura jamais connu aucun de ses petits-enfants.

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Enfants naturels nés d'Ennemond Perraud, né vers 1706 à La Côte-Saint-André (France, Isère) et décédé en 1741 aux Verrettes (Saint-Domingue) et de Bibiane, négresse créole esclave de monsieur Bidonne:


Mariage de Joseph Lebrun et Marie Perraud, 1746, Les Verrettes


Marie, née vers 1731, mulâtresse libre
Épouse le 16 mai 1746 aux Verrettes de Joseph Lebrun, mulâtre libre, fils d'Antoine et de Nanette, négresse créole libre. Ils eurent -au moins- dix enfants, dont: Marie-Jeanne, baptisée aux Verrettes le 5 décembre 1751, épouse en premières noces le 27 octobre 1770 à Saint-Marc de Jean-François Maranda, mulâtre libre, né à Fort-de-France (Martinique) vers 1749 et décédé à Saint-Marc le 30 mars 1771. De leur union est issue Marie-Madeleine Eugénie, née posthume le 7 août 1771. Marie-Jeanne épouse en secondes noces le 30 janvier 1773 à Saint-Marc, Charles Savary, mulâtre libre ; Pierre, baptisé aux Verrettes le 9 novembre 1749 et époux le 8 septembre 1772 à Saint-Marc de Claudine Adélaïde Lombard, mulâtresse libre.

Pierre, né vers 1733, mulâtre libre
De sa relation avec Marie-Rose, négresse libre, il eut une fille naturelle prénommée Marguerite, née le 20 février et baptisée le 13 avril 1766 aux Verrettes.

Justine, née vers 1735, appelée également Augustine, mulâtresse libre
Épouse le 24 août 1754 aux Verrettes de Louis Bussié, mulâtre libre, fils naturel de Jean et de Marguerite, négresse esclave de madame Dubois. Ils eurent -au moins- huit enfants entre 1756 et 1774.



Marthe, née vers 1737 et baptisée le 8 mars 1739 aux Verrettes, mulâtresse libre
Épouse le 24 août 1754 aux Verrettes de Louis-Charles Chambion, mulâtre libre, fils naturel de Jean et de Marie-Françoise, négresse libre. De leur union sont nés -au moins- deux fils: Noël en 1766 et Ambroise en 1768.

baptême de Marthe Perraud, 1739, Les Verrettes


Jean-François, né vers 1740, mulâtre libre
De sa relation avec Rosalie, négresse libre, il eut deux filles naturelles: Marie-Françoise baptisée à Saint-Marc le 21 janvier 1765 et Agnès.

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Des mulâtres libres?  Dans le testament d'Ennemond sont cités les actes de donation de liberté à ses enfants Marie, Pierre, Justine, Marthe et Jean-François, en date du 25 août 1739 et du 3 janvier 1741. Leur mère Bibiane, d'après mes recherches, ne fut jamais libre et est restée esclave. Mais leurs enfants furent affranchis. Cette liberté leur a été accordée par la volonté de Claude Bidonne et de son épouse Marie Saunier, qui étaient les employeurs d'Ennemond et les propriétaires de l'esclave Bibiane.


Sources: ANOM, registres numérisés de Saint-Domingue, Archives historiques de l'évêché de Grenoble-Vienne et Archives Départementales de l'Isère. Illustrations: Digital Media Lab, University of Virginia

3 juillet 2015

Challenge AZ: généalogie et sérendipité

Contrairement à l'année dernière, lors du challenge de 2014, je n'avais préparé aucun brouillon d'article pour cette participation. Je savais quel sujet j'allais aborder puisque mon thème était choisi depuis quelques temps: les aventuriers et les voyageurs de mon arbre généalogique.

J'avais listé les personnes concernées dans ma généalogie: les voyageurs de mon arbre sont plutôt des collatéraux (oncles, oncles par alliance, cousins). Mais pour la plupart de ces sujets je n'avais fait que des recherches sommaires et je me suis vite confronté à un problème de taille: le temps !

Souvenez-vous... Lors de mes résolutions en début d'année, je n'avais prévu aucun projet particulier, ni planifiée aucune recherche généalogique. Je vous avais fait part de ma volonté de succomber à la sérendipité et me laisser aller à des recherches qui parfois s'éloignent de mon but initial. Je n'ai jamais aussi bien tenue une résolution.



Ainsi lorsque j'ai voulu approfondir mes recherches sur Saint-Domingue, je me suis égaré à lire des récits de marins lors des campagnes de traite négrière au XVIIIe siècle (base Archim des Archives Nationales). Je me suis mis à lister les (très nombreux) descendants métissés d'Ennemond Perraud et de Bibiane, qui finalement sont aussi mes cousins. J'ai découvert des pages sur l'histoire du marronnage ainsi que plus généralement sur la condition des esclaves. Idem pour le Canada. Je me suis surpris à lire des destins de marins et de soldats (migrations.fr) et j'ai répertorié des dauphinois et d'éventuels collatéraux partis pour le Nouveau Monde (Fichier Origine).



Finalement je reportai chaque jour la rédaction de mes articles. Peut-être que je manque d'organisation: je n'ai rédigé que 12 articles sur les 26 possibles du challenge AZ. Mais j'ai trouvé de nouveaux sujets et découvert de nouvelles sources d'informations pour de futurs articles, qui seront la continuation (tardive) de ce challenge.

J'adresse un grand merci aux lecteurs, qui durant ce mois de juin ont franchi le cap des 4000 pages lues sur le Blog. Les deux articles les plus lus étant M comme Marine et S comme Saint-Domingue.



Image  © Pixabay

À propos de l'auteur

Entretien avec Mickaël Mange
(Blog MyHeritage, juillet 2014)

Portrait de généablogueur
(La Gazette des Ancêtres, novembre 2014)

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