Geneanet: le partage de données, oui, mais à quel prix?

21 déc. 2013

© freedigitalphotos.net

Tous mes proches vous le diront, je passe beaucoup de temps (trop?) à lire, chercher, transcrire, collecter, etc... pour toute discipline se rapportant à la généalogie. Aussi je suis le premier à partager des informations (et à en demander!) car l'entraide est essentielle en généalogie.

Hier, j'ai eu la surprise de découvrir sur un même arbre en ligne, des données concernant ma famille paternelle de La Côte-Saint-André et sur ma famille maternelle, originaire de Paladru. J'ai été interpellé, car il n'y a à ma connaissance que ma sœur et moi qui pouvons nous "glorifier" de cette ascendance.

Généalogie : recherchez vos ancêtres, publiez votre généalogie, consultez l'état civil ...
En vérifiant, j'ai découvert que je figurai avec mes ancêtres directs sur l'arbre de ce monsieur et qu'il avait pris la peine d'illustrer son arbre en ligne avec les photographies que j'avais publiées sur mon compte. Ces même photos de famille que j'avais mis tant d'années à collecter et qui aujourd'hui sont conservées dans les tiroirs de mon bureau.

J'ai contacté ce monsieur, n'ayant jamais eu de contact avec lui, en demandant de supprimer de son arbre les photographies ainsi que les données concernant des personnes encore vivantes. Je lui ai aussi demandé de me citer comme source pour le reste (oui, je suis gourmand!).

Voilà la belle et gentille réponse de cette personne indélicate:
Monsieur,
Je n'ai pas à vous citer dans mes recherches, ni à vous dire merci, car les renseignements que j'ai ne viennent pas de vous, et si vos photos que vous dites étaient rangées dans vos tiroirs elles ne seraient pas sur internet. Quand à la relation, et bien figurez vous qu'il y a une cousinade lointaine. Je suis très étonné de votre réaction, car en généalogie, on donne, on cherche et on trouve, ainsi s'explique la solidarité généalogique. Cordialement. XXX XXXXXXX
Alors oui pour le partage, oui pour le cousinage, mais que doit on dire aux pilleurs?

La famille Bardin et saint Benoit Labre

14 déc. 2013


Une légende familiale voudrait que Benoit Joseph Labre, alors pèlerin parcourant l'Europe, ait été accueilli au domaine de la famille Prieur-Bardin situé à Louisias, hameau de Charavines, lors de l'un de ses voyages. Pour remercier ses hôtes, Guillaume Prieur-Bardin et son épouse Françoise Millias (mes Sosas n°436 et 437), il leur prédit qu'ils auraient toujours des prêtres dans leur descendance.
 
Guillaume Prieur-Bardin (1746-1823) et Françoise Millias (1742-1821) sont justement à l'origine d'une petite dynastie de prêtres et de religieuses, dont voici quelques membres:
signature de Jean-Baptiste Bardin
  • Leur fils aîné Jean-Baptiste Bardin (1775-1856) fut héritier du domaine de Louisias et maire de Charavines. Il épousa Alexandrine Buisson: nombreux de leurs enfants ou petits-enfants firent une carrière ecclésiastique.
    • Anne-Marie Honorine Prieur-Bardin née le 2 novembre 1819 à Charavines, se fit religieuse au couvent Sainte-Ursule de Tullins, sous le nom de sœur Sainte-Alphonse. Elle y décède le 26 février 1890 à 70 ans.
    • Eugène Juste Prieur-Bardin est né le 25 novembre 1823. Il devint professeur de philosophie au petit séminaire du Rondeau à Seyssins. Il y est décédé le 20 septembre 1861, âgé de 37 ans.
    • Elisé Prieur-Bardin (1810-1866) épousa Marie Lambert. Leur fils Octave Pierre-Marcellin Prieur-Bardin est né le 12 février 1843 à Voiron. Il fut vicaire de Saint-Georges d'Espéranche en 1876 et d'Izeaux en 1877. Par la suite il devint curé de Saint-Romain de Jalionas et en 1904 curé de Valencin. Il est décédé le 31 janvier 1905.
    • Eulalie Prieur-Bardin (1826-1894) épousa Etienne Monin, dont un fils Eugène Alphonse Monin né le 10 mars 1869. Il fut prêtre et missionnaire sur l'île de Lifou en Nouvelle-Calédonie. Il est décédé le 20 mai 1907 à l'âge de 38 ans.
acte de décès de sœur Sainte-Alphonse, 1890
  • Marie-Anne Prieur-Bardin (1777-1833) épousa Pierre Rey. Ils eurent un fils nommé Pierre-Germain Rey, né à Charavines le 14 brumaire de l'an 12. Il fut archiprêtre du Touvet, avant de devenir chanoine de la cathédrale de Grenoble. Il décéda à Grenoble le 13 mai 1887 à 83 ans.
tombeau de la famille Bardin (Prieur-Bardin) au cimetière de Charavines
  • Julien François Prieur-Bardin, cadet des enfants de Guillaume, est né le 12 janvier 1787 à Charavines. Il fut curé de Saint-Pierre de Paladru et mourut dans la maison curiale le 3 décembre 1873, à l'âge de 86 ans. Petite anecdote: l'église actuelle de Saint-Pierre de Paladru est construite sur l'emplacement de l'ancien cimetière du village. Il ne reste plus qu'un vestige de cet ancien cimetière: la tombe de l'abbé Bardin à l'abris sous quelques arbres!
tombe de l'abbé Bardin, curé de Saint-Pierre de Paladru


Benoit Joseph Labre vécut ses dernières années à Rome. Il mourut le 16 avril 1783, au devant de l'église Sainte-Marie des Monts. Il fut canonisé en 1881.
S'agit-il d'une simple légende familiale ou les paroles du saint homme ce sont-elles exaucées?
gisant de Benoit Joseph Labre,
église Ste Marie des Monts, Rome
© École française de Rome



Sources:
- Registres paroissiaux et d'état-civil de Charavines, Voiron, Tullins, Seyssins, Grenoble, Paladru
- AD de l'Isère http://www.archives-isere.fr/
- Les amis de Saint Benoit Labre http://www.amis-benoit-labre.net
- relevés de CimGenWeb http://www.memorial-genweb.org/
- Mémoire et actualité en Rhône-Alpes http://www.memoireetactualite.org/
- Images: collection personnelle
- Généalogie de l'ancienne maison Bardin de Louisias, par Jean-Baptiste Bardin 1837

La première mission à Charavines

Pierre Millias (mon Sosa n°874) et son épouse Marguerite Bouvier, bourgeois et propriétaires d'un domaine agricole à Louisias, hameau de Charavines, formaient un couple pieux et apprécié de leur communauté. Pierre fut d'ailleurs inhumé en 1766 "en présence de presque toute la paroisse" d'après le témoignage du curé. Il laissait six enfants, dont un fils unique nommé Jean-François, né le 13 juin 1753 et qui était le dernier de son nom.
 
signature de Pierre Millias
 
Jean-François Millias se destinait au métier de notaire et fit des études à Grenoble. Mais il décède à l'âge de 18 ans, le 30 juin 1771. Dans son testament rédigé le 17 juin de la même année, il désigne sa sœur Françoise comme héritière. Il la chargea également de réaliser la première mission catholique dans leur paroisse. Il légua ainsi: «96 livres à monsieur Mallet curé du dit Charavines, pour les messes de repos de son âme [...] et dans le même temps, lègue et veut le dit sieur testateur qu'il soit fait une mission dans l'église du dit Charavines, icelle mission payée par son héritière bas nommée, dans trois années à compter du décès de lui testateur».
 
acte de sépulture de Jean-François Millias, 1771
 
 
L'abbé Mallet de Charavines nous apprend par ses registres paroissiaux, en janvier 1775, le bon déroulement de cette mission.
 
"Il est inouï que jamais il y ait eu ici de mission, jusqu'à ce jour 8 janvier 1775 qu'elle nous a été portée par les missionnaires de Saint-François de Sales, faussement appelés de Saint-Joseph. Ces messieurs furent fondés près de Sainte-Colombe par monsieur Cretenel, il y a près de quatre-vingt ans. Les trois qui sont venus ici s'appellent: Martinol qui a fait l'ouverture, Hainselin et Mical qui ne sont venus que trois jours après. Cette mission est un fruit de la piété de sieur Jean-François Millias, jeune homme de vingt un ans, dernier de son nom, au hameau de Louisias, qui chargea sa sœur et héritière de cette bonne oeuvre dans son testament, à la charge que la mission serait donnée trois ans après son décès. Ce qu'on vint d'éxécuter moyennant la somme de dix louis que l'on donne pour quatre semaines que durera la mission. La dite somme de deux cent quarante livres comptée par sieur Guillaume Prieur-Bardin, mari de la dite héritière, demoiselle Françoise Millias. En foi de quoi nous avons signé. Mallet, curé de Charavines."

Un traité fut conclu le 22 août 1771 entre les héritiers de Pierre Millias: le domaine de Louisias revint à Françoise Millias et son époux Guillaume Prieur-Bardin.
 
 
Sources:
- Registres paroissiaux de Charavines
- Registres de Me Cret, notaire à Charavines

Saga d'une curieuse famille

8 déc. 2013

Voici l'histoire des curieuses familles Primard et Gros, que je vous propose de suivre sur plusieurs générations. Ses membres vécurent à La Bâtie-Divisin, à quelques lieues du lac de Paladru.

1691

Antoinette Freppaz est une jeune veuve de 33 ans. Son époux Claude Primard, surnommé Leython, est décédé en décembre 1689. Mais Antoinette ne restera pas seule très longtemps car elle fait baptiser le 30 janvier 1691 la fille née de sa relation hors mariage avec François Jallamion, fille qu'elle prénomme Benoite.


1694

Claude Primard, fils légitime de la précédente, épouse le 21 février 1694 Marguerite Foche alors qu'il n'a même pas 18 ans. Un enfant précoce ! Ensemble ils eurent plusieurs enfants, dont:
- Pierre, né en 1700
- Virginie, née en 1714

1729

Françoise, fille illégitime de Pierre Primard et de Jeanne Jaquet, est baptisée.

1755-1757

Virginie Primard et son époux Joseph Gros font baptiser leur fille nommée Marguerite en mai 1755. Virginie décède deux ans plus tard, en mai 1757.

1761

Françoise Primard, fille illégitime de Pierre, se présente à l'église pour faire baptiser Charles autre enfant illégitime né de sa relation avec... Joseph Gros, son oncle par alliance, veuf depuis quatre ans. La baptême eut lieu le 17 novembre 1761.


1826

Pierre Tardy-Panit épouse le 29 juin 1826 Marie Gros. Mais quel est leur rapport avec les précédents?


  • Pierre est le fils de Marguerite Gros - fille (légitime) de Joseph et Virginie Primard
  • Sa jeune épouse Marie Gros est la fille de Charles Gros - fils (illégitime) de Joseph et Françoise Primard.

Les époux étaient cousins germains !

Dernier événement de cette curieuse famille, toujours en 1826: Claude Tardy-Panit, fils de Pierre et Marie Gros, naît le 31 juillet 1826, soit à peine un mois après le mariage de ses parents.

Une rapide grossesse et beaucoup d'enfants naturels pour cette curieuse famille...








Source: registres paroissiaux  et état-civil de La Bâtie-Divisin

Le sirop de groseilles

27 nov. 2013


Voici une recette que j'ai trouvée aujourd'hui dans les papiers de Jeanne, mon arrière-grand-mère décédée en 1993, parmi d'autres poussiéreux mais précieux documents qui dorment dans la maison familiale de Paladru. La recette n'a rien d'exceptionnel me direz-vous... mais c'était sa recette et son écriture !
 
Sirop de groseilles
-
Ecraser fortement les groseilles
Les laisser fermenter dans un pot de terre ou de grès, dans un endroit frais, pendant 3 ou 4 jours
Presser et passer à l'étamine
Peser le jus et ajouter le sucre en poids double (ex: 1 kg jus = 2 kg sucre)
Chauffer dans une casserole non étamée
Ne laisser bouillir qu'une minute

(On peut ajouter aux groseilles des framboises ou des cerises écrasées)


La maîtresse du curé: le procès

26 nov. 2013


Reine Freppaz, appelée familièrement Marie, était décédée le 12 décembre 1886, alors âgée de 20 ans. Elle avait été trouvée morte dans le lit du curé de la commune, l'abbé Trouilloud, 47 ans. Marie fut inhumée à La Chapelle-de-la-Tour.
 
Le prêtre infanticide
 
Dans tout le voisinage on ne parlait plus que d'une chose: l'abbé Trouilloud, qui aurait été l'amant intime de la jeune fille, l'aurait empoisonnée. Face à ces rumeurs publiques une enquête fut ouverte et le corps exhumé du cimetière. Les médecins attribuèrent la mort à un empoisonnement au chlorate de potassium. Lors de l'autopsie effectuée par les docteurs Lacassagne et Crolas, on découvrit des détails troublant: des piqûres de sangsues près des seins ainsi que l'état de grossesse de la jeune fille. Marie Freppaz était enceinte de quatre ou cinq mois lors de son décès.
 
On entendit des témoins qui tous accusaient le curé. Le 24 mars 1887, l'abbé Trouilloud fut arrêté par les gendarmes de La Tour-du-Pin et conduit à la maison d'arrêt de Bourgoin. Le 16 mai il fut conduit à la prison de Grenoble, en l'attente de son procès.
 
 
L'affaire débuta aux cours d'assises de l'Isère le 1er juin 1887. Les journaux qui relatèrent l'affaire le décrivent comme "un homme de taille moyenne, brun, à la physionomie intelligente et qui s'exprime avec une grande facilité, mais qui est fier et même arrogant". Durant le procès, suivi par une foule nombreuse, on rappela la réputation que s'était forgé l'abbé Trouilloud: libertin, buveur et coureur de jupons.
 
La fille cachée du curé !
 
Il avait été le sujet d'un précédent scandale: à La Sône dès 1874, alors qu'il desservait l'église du village, il avait eu une aventure avec la jeune Philomène Ferrieux, âgée de 17 ans. Celle-ci épousa le 16 juin de l'année suivante, Aimé Trouilloud, le propre frère de l'abbé, fraîchement revenu de son service militaire. Les époux s'installèrent à Bilieu, berceau de la famille et moins de quatre mois après leurs noces, Philomène donnait naissance à une fille, le 11 octobre 1875.
 
Acte de naissance de Marie-Emilie Trouilloud, fille d'Aimé Trouilloud (?), 11 octobre 1875

 
Trois jours d'audiences! 
 
Lors de son interrogatoire, on questionna l'abbé sur des lettres qu'il échangea avec son frère pour le remercier d'avoir épouser la jeune fille enceinte. On retrouva un courrier de Philomène adressé au prêtre et lui demandant la somme de 50 francs pour nourrir leur fille. Un autre courrier envoyé par son frère Aimé disait: « Allons, envoie-nous ces 50 francs et ne garde plus rigueur à cette pauvre Philomène, qui t'a tant aimé et qui t'a tant pardonné », ce à quoi l'abbé répondit aux jurés « C'est du chantage dont j'ai été victime! ».
 
Le tribunal enchaîna ensuite à propos de son aventure avec Marie Freppaz:
— Vous passiez, à La Chapelle, pour être l'amant de la mère et de la fille Freppaz. Les lettres de cette dernière contenaient des passages ardents.
Le curé répondit en rigolant:
— Ce sont des lettres d'affaires!
— On l'a vue sortir souvent de chez vous. On a trouvé des lettres dans lesquelles vous l'appeliez « ma petite chérie ». Un jour que vous l'aviez fait asseoir sur vos genoux, ne vous a t-elle pas dit, en vous passant la main sur la nuque « Vous êtes bien passionné! ». Elle faisait ainsi allusion à une bosse que vous aviez derrière la tête?
— C'est une formule!
— Que s'est t-il passé dans la nuit du 10 décembre?
— Il faisait un temps horrible, je lui avais donné la chambre à côté de la mienne. Le matin, quand elle se leva, elle était blanche presque blafarde. Je vaquais à mes affaires, je prêchais et officiais. Si j'avais commis le crime que l'on m'impute, je n'aurais pas réellement dit la messe! Après la messe, quand je rentrais à la cure, je trouvais Marie Freppaz la tête cachée presque dans mes draps. Elle était étendue. Je regardai ce qu'elle avait et quand je la vis inerte, les yeux blancs, le noir caché, je pris deux rouleaux de flanelle que je fis chauffer et je la frottai aussi vigoureusement que la culotté d'un vieux gendarme. Tels sont les faits dont j'ai été témoin bien malgré moi.
 
 
Les audiences continuèrent le 2 juin 1887. De nombreux témoins furent entendus, parmi lesquels le père et la mère de Marie Freppaz ainsi que monsieur Florence, docteur à la Faculté de Lyon, qui confirma que la mort de Marie était due à l'absorption d'une grande quantité de chlorate de potassium. Les témoins de la défense, eux, présentent l'abbé Trouilloud comme un saint, ne se souviennent de rien et n'ont rien vu ou entendu.

 
Le 3 juin, dernier jour des audiences, Marguerite Roux qui avait été domestique de monsieur Trouilloud, fit une déposition accablante. Elle avait remarqué que le curé batifolait aussi bien avec la mère qu'avec la fille Freppaz. Celui-ci se permettait des familiarités et leur tenait des propos indécents. Madame Freppaz se défendit en avançant que Marguerite Roux était simplement jalouse de ne pas avoir connu la couche du prêtre! Quant à monsieur Freppaz, il resta silencieux durant tout le procès. Enfin, monsieur Hugonnard témoigne qu'il a vu le curé et Marie Freppaz s'embrasser, le maire de La Chapelle et monsieur Anselme témoignent eux, que l'accusé était un buveur et qu'il fallait souvent le porter tellement qu'il était saoul.
 
 


Verdict et condamnation
 
Les témoins de la défense, qui présentaient le curé comme un saint homme, ne suffirent pas à contrer les charges qui pesaient contre lui. Le jury donna son verdict le 3 juin 1887 au soir: il était affirmatif mais avec des circonstances atténuantes. Le curé fut accusé d'avoir guidé Marie Freppaz, sa maîtresse, afin d'avorter. Avortement qui conduisit au décès de la jeune fille. La cour condamna l'abbé Trouilloud à trois ans d'emprisonnement et au paiement des frais du procès. Lorsque le verdict fut prononcé, la foule qui assistait au procès applaudit. L'abbé Trouilloud quitta la salle en étant hué du public.


Sources:
- Etat-civil de Bilieu, La Chapelle-de-la-Tour, La Sône
- La Lanterne, Paris 1887, éditions des 26 mars, 6 avril, 22 mai, 4 et 5 juin http://gallica.bnf.fr/
- Fond iconographique de Geneanet, Cartes postales http://www.geneanet.org/

La maîtresse du curé: un scandale isérois


Les prémices

Acte de naissance de Constant Trouilloud, 9 avril 1839
 
Constant Trouilloud était né le 9 avril 1839 à Bilieu, de l'union de Jean-Baptiste Trouilloud et d'Emilie Budillon. Fils et petit-fils de cultivateurs, il passa son enfance sur les bords du lac de Paladru. Il fut ordonné prêtre en 1864 et débuta sa carrière ecclésiastique à Ste Agnès, St Mury puis au Cheylas et à La Sône, où il s'était fait remarquer par ses aventures galantes avec de jeunes filles. Il devint desservant à La Chapelle-de-la-Tour, près de La Tour-du-Pin, en janvier 1885.

Reine Freppaz, dite Marie, était née le 6 janvier 1866 à La Chapelle-de-la-Tour, du mariage de Mathieu Freppaz, cultivateur et de Louise Guinet. La jeune fille se destinait à l'enseignement primaire et allait prochainement passer son examen. L'abbé Trouilloud, récemment arrivé à La Chapelle, se proposa pour épauler l'élève et pour lui donner des cours particuliers.
 
Acte de naissance de Reine Freppaz, 6 janvier 1886


La maîtresse... d'école

Les parents de Marie Freppaz acceptèrent l'offre généreuse du prêtre et autorisèrent leur fille à se rendre seule au presbytère pour recevoir l'enseignement du curé. Rapidement des bavardages s'élevèrent: Marie passait de plus en plus de temps avec l'abbé, parfois même une bonne partie de la nuit et rentrait chez elle après quatre heures du matin. La domestique du curé était si scandalisée qu'elle en quitta son poste.

Mais dès les premiers jours d'octobre 1886, Marie fut admise à l'Ecole normale des institutrices à Gap. De là elle entretint une correspondance avec l'abbé Trouilloud, qu'elle réussit à cacher un temps à sa directrice en le faisant passer pour un professeur et ami de sa famille. Elle recevait parfois de petites sommes d'argent de sa part et les mots échangés dans leurs lettres témoignaient de la tendresse qu'ils se portaient. Malgré qu'elle ait reçu comme commandement de brûler les lettres après les avoir lues, Marie se livrait parfois à certaines de ses camarades à propos des journées qu'elle avait passé avec l'abbé: il lui était arrivé de s'asseoir sur ses genoux et il la prenait alors dans ses bras.

Ecole des institutrices, Gap v.1900

La fin d'une romance...

Rapidement le médecin de l'école ainsi que la directrice remarquèrent un certain mal être chez Marie. Elle avait des vomissements après chaque repas et des malaises réguliers. Le médecin se proposa pour l'examiner, soupçonnant une grossesse, mais ils reçurent une lettre de l'abbé Trouilloud, signée par le père de Marie, demandant son retour en Isère pour quelques jours. Le 10 décembre elle quitta l'école de Gap, aux frais du curé et arriva à La Chapelle-de-la-Tour vers six heures du soir.
 
Elle dîna ce soir là avec le prêtre puis le lendemain se rendit à La Tour-du-Pin dans deux pharmacies: dans la première elle acheta cinq sangsues et dans la deuxième trois sangsues et 150 grammes de chlorate de potassium. Le 11 décembre elle passa la nuit chez l'abbé et le 12 décembre 1886, entre dix et onze heures du matin, elle fut retrouvée morte dans le lit même du prêtre.

Acte de décès de Reine (Marie) Freppaz, La Chapelle-de-la-Tour, 12 décembre 1886.
Les déclarants sont Mathieu Freppaz, son père et Constant Trouilloud, curé de La Chapelle.
 
...et les débuts d'un procès
 
Lorsqu'il fut interrogé, monsieur Trouilloud affirma que Marie était venue lui demander quelques conseils et s'était soudain sentie mal. Il ne l'avait pas renvoyée et elle était morte chez lui. Le cadavre fut enterré et l'histoire aurait pu se conclure ainsi, mais très vite des rumeurs se propagèrent.


La maîtresse du curé: le procès


Sources:
- Etat-civil de Bilieu, La Chapelle-de-la-Tour, La Sône
- La Lanterne, Paris 1887, éditions des 26 mars, 6 avril, 22 mai, 4 et 5 juin http://gallica.bnf.fr/
- Fond iconographique de Geneanet, Cartes postales http://www.geneanet.org/

La sage-femme sous l'Ancien-Régime

19 nov. 2013

Il n'est pas rare que l'on rencontre, à la lecture des registres paroissiaux, la mention d'une sage-femme présente à la naissance d'un enfant et même lors de la déclaration auprès du curé. On remarque que le rôle de la sage-femme était bien sur d'assister la mère lors de l'accouchement mais aussi et surtout de témoigner du nom du père en cas d'une naissance illégitime ou encore d'ondoyer l'enfant s'il y avait un risque de décès. Leur rôle était alors loin d'être médical. J'ai plusieurs fois retrouvé la mention d'une sage-femme lors de mes recherches:
Recoin, La Bâtie-Divisin, 1666
Le 21e décembre 1666, Claudine Monin et Suzanne Monin ont été par les suffrages communs des femmes de ma paroisse, choisies pour faire la fonction de sages femmes. Lesquelles ont entre mes mains, par attouchement du livre des Saints-Évangiles, promis de s'acquitter fidèlement de cette charge et de ne rien faire contre leur devoir. Ainsi je l'atteste. Charreton curé.
Saint Geoire-en-Valdaine, 1730
Le 6e juin 1730 nous avons reçue Magdelaine Malacour femme de Claude Gallin-Martel, pour faire les fonctions de sage-femme dans cette paroisse. Ayant été jugée capable par l'examen que nous avons fait et par le témoignage qui nous a été donné par plusieurs femmes, en suite de quoi nous lui avons fait prêter serment d'agir sagement, prudemment et fidèlement, ce qu'elle nous a promis ce dit jour et an. Drevon curé.

La mortalité infantile et des mères en couches était extrêmement élevée dans l'Ancien-Régime et surtout en milieu rural par manque général de connaissances. Outre la mortalité, on peut noter un nombre important d'enfants malformés dû aux incompétences des matrones. Un serment et de bonnes mœurs étaient suffisants pour accéder à la fonction d'accoucheuse. Et pour les femmes bourgeoises les plus "chanceuses" on avait recours à un médecin ou chirurgien, tel que le montre cette gravure.
Abraham Bosse, L'accouchement (1633), Image de la BnF http://expositions.bnf.fr/
L'obstétrique commencera à être développée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle mais se rependra très lentement à l'ensemble de la France. Si bien que la situation des femmes sera encore presque inchangée au début du XIXe siècle. Voici quelques uns des outils qu'utilisaient alors les accoucheurs.







Sources:
- registres paroissiaux de Recoin et St Geoire en Valdaine
- Jean-Louis Baudelocque, L'art des accouchements, 1789
- Images de la collection BIU Santé, Paris http://www2.biusante.parisdescartes.fr/img/ 
- La population française aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Benoit Garnot 1988

Félix Basset


 


Félix Basset, fils d'Antoine Basset qui fut secrétaire au Parlement du Dauphiné, était l'aîné de 5 enfants. Né à la Tour du Pin vers 1540/45, il étudia le droit à l'université de Grenoble. Il fut reçu docteur en droit canonique et civil le 4 avril 1562, durant les troubles engendrés par les affrontements entre catholiques et protestants. Dès le début du mois d'avril 1562, des protestants s'étaient en effet réunis, armés, dans la ville de Grenoble avec l'intention d'y établir leur domination et d'abolir le culte catholique.
 
André Basset, fils de Félix, préserva des lettres signées "Besson, avril 1562", scellées en cire verte et attachées de ruban vert et rouge, qui prouvent son admission comme docteur en droit à cette date. Il est décrit comme "un personnage de singulière intégrité et de profond savoir, appelé au conseil et à la conduite des affaires de François de Bonne, duc de Lesdiguières, malgré qu'il soit catholique".
 

Félix, également appelé par certains auteurs Félicien, fut avocat au parlement du Dauphiné dès 1563. En 1572, il devint l'un des avocats consistoriaux de la ville de Grenoble. Puis il fut consul de la même ville en 1573 et fit un discours le 18 septembre 1573 au conseil général sur la situation contre les nouveaux convertis. A nouveau consul en 1581 il fut envoyé auprès du roi de France Henri III, avec Charles du Mottet, pour contester la demande des protestants: ceux ci voulaient obtenir Gap et Livron comme places de sureté au lieu de Serres et Nyons.
 
Il devint également vibailli du Graisivaudan le 5 août 1585 et reçu des lettres de noblesse du roi Henri III en février 1586 en considération de ses actions pendant les guerres de religion. Il fut nommé à la charge de juge royal de Grenoble le 16 octobre (ou décembre) 1586 et exercait encore cette fonction en 1590.
 
armes de la famille Basset: "coupé au 1 d'azur à la pomme de pin versée d'or, tigée et feuillée de sinople, soutenu d'argent à trois roses de gueules, au 2 parti au 1er d'azur au chevron d'or accompagné de deux étoiles en chef et d'un croissant de même en pointe, au 2e d'or à la bande de gueules chargée de trois croissants montants d'argent"
 



Après l'assassinat d'Henri III en 1589, le duc de Savoie, Charles-Emmanuel Ier, revendiqua le trône de France en tant que petit-fils de François Ier. Il demanda aux états du Dauphiné de reconnaître ses droits. Felix Basset, alors premier consul de Grenoble, fut de ceux qui apportèrent une réponse au duc de Savoie: la nomination d'un roi de France appartenait aux états généraux du royaume.

 
Nommé conseiller au parlement du Dauphiné le 5 ou le 15 mai 1591, il y fut reçu le 14 novembre de la même année. De nouveau consul de Grenoble en 1599, il fut encore nommé garde des sceaux en la chancellerie du Dauphiné le 18 aout 1612. Il remplira la fonction de conseiller au parlement jusqu’au 14 novembre 1612, date à laquelle il la lèguera à son fils André Basset.
 
Félix Basset fit rédiger son testament le 3 avril 1625 par Me Janon Berard, dans lequel il nomma son fils André Basset son héritier universel. Il est décédé dans sa maison située Grande rue neuve de Bonne et fut inhumé dans la chapelle des Basset en l'église des religieuses de Sainte Claire à Grenoble, le 29 novembre 1625. Il avait épousé Louise Morrut, issue d'une famille bourgeoise de la Tour-du-Pin, qui fut inhumée à sa suite le 16 novembre 1626. Leur fils André fut seigneur de Saint Nazaire, conseiller du roi, recteur de l'université de Valence en 1601, garde des sceaux et conseiller au parlement du Dauphiné à la suite de son père. Il mourut le 5 fevrier 1642 dans la maison familiale située Grande rue neuve de Bonne à Grenoble.
 

On trouve un portrait de Félix Basset contenu dans le traité nommé "Institutiones Justiniani" qu'il rédigea et qui fut publié 8 ans apres sa mort, sans doute par son fils André. L'ouvrage fut imprimé à Lyon et publié par l'imprimeur grenoblois Pierre Marniolles. Il s'agit d'un portrait gravé sur cuivre en pleine page, representé dans un cadre soutenu par des cariatides, où il est revêtu de son costume de magistrat. Au sommet du cadre se trouve un écusson aux armes des Basset.

Félix Basset est mon Sosa n°54686.
 
Sources:
- recherches de M.Fenech, avec mes remerciements pour son partage (notamment AD38, Dossier B3991: provision de l’office de juge royal à Félix Basset ; enquête sur la vie et les mœurs de Félix Basset)
- Les parlementaires français au XVIe siècle, Fleury Vindry 1909
- Biographie du Dauphiné, Adolphe Rochas 1860

- Album du dauphiné, Cassien 1837
- Annales de l'université de Grenoble
- Petite revue des bibliophiles dauphinois (article "un portrait inconnu de Félix Basset" (février 1907) p.152 à 156)
- Histoire de la vie du connestable Lesdigueres, Vitel 1638
- Site HeraldiqueGenWeb: http://www.francegenweb.org/~heraldique

La famille de Buffevent

18 nov. 2013

armes de la famille Buffevent: d'azur à la croix vidée et fleuronnée d'or

[article mis à jour en janvier 2015]

I. Jean de Buffevent qui fit son testament en 1519, époux de Marie de Viennois, dont:

II. Abel de Buffevent fut vibailli du Grésivaudan (ou Graisivaudan). Par lettres patentes du 16 août 1542 le gouverneur du Dauphiné, François de Saint-Pol, instaura la réouverture de l'Université de Grenoble et le 1er septembre 1542 Abel de Buffevent présida la cérémonie d'inauguration. Il épousa Marguerite de Miribel et ils furent les parents de:

III. Jean de Buffevent ou Buffevant, écuyer, seigneur de Malissoles (ou Malissole), recteur de l'Université de Grenoble, docteur en droit, vibailli de Vienne et du Grésivaudan, second président au Parlement du Dauphiné.

Entre 1558 et 1559 il fut recteur de l'Université de Grenoble, que son père avait inaugurée en 1542. Le recteur était choisi parmis les étudiants et élu pour un an. L'usage voulait que ce soit le plus âgé des écoliers, qui obtiendrait son doctorat à la fin de son année de rectorat.

Suite à une requête du 21 septembre 1561, le roi de France Charles IX demanda l'élection du successeur de Laurent II Alleman, êveque de Grenoble décédé le 5 septembre 1561. Le chapitre Notre-Dame de Grenoble, siège de l'êveché, confia les opérations électorales à Jean de Buffevent, qui était alors vibailli du Grésivaudan.

En avril 1562, il doit quitter Grenoble occupée par des troupes protestantes.

Il fut également vibailli de Vienne (ou de Viennois).

Par lettres rédigées à Lyon le 24 septembre 1574, il fut nommé second président au Parlement du Dauphiné (en remplacement de Guillaume de Portes) et y fut reçu le 10 novembre 1574.

Il épousa Françoise Carrier, dont il eut une fille, Marguerite de Buffevent épouse (par contrat en 1584) de Léonard de Musy. Il est décédé en 1595.


Sources:
  • Histoire de Grenoble par Auguste Prudhomme, 1888
  • AD38 Série B, Tome Deuxième, inventaire sommaire des AD antérieures à 1790, Archives Civiles
  • Annales de l'Université de Grenoble, Tome XVIII, 1906
  • Mémoires de Eustache Piemond
  • État politique de la province de Dauphiné, Nicolas Chorier
  • Preuves pour Malte de Claude de Buffevent, fils de Jacques et Françoise de la Poype, décembre 1575
  • Site HeraldiqueGenWeb: http://www.francegenweb.org/~heraldique

Historique du Châtelard de Cessieu

Nous apprenons par une révision des feux datée du 19 octobre 1426 que Cessieu fut autrefois une communauté comprenant les villages de Coyranne (aujourd'hui Coiranne), Vaux, Mornas et Fossas, équivalents des hameaux actuels. Il y eut trois maison-forte à Cessieu: le Châtelard (ou Chastellard, d'après l'orthographe des siècles passés), celle du bourg même de Cessieu (Ceyssiaco) et celle de La Tivolière.
 
Le premier seigneur cité fut Simon de Rivoire (1267-1318), chevalier et châtelain de Grenoble, seigneur de Vachères et du Châtelard de Cessieu vers 1300. Son fils et héritier, Guy ou Guyonnet, rendit hommage au Dauphin Humbert II le 3 mars 1334, à Bourgoin dans l'église Saint-Jean, pour ses possessions y compris le Châtelard de Cessieu. Guy de Rivoire eut trois enfants de son épouse Pernette de Paladru:
  • Aymard époux de Guigone de Torchefelon, sans postérité
  • Guyotte qui épousa Aymon de Bocsozel, seigneur de Martel et Champagnieu (en Savoie), dont Hugonnet de Bocsozel
  • Françoise qui épousa Arthaud Carra, chevalier, seigneur de Montcarra, puis en secondes noces en 1363 Guy de Torchefelon (1323-1399), chevalier, maréchal du Dauphiné, seigneur de Ponterray et châtelain delphinal de Bourgoin en 1362, dont Guyonnet & Jean de Torchefelon.
Le château du Châtelard est en 1399 entre les mains des cousins Hugonnet de Bocsozel, Guyonnet et Jean de Torchefelon. Mais les frères Amédée et Claude de Bocsozel, petit-fils de Guyotte de Rivoire, vendent le 3 janvier 1402 leur part sur la maison forte à Jean de Torchefelon, leur cousin. Pendant plus de deux siècles les Torchefelon seront les seigneurs du lieu. Jean de Torchefelon, fils de Guy, fut châtelain de La Tour-du-Pin, seigneur du Châtelard de Cessieu et co-seigneur de Montcarra. Son fils, Georges de Torchefelon héritera du Châtelard et fondera le 14 juin 1517 la chapelle Notre-Dame dans l'église de Cessieu. Il aura de son épouse, Marguerite de Paladru, sept enfants dont Gaspard, héritier de son père et Antoinette épouse de Gabriel Alleman.
 
Nous retrouvons la trace du Châtelard de Cessieu en novembre 1560, dans un inventaire dressé suite à la mort du seigneur Gaspard de Torchefelon, fils de Georges et époux d'Anne de Grolée. Voici le descriptif que cet acte nous en livre: le Châtelard est flanqué de deux tours carrées et reliées par des galeries de bois. L'entrée de la cuisine est précédée d'un tambour en bois de noyer. On trouve aussi une cour, trois moulins à grandes roues, des étables et un cellier au rez-de-chaussée de la plus ancienne tour. D'après cet inventaire la maison-forte est délaissée par ses seigneurs. Puis deux ans plus tard, en 1562, Cessieu sera attaquée par le baron des Adrets. Les lieux durent beaucoup souffrir des guerres de religion, qui furent souvent sévères dans le Dauphiné. Après cette époque difficile le Châtelard entre en possession de Gabriel Alleman, seigneur de Demptézieu et époux d'Antoinette de Torchefelon. Leur fils Pierre Alleman, héritera de la maison-forte avant de la vendre le 8 juin 1613 à Léonard de Musy.
 
Léonard de Musy est issu d'une famille bourgeoise de La Tour-du-Pin et a de grandes propriétés dans tout les alentours de Cessieu. Lorsqu'il acquiert la maison-forte du Châtelard de Cessieu, on imagine qu'il dut y entreprendre de nombreuses restaurations suite aux méfaits que les lieux connurent lors des précédentes décennies. Dans le partage de ses biens le 24 mai 1621, ses possessions sont divisées entre ses fils: Pierre, son fils puîné, héritera entre autres biens du Châtelard. Pierre de Musy épousa Claude, fille d'Annibal de Torchefelon, seigneur de Magnier et lointain cousin des premiers seigneurs du Châtelard. Il eurent de nombreux enfants, tous nés à Cessieu.
 
Le châtelard de Cessieu suivra alors la destinée de la famille Musy. Françoise de Musy, leur dernière descendante, vivait encore au Châtelard en 1697. Mais celui-ci finira en ruines et dans l'oubli. En 1864, ses ruines serviront à la construction de la chapelle de la Salette, située à Cessieu.


Sources:
* Histoire des châteaux de la Tour-du-Pin et de la région (par André Denier)
* Armorial du Dauphiné, par G. de Rivoire de La Bâtie (1867)

La famine aux îles Loyauté

30 juil. 2013

Quelques nouvelles d'Eugène Monin, prêtre isérois parti comme missionnaire sur l'île de Lifou en 1898. Un bulletin périodique de l'OPPF (l'Œuvre Pontificale de la Propagation de la Foi) publia une de ses lettres en 1903.
 
 
 
 
 
OCÉANIE - LA FAMINE AUX ILES LOYALTY

Le RP. Monin, de la Société de Marie, missionnaire à Nathalo Lifou
(îles Loyalty), nous écrit de Nathalo, le 10 vrier 1903:
 
 
« Permettez-moi de venir solliciter la générosité des lecteurs des Missions catholiques. Je sais bien qu'il suffira de leur exposer nos besoins pour qu'ils s'empressent d'envoyer leur obole au pauvre missionnaire de Natalo Lifou.
 
Une terrible famine nous menace. Par suite de la sécheresse extraordinaire et des chaleurs exceptionnelles que nous avons eues cette année, la disette est extrême dans tout le groupe des Loyalty, vous ne trouveriez pas la plus petite rivière. Les ignames, plantées au mois d'octobre et septembre  
dernier et qui devraient déjà donner des tubercules, ont presque toutes péri. Et c'est ce qui fait ici la base de la nourriture. Il y a bien encore les kournalas qui pourraient aider nos indigènes à prendre patience ; mais elles aussi ont souffert de la chaleur et de la sécheresse et, pour comble de malheur, de grosses araignées appelées aeng sont venues en dévorer les feuilles, de sorte que les kournalas n'ont donné aucun fruit.
 
 Ajoutez que l'an dernier, le 5 avril, un violent coup de vent renversait presque tous les bananiers ; ils repoussent actuellement, mais sont encore loin de donner leurs gimes. Les cocotiers eux-mêmes ont été secoués si violemment qu'on n'a pas encore pu récolter un seul panier de coprah. Et cependant le coprah est la principale ressource pour acheter un peu de riz, un peu de pain et les quelques brasses d'étoffes légères dont se compose l'habillement.

Dès maintenant, nos pauvres indigènes sont obligés, pour vivre, de manger les feuilles des bananiers, qui servent en
temps ordinaire de fourrage pour les chevaux, ou bien encore les jeunes pousses de ces arbres, plus tendres il est vrai, mais qui sont l'espoir de la prochaine récolte. Encore est-ce l'aliment des plus fortunés.

Les autres, en plus grand
nombre, sont obligés de chercher dans les forêts des racines ou des bouts de branches encore verts. Cette nourriture, tant qu'elle durera, empêchera les hommes valides de mourir ; mais elle est absolument insuffisante pour les mères, les
vieillards et les enfants. Mais voici qui aggrave encore notre situation et surtout attriste davantage notre cœur de missionnaire, notre petit troupeau de catholiques se trouve comme perdu au milieu d'un grand nombre de protestants. Dès lors, il n'est pas douteux que les ministres ne cherchent à attirer par leurs offrandes les catholiques que nos faibles ressources ne nous permettront pas de soulager.

Aidez-nous donc à conserver à nos enfants la vie du corps et en même temps la vie de l'âme. Le fléau commence à faire des victimes. Un de mes confrères m'écrit qu'une de ses paroissiennes est morte de faim et, dans une station je vais dire la messe de temps à autre, j'ai trouvé mon petit servant de messe à toute extrémité. Grâce à vous, j'en ai la conviction, il nous sera donné de venir au secours de ces infortunés et de distribuer aux plus délaissés, aux vieillards, aux enfants de notre école, un peu de riz et de farine. Nous irons à tous, catholiques et protestants, et peut-être, au lieu de perdre des âmes, aurons-nous la consolation d'en amener quelques-unes au vrai bercail de Jésus-Christ ! »

 

 
Source: Gallica - Bibliothèque nationale de France ( http://gallica.bnf.fr )

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