La famine aux îles Loyauté

30 juil. 2013

Quelques nouvelles d'Eugène Monin, prêtre isérois parti comme missionnaire sur l'île de Lifou en 1898. Un bulletin périodique de l'OPPF (l'Œuvre Pontificale de la Propagation de la Foi) publia une de ses lettres en 1903.
 
 
 
 
 
OCÉANIE - LA FAMINE AUX ILES LOYALTY

Le RP. Monin, de la Société de Marie, missionnaire à Nathalo Lifou
(îles Loyalty), nous écrit de Nathalo, le 10 vrier 1903:
 
 
« Permettez-moi de venir solliciter la générosité des lecteurs des Missions catholiques. Je sais bien qu'il suffira de leur exposer nos besoins pour qu'ils s'empressent d'envoyer leur obole au pauvre missionnaire de Natalo Lifou.
 
Une terrible famine nous menace. Par suite de la sécheresse extraordinaire et des chaleurs exceptionnelles que nous avons eues cette année, la disette est extrême dans tout le groupe des Loyalty, vous ne trouveriez pas la plus petite rivière. Les ignames, plantées au mois d'octobre et septembre  
dernier et qui devraient déjà donner des tubercules, ont presque toutes péri. Et c'est ce qui fait ici la base de la nourriture. Il y a bien encore les kournalas qui pourraient aider nos indigènes à prendre patience ; mais elles aussi ont souffert de la chaleur et de la sécheresse et, pour comble de malheur, de grosses araignées appelées aeng sont venues en dévorer les feuilles, de sorte que les kournalas n'ont donné aucun fruit.
 
 Ajoutez que l'an dernier, le 5 avril, un violent coup de vent renversait presque tous les bananiers ; ils repoussent actuellement, mais sont encore loin de donner leurs gimes. Les cocotiers eux-mêmes ont été secoués si violemment qu'on n'a pas encore pu récolter un seul panier de coprah. Et cependant le coprah est la principale ressource pour acheter un peu de riz, un peu de pain et les quelques brasses d'étoffes légères dont se compose l'habillement.

Dès maintenant, nos pauvres indigènes sont obligés, pour vivre, de manger les feuilles des bananiers, qui servent en
temps ordinaire de fourrage pour les chevaux, ou bien encore les jeunes pousses de ces arbres, plus tendres il est vrai, mais qui sont l'espoir de la prochaine récolte. Encore est-ce l'aliment des plus fortunés.

Les autres, en plus grand
nombre, sont obligés de chercher dans les forêts des racines ou des bouts de branches encore verts. Cette nourriture, tant qu'elle durera, empêchera les hommes valides de mourir ; mais elle est absolument insuffisante pour les mères, les
vieillards et les enfants. Mais voici qui aggrave encore notre situation et surtout attriste davantage notre cœur de missionnaire, notre petit troupeau de catholiques se trouve comme perdu au milieu d'un grand nombre de protestants. Dès lors, il n'est pas douteux que les ministres ne cherchent à attirer par leurs offrandes les catholiques que nos faibles ressources ne nous permettront pas de soulager.

Aidez-nous donc à conserver à nos enfants la vie du corps et en même temps la vie de l'âme. Le fléau commence à faire des victimes. Un de mes confrères m'écrit qu'une de ses paroissiennes est morte de faim et, dans une station je vais dire la messe de temps à autre, j'ai trouvé mon petit servant de messe à toute extrémité. Grâce à vous, j'en ai la conviction, il nous sera donné de venir au secours de ces infortunés et de distribuer aux plus délaissés, aux vieillards, aux enfants de notre école, un peu de riz et de farine. Nous irons à tous, catholiques et protestants, et peut-être, au lieu de perdre des âmes, aurons-nous la consolation d'en amener quelques-unes au vrai bercail de Jésus-Christ ! »

 

 
Source: Gallica - Bibliothèque nationale de France ( http://gallica.bnf.fr )

Coups et blessures en 1863

28 juil. 2013

L'Impartial Dauphinois, 12 juin 1863
Coups et blessures sur la personne d'un père
 
 
 
 
L'accusé se nomme François Thoniel, âgé de 31 ans, cultivateur, né et demeurant à la Bâtie-Divisin. Voici les faits résumés dans l'acte d'accusation:
 
« Le 13 avril dernier, le sieur Thoniel père, âgé de 69 ans, deux de ses filles, ouvrières en soie, et la dame Françoise Bouvier, veuve Pichon, se trouvaient réunis dans une chambre située au premier étage de la maison Thoniel. Les jeunes filles travaillaient et le vieillard était assis auprès d'elles. Tout à coup François Thoniel, accusé, entra brusquement dans l'appartement, se précipita sur son père, et, le saisissant à la gorge avec les deux mains, le renversa sur le plancher. Là, il le frappa au visage à deux reprises, avec le poing, et le sang jaillit par le nez de la victime. Dans son acharnement, il pressait violemment de ses mains et de ses genoux la poitrine et le ventre du vieillard, qui faisait de vains efforts pour se soustraire aux coups et aux meurtrissures. Pendant cette lutte, les filles du sieur Thoniel, impuissantes à le secourir, avaient appelé les voisins ; la femme Thoniel et son fils Pierre, accourus aux premiers cris, firent des efforts inutiles pour arracher la victime aux étreintes de l'accusé. Enfin le sieur Gros y parvint en saisissant ce dernier et en maîtrisant ses mouvements.
La cause de cette irritation extrême était connue. François Thoniel avait reçu ce jour même, 13 avril, un commandement que son père lui avait fait signifier par le ministère d'un huissier, afin d'obtenir le paiement des arrérages d'une pension viagère due en partie par chacun de ses enfants.
Les témoignages recueillis en établissant la preuve irréfutable de tous les faits ci-dessus posés, ont révélé à la justice une autre scène de violence antérieure et non moins grave. Dans les premiers mois de l'année 1859, une discussion très vive s'éleva entre l'accusé d'un côté, et de l'autre son père, son frère Georges et son beau-frère Chollat. Bientôt la grossièreté de l'accusé obligea son père à le pousser hors de l'écurie. Il saisit alors une hache qui se trouvait par hasard à portée de son bras, mais on l'arracha promptement de ses mains. Furieux, il se jeta sur son père et le renversa, le tenant sous lui et l'accablant de tout le poids de son corps. Chollat s'empressa de dégager le malheureux vieillard. François, forcé de se retirer, lança à son père une pierre qui l'atteignit à la tête et le fit saigner.
Interrogé sur son double crime, il s'est borné à nier les faits qui lui étaient imputés ou à présenter comme excuses les prétendues provocations dont il aurait été l'objet. »
 
Thoniel père et quelques uns des témoins insinuent que l'accusé est peut-être atteint de folie ; mais cette idée est repoussée par le docteur Rabatel, qui a été spécialement chargé de vérifier l'état de l'accusé. M. Lion, substitut de M. le procureur général, soutient l'accusation. Me Castilhon, avocat, présente la défense de l'accusé. Déclaré coupable avec admission de circonstances atténuantes, Thoniel est condamné à trois ans d'emprisonnement.

Le père survécu à l'attaque de son fils et s'éteindra le 21 octobre 1864. François Thoniel (1795-1864) est mon Sosa n°122. 

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