Punition divine pour le brigadier

19 juin 2013


 
" Le 9 septembre 1652 est décédé Antoine Pallier, après avoir été en frénésie, suite à une fièvre de cinq jours. Durant cette frénésie, il se donna plus de vingt coups de couteau, dont deux mortels à l’estomac. Il se coupa ses parties honteuses, le tout avec une furie si étrange que cela effraya tout le voisinage, qui n’osa jamais entrer dans la chambre où il s’était enfermé. "
Vienne, paroisse de Saint-André-le-Bas, le 4 septembre 1652. Une journée qui ressemblait à toutes les autres dans cette ville du Dauphiné, jusqu’à ce que plusieurs personnes soient interpellées par des cris venant du logis d’Antoine Pallier, brigadier du sel. 
 

« À l’arme ! Mon père se tue ! » 
Ce cri d’une petite fillette de huit ans, presque morte de peur, met en alerte tout le voisinage. En effet, son père est alors pris d’une rage si furieuse qu’il cherche partout un grand couteau ou une épée. Mais ne pouvant rien trouver pour exécuter son dessein, il trouve dans sa poche un petit couteau qui ne valait presque rien. Puis s’écriant « Il faut mourir ! », il se donna un grand coup sur la tête, qu’il perça jusqu’à l’os.
Une femme qui se rendait alors en visite chez la famille, entendit les cris, accourut à l’intérieur de la maison et y trouva Antoine tout en sang. Elle lui dit : « Maître Antoine ! Recommandez-vous à Dieu et à Notre-Dame ! ». Elle n’eut d’autre réponse que « Il faut mourir ! Et pourquoi me recommanderai-je à Dieu ? Ma mère me vendit au diable quand j’étais jeune ! ». C’est alors qu’il alla vers elle avec son couteau, dans l’intention de la tuer. Il fut freiné par un bruit : un cordonnier surnommé le Petit Ennemond était arrivé. Le frénétique le voyant, il lui porta un coup de couteau au cœur. Mais par bonne fortune, il se trouva avoir un pourpoint de peau qui résista au coup. Le petit cordonnier se sauva tout effrayé et le malade s’enferma dans sa chambre, criant à tout va « Il faut mourir ! » et se donnant plusieurs coups de couteau.
Tout le voisinage l’observait à travers une fenêtre, située au niveau du plancher de sa chambre et le voyait se mutiler avec une rage et une furie capable d’épouvanter les plus cruels et les plus sanglants. Le brigadier se donna ainsi plus de vingt coups de couteau puis il voulut se couper ses parties honteuses mais trouva que son couteau ne coupait pas assez bien. Il l’aiguisa contre une pierre et afin d’en venir à bout, il s’assit sur un tabouret où il mit ses parties sur le bois. Il posa le couteau sur ses parties intimes et frappa plusieurs fois sur le couteau avec un chandelier, jusqu’à ce que sa verge fut coupée, excepté un peu de peau qui la tenait encore de chaque côté.
Il perdait alors une grande quantité de sang et peu à peu, il se laissa tomber au milieu de sa chambre… Une fois que le frénétique fut à terre, les voisins qui étaient accourus aux cris et observaient par la fenêtre firent appelé monsieur Fontbonne, chirurgien, ainsi que le curé Jullians pour le confesser. En effet, Antoine avait survécu à sa folie ! Et revenu de sa furie, il dit au curé : « Croyez-vous que Dieu me pardonne ? » ce à quoi le prêtre lui en fit l’assurance, à condition qu’il reconnaisse sa faute, puis il lui demanda l’absolution.
Ses blessures lui causèrent une grande puanteur et le lendemain le chirurgien trouva que la gangrène s’était prise à ses parties intimes. Il fut contraint d’achever de les couper. La fièvre accompagna le malheureux durant cinq jours après le drame : de temps en temps il faisait sa confession et reconnaissait son péché avec beaucoup de ressentiments, mais parfois quand les chirurgiens le pansaient, il leur disait « Coupez ! Coupez ! » ou bien demandait à un ami un couteau, sans jamais dire ce qu’il voulait en faire. C’est donc cinq jours après qu’il trépassa et fut enterré au cimetière de Saint-André-le-Bas.
 
La punition divine.
Mais qu’est ce qui avait bien pu provoquer une telle frénésie ? Sa fille de huit ans expliquera après le drame qu’elle avait vu une bête verte marquetée de noir, en forme d’un chien, qui avait une queue longue et deux cornes recourbées sur la tête. Cette bête lui apparut puis elle monta sur le lit et poussa son père par les épaules jusqu’à le faire tomber par terre. Elle fit ensuite trois grands cris, semblables à un taureau mugissant et disparu en laissant son père à sa folie.
Le frénétique disait également à une autre de ses filles âgée de 13 ans, lorsqu’elle lui rendait visite : « Chasse ce mouton qui est là sur la petite fenêtre ». Et quand le curé l’interrogeait pour savoir s’il avait vu quelque chose lorsqu’il s’était blessé, il répondait qu’il lui semblait avoir vu quelque chose comme un chat. Le prêtre voulut, avant son décès, lui faire renoncer à tous ses pactes fait avec le démon, ce à quoi le malade répondait qu’il n’en avait jamais conclu.
Le curé Jullians finit ainsi son récit :
" J'ai voulu coucher tout au long cette funeste histoire, car l’ayant vue en grande partie, et croyant que la mémoire d’un accident si étrange fera appréhender à ceux qui la liront, les punitions que Dieu exerce bien souvent contre ceux qui n’ont pas vécu le long de leur âge dans sa crainte et dans l’observance de ses saints et très justes commandements. Tel qu’était ce pauvre homme, de qui j’ai décrit la mort, car m’étant informé auprès de ceux qui le connaissaient, ils m’ont assuré qu’il n’était pas craignant Dieu et qu’il blasphémait horriblement quand il était en colère. Tous ceux qui le connaissaient, attribuaient son étrange aventure à ce qu’il n’avait pas bien servi notre bon Dieu comme nous le devons tous faire. J. Jullians, curé. "
 
Source : Vienne, Saint-André-le-Bas, BMS. 1647-1669 p.43-46
Photographies personnelles de Saint-André-le-Bas

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

À propos

» Pour en savoir plus à propos de ce blog et de l'auteur... [Lire]

Twitter

Facebook

Fourni par Blogger.