Eugène Monin, prêtre et aventurier

14 juin 2013

Les premières années.
 
Eugène Alphonse Monin naît à Charavines, près du lac de Paladru, le 10 mars 1869, dernier des six enfants d'Étienne Monin et d'Eulalie Bardin, propriétaires cultivateurs au hameau de Louisias. Choix de la famille ou vocation personnelle... il se dirige en tous cas vers la religion et fait ses études au petit séminaire de La Côte-Saint-André puis au grand séminaire de Grenoble. Le 19 mai 1894 il est ordonné prêtre par Monseigneur Fava, évêque de Grenoble. Il exerce la fonction de vicaire à Apprieu du 24 mai 1894 au 1er janvier 1897 puis fait profession religieuse dans la Société de Marie le 23 janvier 1898 à Sainte Foy-lès-Lyon. Il entre alors chez les Frères Maristes pour aller en mission d'évangélisation en Océanie.

C'est ainsi qu'il prend le départ le 27 mars 1898 et embarque sur l'Armand Béhic, un paquebot français de la Compagnie des messageries maritimes. Arrivé en Nouvelle-Calédonie le 3 mai 1898, il se dirige vers l'île de Lifou, dans les îles Loyauté, où il arrive le 19 août 1898. Il y prend la charge de la mission de Nathalo et est nommé vicaire de la paroisse. En avril 1899 il est appelé à la mission de Saint-Louis, sur l'île principale de Nouvelle-Calédonie (appelée Grande-Terre) et est remplacé par le Père Francis Rougé à Lifou. Mais il parait beaucoup s'y ennuyer et reprend son poste à Lifou en août 1899.
 
En décembre 1899, le P. Rougé quitte Lifou pour l’archipel du Vanuatu (ou plus anciennement les Nouvelles-Hébrides). Eugène sera ainsi vicaire jusqu'en 1907 à Hnathalo (ou Nathalo, les deux orthographes étant correctes).
 
Situation de Hnathalo et apparition des difficultés pour la mission catholique mariste.
 
La paroisse de Hnathalo-Lifou, créée en 1858, comprend notamment l’église Saint-Jean-Baptiste et la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes à Easo. C’est encore une station exemplaire en 1894 dans le vicariat apostolique de Nouméa. En 1878, dix hectares de terre lui ont été donnés par le gouverneur de Nouvelle-Calédonie, Léopold de Pritzbuer. La mission catholique sur place dispose de ses propres ressources et les résultats qu'elle opère sur la population plaisent à de nombreux fonctionnaires, qui sont toujours heureux d'entendre parler français lors de leurs passages. Les missionnaires perçoivent une aide du vicariat: 6500 francs plus 3000 francs pour les écoles, outre les dons de leurs fidèles. Les Pères Gaide, Fraysse et Goubin, en charge sur l'île, ont appris le drehu, la langue locale, ce qui démontre une bonne intégration. Hnathalo dispose d'un jardin potager, d'arbres fruitiers et d'une ferme avec des cochons, chèvres, moutons, chevaux et bovins. Une laiterie - dont on vend les produits dans toute la Nouvelle-Calédonie - un atelier de menuiserie et une forge furent également aménagés.
 
Mais dès 1880 et le passage d'un cyclone, les mauvaises conditions climatiques s'enchaînent et entraînent des pertes de récoltes et des difficultés d'alimentation. Le conseil épiscopal accorde aux missionnaires de Lifou plusieurs remises de dettes jusqu'en 1897 mais le 14 décembre 1898, le vicariat décide de supprimer les allocations et Hnathalo ne pourra dorénavant compter que sur ses propres ressources. Elle s'en sort par la vente de bétails à Nouméa ou Saint-Louis. Le Père Monin vend ainsi aux bouchers de Nouméa 83 moutons, sur un troupeau qui compte 350 têtes et qui sont embarqués en juillet 1901.
 

Durant ses fonctions il décide de restreindre les dépenses et de faire une pause dans les grands travaux de construction et rénovation entrepris depuis 1880. Il fait tout de même plafonner le dortoir des filles mais refuse la construction de nouvelles chapelles en pierre à Hunêtê et à Inagoj, ainsi que la rénovation de son presbytère qui d’après ses compagnons en aurait pourtant besoin. Son poste ne sera pas de tout repos car les locaux donnent aussi du fil à retordre aux religieux(ses).
 
Les écoles de Hnathalo ont des effectifs en baisse: l'école pour garçons passe de 65 enfants en 1885 à 25 en 1904. Pour l'école de filles les élèves diminuent de 57 à 45 pour les mêmes années. Les locaux découvrent également l'alcool avec l'arrivée des européens. Ainsi une barrique de vin, rapportée sur l’île en octobre 1901 par bateau, est bue en quatre jours et des violences suivent les beuveries. Des enfants de l'école de Hnathalo sont blessés par un adulte ivre alors qu'ils travaillaient dans leurs champs d'ignames. La foi chrétienne a encore du mal à résister aux pratiques traditionnelles: en 1903 plusieurs personnes sont accusées de sorcellerie ou de jeter des sorts. Ces accusations engendrent violences et suicides. Cette même année l'île connaîtra encore sécheresse et feux de brousse, qui parfois poussent les habitants à chaparder auprès des biens des communautés religieuses. S'ajoutent le manque de produits cultivables et donc le manque de revenus pour la Mission. Ces soucis font que peu de parents envoient leurs enfants aux écoles de la Mission. Dès 1899 des temps de prières furent organisés afin de rassembler les fidèles et raviver leur foi. A Hnathalo, c'est la fête du Sacré-Cœur qui était célébrée.
 
Une longue maladie.
 
Le 27 décembre 1899, dans une lettre qu'il adresse au vicaire apostolique, Monseigneur Fraysse, Eugène décrit les symptômes d'une maladie qui va l'accompagner de nombreuses années: «quant à moi, je n'ai pas trop à me plaindre. Mes maux de tête sont devenus des compagnons inséparables et insupportables par moment, mais on s'y fait». Les choses empirent et il sera rapidement frappé d'hémiplégie. Le Père Gaide écrit à son propos les 8 et 9 mars 1903 que «le P. Monin est alité depuis huit jours, souffrant d'un mal d'oreille» ou encore que «le P. Monin souffre encore plus que ces jours derniers... J'ai le cœur percé d'entendre le pauvre Père gémir continuellement, torturé par la douleur de l'oreille et de toute la tête».
 
Le 15 mars, son état de santé semble s'améliorer mais la maladie ne tardera pas à reprendre le dessus. Les moniteurs Zénon et Augustin, qui sont en charge de l'école de Hnathalo depuis 1898 et ont aidé le P. Monin à apprendre la langue locale, l'assisteront. En mai 1907, sa tumeur est incurable et il est trop tard pour l’envoyer en soins à Nouméa. Paralysé, il décède à Nathalo le 20 mai 1907, à l'âge de 38 ans et après seulement 9 ans de ministère en Océanie.

 
Avec tous mes remerciements à E. Hnalep et tout le service des Archives de Nouvelle-Calédonie, père Pierre Ngo du diocèse de Nouméa, JB. Jolly correspondant pour le site web des Frères Maristes et père François Grossin pour l'aide qu'il m'a apporté, toutes ses recherches et sa sympathie. Pour terminer, un grand merci à ma cousine Renée Monin.
 
Sources utilisées: état-civil de Charavines ; Meketepoun, histoire de la mission catholique dans l'île de Lifou au XIXème siècle, Jacques Izoulet, 1996 ; Fil d'Ariane: www.entraide-genealogique.net
Photographies: Révérend Père Monin à Lifou ; RP. Monin à la grotte de Lourdes, à Nouméa ; Mr Ballande, Monseigneur Fraysse, RP. Monin et les trois enfants de Mr Ballande à Saint-Louis, 1898 ; extrait du journal La France Libre, 9 avril 1898

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