L'obésité en 1919

25 juin 2013

 

Mon arrière-grand-père, Angelo Tarelli, tenait au début du siècle dernier un tabac-bazar dans le village d'Izeaux et la maison familiale contient encore de nombreux trésors, parmi lesquels une collection de journaux anciens. Un article du Petit Echo de la Mode daté du 27 juillet 1919 traite de l'obésité et nous livre la vision de l'époque à ce propos.


 

Il y a cent ans, on se préoccupait déjà de sa silhouette !

 
L'obésité est vaincue
Résultats extraordinaires certains en 60 jours
 
L'obésité est ridicule
 
Regardez la démarche d'un obèse, rien de plus disgracieux, rien même de plus repoussant ; les bras sont éloignés du tronc, les cuisses sont écartées, la tête est haute à cause de la gêne provoquée par les bourrelets graisseux du cou, les épaules sont rejetées en arrière afin d'éviter l'entraînement en avant causé par la corpulence de l'abdomen. Veut-il se lever? Il lui faut s'y prendre à deux fois. Doit-il s'asseoir? La maîtresse de maison regarde avec terreur le siège qu'il va choisir. Partout où il passe, l'obèse est ridicule. Ses vêtements, principalement ceux des femmes, semblent être trop étroits et toujours prêt à craquer, et les malheureuses paraissent y étouffer. De plus, cette boursouflure, cette congestion du visage généralisée chez les obèses, leur donnent l'aspect d'avoir été serrés dans un étau. Les hommes se préoccupent moins de la question "d'être à la mode" ; mais quel chagrin doit éprouver la femme trop grosse en voyant son amie, sa sœur, vêtues d'une toilette qui les rend plus jolies et plus séduisantes, et qu'elle-même ne peut porter à cause de cette graisse qui ne veut fondre. Toute coquetterie lui est interdite, elle ne peut même pas avoir l'espoir de plaire ou être admirée, car jamais une grosse femme ne peut se départir d'un air grotesque et ridicule. Partout où l'obèse va, partout où il passe, des regards moqueurs ou pitoyables le suivent.
 
L'obésité est dangereuse
 
L'obèse étant affaibli par la surabondance de graisse qui s'accumule sur ses tissus est prédisposé à toutes les maladies. [...] Voici donc pourquoi il nous paraît du plus haut intérêt que le public soit au courant de cette découverte scientifique absolument nouvelle et merveilleuse. Même les dames qui commencent seulement à grossir peuvent s'adresser en toute confiance au traitement du docteur Reg, car il a le secret véritable pour leur donner cette ligne svelte qui fait l'envie de toutes, jeunes ou vieilles. A. Hocquette, pharmacien, 50 rue de Turenne, division 416C, tient à la disposition des personnes obèses de nombreuses attestations.
Sur une simple demande accompagnée du coupon ci-dessous, tous les renseignements concernant cette découverte seront envoyés gratuitement, sous enveloppe cachetée, sans en-tête. Nous insistons sur ce que cette méthode est la seule offrant des garanties absolues et sérieuses pour diminuer votre poids ou pour vous guérir de l'obésité.
 
 

La famille Barlet, nouveaux catholiques

20 juin 2013

En avril 1598, le roi de France Henri IV signait les textes du célèbre édit de Nantes, reconnaissant aux pratiquants de la Religion Réformée (protestantisme) une liberté de culte dans des lieux définis. Il s'agissait d'un édit de pacification plutôt qu'un édit de tolérance, mettant fin aux incessantes guerres de religion. Moins d'un siècle plus tard, en octobre 1685, le tout aussi célèbre Louis XIV (et petit-fils d'Henri IV) promulgua l' édit de Fontainebleau et révoquait le précédent: il ordonna la destruction de tous les temples protestants et interdit l’exercice de leur culte. Ne restait plus aux Réformés que le choix de la conversion au catholicisme ou celui de l’exil.

La famille Barlet
Elle apparait dans mon ascendance avec Judith Barlet (mon Sosa n°1247), qui fait baptiser le 17 août 1698 à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs (Isère), la fille illégitime qu'elle a donné à un marchand nommé Claude Brissaud. Judith est issue d'une ancienne famille protestante. Ses parents Moyse Barlet et Jeanne Chevallier ont avec de nombreux coreligionnaires abjurés la Religion Réformée le 10 octobre 1685, suite à l'édit de Fontainebleau.
Ainsi le curé de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs transcrivit dans ses registres paroissiaux cette vague de conversion:
« Ce dixième octobre mil six cent quatre vingt et cinq ont comparu dans mon église paroissiale [...] Moyse Barlet et Jeanne Chevallier sa femme, Anne et Judith et Pierre Barlet ses enfants [...] lesquels ont fait abjuration d'hérésie entre nos mains en renonçant à la religion prétendue réformée et à toutes autres hérésies, pour embrasser la religion catholique apostolique et romaine, et de croire tout ce qu'elle croit, conformément à la doctrine de monseigneur l'évêque Dormaux cy devant évêque de Condon [...] ».
Il y avait au village de L'Albenc, tout proche de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, une importante communauté protestante. C'est dans ces registres que j'ai retrouvé les premières mentions de la famille.






Sources:
  • Histoire des protestants en France: XVIe-XXIe siècle, Patrick Cabanel 2012
  • Registres paroissiaux de L'Albenc et de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs

Punition divine pour le brigadier

19 juin 2013


 
" Le 9 septembre 1652 est décédé Antoine Pallier, après avoir été en frénésie, suite à une fièvre de cinq jours. Durant cette frénésie, il se donna plus de vingt coups de couteau, dont deux mortels à l’estomac. Il se coupa ses parties honteuses, le tout avec une furie si étrange que cela effraya tout le voisinage, qui n’osa jamais entrer dans la chambre où il s’était enfermé. "
Vienne, paroisse de Saint-André-le-Bas, le 4 septembre 1652. Une journée qui ressemblait à toutes les autres dans cette ville du Dauphiné, jusqu’à ce que plusieurs personnes soient interpellées par des cris venant du logis d’Antoine Pallier, brigadier du sel. 
 

« À l’arme ! Mon père se tue ! » 
Ce cri d’une petite fillette de huit ans, presque morte de peur, met en alerte tout le voisinage. En effet, son père est alors pris d’une rage si furieuse qu’il cherche partout un grand couteau ou une épée. Mais ne pouvant rien trouver pour exécuter son dessein, il trouve dans sa poche un petit couteau qui ne valait presque rien. Puis s’écriant « Il faut mourir ! », il se donna un grand coup sur la tête, qu’il perça jusqu’à l’os.
Une femme qui se rendait alors en visite chez la famille, entendit les cris, accourut à l’intérieur de la maison et y trouva Antoine tout en sang. Elle lui dit : « Maître Antoine ! Recommandez-vous à Dieu et à Notre-Dame ! ». Elle n’eut d’autre réponse que « Il faut mourir ! Et pourquoi me recommanderai-je à Dieu ? Ma mère me vendit au diable quand j’étais jeune ! ». C’est alors qu’il alla vers elle avec son couteau, dans l’intention de la tuer. Il fut freiné par un bruit : un cordonnier surnommé le Petit Ennemond était arrivé. Le frénétique le voyant, il lui porta un coup de couteau au cœur. Mais par bonne fortune, il se trouva avoir un pourpoint de peau qui résista au coup. Le petit cordonnier se sauva tout effrayé et le malade s’enferma dans sa chambre, criant à tout va « Il faut mourir ! » et se donnant plusieurs coups de couteau.
Tout le voisinage l’observait à travers une fenêtre, située au niveau du plancher de sa chambre et le voyait se mutiler avec une rage et une furie capable d’épouvanter les plus cruels et les plus sanglants. Le brigadier se donna ainsi plus de vingt coups de couteau puis il voulut se couper ses parties honteuses mais trouva que son couteau ne coupait pas assez bien. Il l’aiguisa contre une pierre et afin d’en venir à bout, il s’assit sur un tabouret où il mit ses parties sur le bois. Il posa le couteau sur ses parties intimes et frappa plusieurs fois sur le couteau avec un chandelier, jusqu’à ce que sa verge fut coupée, excepté un peu de peau qui la tenait encore de chaque côté.
Il perdait alors une grande quantité de sang et peu à peu, il se laissa tomber au milieu de sa chambre… Une fois que le frénétique fut à terre, les voisins qui étaient accourus aux cris et observaient par la fenêtre firent appelé monsieur Fontbonne, chirurgien, ainsi que le curé Jullians pour le confesser. En effet, Antoine avait survécu à sa folie ! Et revenu de sa furie, il dit au curé : « Croyez-vous que Dieu me pardonne ? » ce à quoi le prêtre lui en fit l’assurance, à condition qu’il reconnaisse sa faute, puis il lui demanda l’absolution.
Ses blessures lui causèrent une grande puanteur et le lendemain le chirurgien trouva que la gangrène s’était prise à ses parties intimes. Il fut contraint d’achever de les couper. La fièvre accompagna le malheureux durant cinq jours après le drame : de temps en temps il faisait sa confession et reconnaissait son péché avec beaucoup de ressentiments, mais parfois quand les chirurgiens le pansaient, il leur disait « Coupez ! Coupez ! » ou bien demandait à un ami un couteau, sans jamais dire ce qu’il voulait en faire. C’est donc cinq jours après qu’il trépassa et fut enterré au cimetière de Saint-André-le-Bas.
 
La punition divine.
Mais qu’est ce qui avait bien pu provoquer une telle frénésie ? Sa fille de huit ans expliquera après le drame qu’elle avait vu une bête verte marquetée de noir, en forme d’un chien, qui avait une queue longue et deux cornes recourbées sur la tête. Cette bête lui apparut puis elle monta sur le lit et poussa son père par les épaules jusqu’à le faire tomber par terre. Elle fit ensuite trois grands cris, semblables à un taureau mugissant et disparu en laissant son père à sa folie.
Le frénétique disait également à une autre de ses filles âgée de 13 ans, lorsqu’elle lui rendait visite : « Chasse ce mouton qui est là sur la petite fenêtre ». Et quand le curé l’interrogeait pour savoir s’il avait vu quelque chose lorsqu’il s’était blessé, il répondait qu’il lui semblait avoir vu quelque chose comme un chat. Le prêtre voulut, avant son décès, lui faire renoncer à tous ses pactes fait avec le démon, ce à quoi le malade répondait qu’il n’en avait jamais conclu.
Le curé Jullians finit ainsi son récit :
" J'ai voulu coucher tout au long cette funeste histoire, car l’ayant vue en grande partie, et croyant que la mémoire d’un accident si étrange fera appréhender à ceux qui la liront, les punitions que Dieu exerce bien souvent contre ceux qui n’ont pas vécu le long de leur âge dans sa crainte et dans l’observance de ses saints et très justes commandements. Tel qu’était ce pauvre homme, de qui j’ai décrit la mort, car m’étant informé auprès de ceux qui le connaissaient, ils m’ont assuré qu’il n’était pas craignant Dieu et qu’il blasphémait horriblement quand il était en colère. Tous ceux qui le connaissaient, attribuaient son étrange aventure à ce qu’il n’avait pas bien servi notre bon Dieu comme nous le devons tous faire. J. Jullians, curé. "
 
Source : Vienne, Saint-André-le-Bas, BMS. 1647-1669 p.43-46
Photographies personnelles de Saint-André-le-Bas

Eugène Monin, prêtre et aventurier

14 juin 2013

Les premières années.
 
Eugène Alphonse Monin naît à Charavines, près du lac de Paladru, le 10 mars 1869, dernier des six enfants d'Étienne Monin et d'Eulalie Bardin, propriétaires cultivateurs au hameau de Louisias. Choix de la famille ou vocation personnelle... il se dirige en tous cas vers la religion et fait ses études au petit séminaire de La Côte-Saint-André puis au grand séminaire de Grenoble. Le 19 mai 1894 il est ordonné prêtre par Monseigneur Fava, évêque de Grenoble. Il exerce la fonction de vicaire à Apprieu du 24 mai 1894 au 1er janvier 1897 puis fait profession religieuse dans la Société de Marie le 23 janvier 1898 à Sainte Foy-lès-Lyon. Il entre alors chez les Frères Maristes pour aller en mission d'évangélisation en Océanie.

C'est ainsi qu'il prend le départ le 27 mars 1898 et embarque sur l'Armand Béhic, un paquebot français de la Compagnie des messageries maritimes. Arrivé en Nouvelle-Calédonie le 3 mai 1898, il se dirige vers l'île de Lifou, dans les îles Loyauté, où il arrive le 19 août 1898. Il y prend la charge de la mission de Nathalo et est nommé vicaire de la paroisse. En avril 1899 il est appelé à la mission de Saint-Louis, sur l'île principale de Nouvelle-Calédonie (appelée Grande-Terre) et est remplacé par le Père Francis Rougé à Lifou. Mais il parait beaucoup s'y ennuyer et reprend son poste à Lifou en août 1899.
 
En décembre 1899, le P. Rougé quitte Lifou pour l’archipel du Vanuatu (ou plus anciennement les Nouvelles-Hébrides). Eugène sera ainsi vicaire jusqu'en 1907 à Hnathalo (ou Nathalo, les deux orthographes étant correctes).
 
Situation de Hnathalo et apparition des difficultés pour la mission catholique mariste.
 
La paroisse de Hnathalo-Lifou, créée en 1858, comprend notamment l’église Saint-Jean-Baptiste et la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes à Easo. C’est encore une station exemplaire en 1894 dans le vicariat apostolique de Nouméa. En 1878, dix hectares de terre lui ont été donnés par le gouverneur de Nouvelle-Calédonie, Léopold de Pritzbuer. La mission catholique sur place dispose de ses propres ressources et les résultats qu'elle opère sur la population plaisent à de nombreux fonctionnaires, qui sont toujours heureux d'entendre parler français lors de leurs passages. Les missionnaires perçoivent une aide du vicariat: 6500 francs plus 3000 francs pour les écoles, outre les dons de leurs fidèles. Les Pères Gaide, Fraysse et Goubin, en charge sur l'île, ont appris le drehu, la langue locale, ce qui démontre une bonne intégration. Hnathalo dispose d'un jardin potager, d'arbres fruitiers et d'une ferme avec des cochons, chèvres, moutons, chevaux et bovins. Une laiterie - dont on vend les produits dans toute la Nouvelle-Calédonie - un atelier de menuiserie et une forge furent également aménagés.
 
Mais dès 1880 et le passage d'un cyclone, les mauvaises conditions climatiques s'enchaînent et entraînent des pertes de récoltes et des difficultés d'alimentation. Le conseil épiscopal accorde aux missionnaires de Lifou plusieurs remises de dettes jusqu'en 1897 mais le 14 décembre 1898, le vicariat décide de supprimer les allocations et Hnathalo ne pourra dorénavant compter que sur ses propres ressources. Elle s'en sort par la vente de bétails à Nouméa ou Saint-Louis. Le Père Monin vend ainsi aux bouchers de Nouméa 83 moutons, sur un troupeau qui compte 350 têtes et qui sont embarqués en juillet 1901.
 

Durant ses fonctions il décide de restreindre les dépenses et de faire une pause dans les grands travaux de construction et rénovation entrepris depuis 1880. Il fait tout de même plafonner le dortoir des filles mais refuse la construction de nouvelles chapelles en pierre à Hunêtê et à Inagoj, ainsi que la rénovation de son presbytère qui d’après ses compagnons en aurait pourtant besoin. Son poste ne sera pas de tout repos car les locaux donnent aussi du fil à retordre aux religieux(ses).
 
Les écoles de Hnathalo ont des effectifs en baisse: l'école pour garçons passe de 65 enfants en 1885 à 25 en 1904. Pour l'école de filles les élèves diminuent de 57 à 45 pour les mêmes années. Les locaux découvrent également l'alcool avec l'arrivée des européens. Ainsi une barrique de vin, rapportée sur l’île en octobre 1901 par bateau, est bue en quatre jours et des violences suivent les beuveries. Des enfants de l'école de Hnathalo sont blessés par un adulte ivre alors qu'ils travaillaient dans leurs champs d'ignames. La foi chrétienne a encore du mal à résister aux pratiques traditionnelles: en 1903 plusieurs personnes sont accusées de sorcellerie ou de jeter des sorts. Ces accusations engendrent violences et suicides. Cette même année l'île connaîtra encore sécheresse et feux de brousse, qui parfois poussent les habitants à chaparder auprès des biens des communautés religieuses. S'ajoutent le manque de produits cultivables et donc le manque de revenus pour la Mission. Ces soucis font que peu de parents envoient leurs enfants aux écoles de la Mission. Dès 1899 des temps de prières furent organisés afin de rassembler les fidèles et raviver leur foi. A Hnathalo, c'est la fête du Sacré-Cœur qui était célébrée.
 
Une longue maladie.
 
Le 27 décembre 1899, dans une lettre qu'il adresse au vicaire apostolique, Monseigneur Fraysse, Eugène décrit les symptômes d'une maladie qui va l'accompagner de nombreuses années: «quant à moi, je n'ai pas trop à me plaindre. Mes maux de tête sont devenus des compagnons inséparables et insupportables par moment, mais on s'y fait». Les choses empirent et il sera rapidement frappé d'hémiplégie. Le Père Gaide écrit à son propos les 8 et 9 mars 1903 que «le P. Monin est alité depuis huit jours, souffrant d'un mal d'oreille» ou encore que «le P. Monin souffre encore plus que ces jours derniers... J'ai le cœur percé d'entendre le pauvre Père gémir continuellement, torturé par la douleur de l'oreille et de toute la tête».
 
Le 15 mars, son état de santé semble s'améliorer mais la maladie ne tardera pas à reprendre le dessus. Les moniteurs Zénon et Augustin, qui sont en charge de l'école de Hnathalo depuis 1898 et ont aidé le P. Monin à apprendre la langue locale, l'assisteront. En mai 1907, sa tumeur est incurable et il est trop tard pour l’envoyer en soins à Nouméa. Paralysé, il décède à Nathalo le 20 mai 1907, à l'âge de 38 ans et après seulement 9 ans de ministère en Océanie.

 
Avec tous mes remerciements à E. Hnalep et tout le service des Archives de Nouvelle-Calédonie, père Pierre Ngo du diocèse de Nouméa, JB. Jolly correspondant pour le site web des Frères Maristes et père François Grossin pour l'aide qu'il m'a apporté, toutes ses recherches et sa sympathie. Pour terminer, un grand merci à ma cousine Renée Monin.
 
Sources utilisées: état-civil de Charavines ; Meketepoun, histoire de la mission catholique dans l'île de Lifou au XIXème siècle, Jacques Izoulet, 1996 ; Fil d'Ariane: www.entraide-genealogique.net
Photographies: Révérend Père Monin à Lifou ; RP. Monin à la grotte de Lourdes, à Nouméa ; Mr Ballande, Monseigneur Fraysse, RP. Monin et les trois enfants de Mr Ballande à Saint-Louis, 1898 ; extrait du journal La France Libre, 9 avril 1898

Les attaques de loups et autres bêtes

12 juin 2013

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Longtemps redoutés pour leurs attaques, les loups, vipères et autres bêtes féroces des campagnes sont aujourd'hui entrés dans la légende. Ils étaient pourtant bien réels pour nos ancêtres, comme en témoignent ces actes, dont les auteurs ne sont pas avares de détails:
 
Roybon, 1691
Le 10me août 1691 a été enseveli Antoine fils à Claude Guillaud et Jeanne Griaud de la paroisse de Roybon âgé d'environ douze années. Lequel a été égorgé par le loup garou dans le mandement de cette paroisse. Lequel a été enseveli dans le cimetière en présence de [...] lesquels n'ont signés pour ne savoir le faire. Moural, curé.

Chassignieu, 1712
Le huitième janvier 1712 a été ensepulturé la tête de Benoite fille de Claude Mouton et de Louise Ronge mariés, icelle fille âgée de sept à huit années. Laquelle par un accident horrible fut enlevée, étant en dehors de la porte de la maison de Pierre Defrance, serrurier de cette paroisse, sur les huit à neuf heures de nuit, étant sortie de la dite maison où elle veillait et badinait avec d'autres enfants, et fut emportée et dévorée par une bête féroce qu'on croit être un loup. La maîtresse de la dite maison étant accourue aux cris du dit enfant qui criait "ô mon dieu", et honnête Claude Bellians qui accouru aussi aux mêmes cris, ne purent point arriver à temps pour l'arrêter et la défendre. Ils trouvèrent seulement en chemin la coiffe et le mouchoir de col de l'enfant, arrêtés à un morceau de bois d'une clôture. Ils trouvèrent encore les habits du dit enfant à vingt pas de l'entrée du dit chemin et les traces du chemin qu'avait suivi la bête ensanglantée, où de temps en temps, la bête avait reposé le dit enfant pour le déchirer. Les habits consistant en une robe et sa chemise qui avaient été dévêtus sans être déchirés. Cet accident épouvantable arriva comme sus est dit sur les huit à neuf heures du soir le second janvier présente année, et la tête du dit enfant a été trouvée toute entière à Virieu dans le pré du sieur trésorier Denantes, en Barbinières. Ce jour susdit, elle a été ensepulturé. Mibert, curé, M. Saunier, curé de Chélieu présent.
 
 
Chassignieu, 1713
Du dimanche 22ème janvier 1713 avant la messe de la paroisse, on été inhumées dans le cimetière de Chassignieu les parties nobles, les entrailles et quelques parties du corps de Claude Peyton âgé d'environ douze ans, fils de François et de Laurence Cayon de cette paroisse. Lequel fut dévoré par une bête féroce que l'on croit être un loup carnassier, le 19 du présent mois, sur la terre de madame de Bellegarde, lieu appelé Marsolaz au dessous du chemin de Valencogne à Chassignieu, près d'une petite fontaine appelée la Magalière. Son chapeau fut retrouvé à vingt pas de là, ses habits (qui consistaient en un justaucorps et sa veste) furent trouvés ensuite, tout ensanglantés par dessus le col et à quelques pas de là sa chemise fut trouvée déchirée par dessous. Le tout le 20 du présent mois par Jacques Boliand et autres personnes. Cet accident funeste arriva comme est dit dessus le 19e du présent à nuit clause, suivant le rapport de quelques personnes qui l'on vu se retirer de Valencogne, venant de montrer le chemin à un frère et valet de la Sylve Bénite. Ainsi le certifie. Mibert, curé.

Châbons, 1726
Le 17 juin 1726 a été tué et mangé en partie par une bête féroce François, âgé de huit ans, fils à Gaspar Guillou dit La Vigne et a été enterré le lendemain au cimetière de cette paroisse. En présence de François Morel [...]
 
Châbons, 1735
Le 9ème de juin 1735 est mort de la morsure d'une vipère Benoit Servoz âgé d'environ dix sept ans, fils de feu Claude, de Vaux hameau de cette paroisse et a été enterré le lendemain au cimetière en présence de Thomas Rosset, Benoit Cochard, André Agnès et Benoit Janin, tous du dit Vaux, illettrés. Ainsi je l'atteste. Guédy, curé.
 
Primarette, 1747
L'an 1747 et le 23e mai, mardi de Pentecôte, pendant l'office des vêpres, un loup carnassier prit l'enfant de François Malarin, à la porte de sa maison, en présence de sa mère qui ne put jamais le lui arracher des dents: plusieurs personnes revenant des vêpres ayant entendu le récit de ce malheur coururent dans les bois sur les traces du sang que répandait l'enfant, dont ils retrouvèrent quelques membres dispersés comme la tête, les bras, une cuisse et un pied qui furent ensevelis le même jour dans le cimetière de Primarette à la nuit tombante, en présence de Michel et Gabriel Perrochat père et fils, Antoine Jivry, Jean Basset, Claude Berthier et plusieurs autres personnes qui avaient accourues à ce triste spectacle. Le dit enfant nommé Michel Malarin, âgé de sept ans et un mois.
 
 
Source: registres paroissiaux, consultables sur le site des Archives départementales de l'Isère (www.archives-isere.fr/)

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