I comme Invalide

10 juin 2014

Vous souvenez-vous de César, mon aïeul savoyard parti guerroyer en Corse avec l'armée française? (sinon c'est par ici) Nous l'avons quitté en mauvaise posture: il venait d'être atteint par deux coups de feu!

La conquête de l'île laissera un très mauvais souvenir, aussi bien aux corses qu'aux français.  Comme nous le prouve le récit qui suit, la violence était de mise! Il s'agit d'un combat mené en 1769 par le régiment de Languedoc, dans lequel César fut enrôlé.
 
 
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A l’aube du 29 juillet 1769, un détachement du régiment de Languedoc ratissait la forêt de Valdu Niellu afin de retrouver les rebelles corses qui s'y cachaient. Des soldats entendirent des coups de feu et des appels à l’aide de certains camarades attaqués par des rebelles. Arrivés à leur secours, ils prennent en chasse un attaquant qui tentait de prendre la fuite. Le fugitif fait soudain volte-face et tire à bout portant sur un soldat, qui est tué sur le coup! Le rebelle corse, qui est alors coincé entre des rochers, poursuit le combat à coups de pierres. Un autre soldat réussit à l’atteindre mais le corse s'empare de son fusil-baïonnette. Le fugitif est cependant vite désarmé et le combat se poursuit au corps à corps. Le corse succombe rapidement sous le nombre.

Le prisonnier est aussitôt conduit dans les prisons de la citadelle de Corti, le 30 juillet 1769. L’homme se nomme Andréa Alfonsi, c'est un berger âgé de quarante-huit ans et natif du village d'Albertacce (Haute-Corse). Interrogé dès le lendemain, Andréa avoue qu’il a été enrôlé une quinzaine de jours auparavant par des voisins rebelles. Le matin de l'attaque, à l’aurore, ses compagnons aperçurent les premiers soldats français et s’enfuirent. Mais Andréa lui, était déjà encerclé. Les soldats indiquent que le prisonnier a résisté, refusé de marcher, s’est débattu et avouent l’avoir malmené, lui avoir asséné quelques coups et arraché quelques cheveux!

Le 7 août 1769, le jugement est rendu: Andréa est condamné à avoir les bras, jambes, cuisses et reins rompus vif à Corti. Son corps sera exposé dans la forêt de Valdu Niellu, sur le chemin le plus proche d'Albertacce, village d'origine de l'accusé.

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Est-ce un combat semblable qui aura failli coûter la vie à César?

S'il survit à ses blessures, le dur quotidien militaire est terminé pour lui. Le 2 mai 1772, il est reçu à l'Hôtel des Invalides de Paris. Le site http://www.hoteldesinvalides.org/ a fait un énorme travail de mise en ligne pour les registres de réception des militaires. Ce précieux document, issu de ces registres, nous apprend que César Coquet (Grivet-Coquet) natif de Donzin (Attignat-Oncin) fut «blessé à l'épaule gauche et jambe droite par deux coup de feu reçus en Corse». Il avait effectué un service de huit ans et six mois.
 
Etat du 2 may 1772, n°103938
  
César retourne donc dans sa région natale et la vie continue! C'est dans la ville de Lyon qu'il s'établira ensuite: le commerce de la soie y est florissant.


À suivre...

Sources:
- Illustrations: troupes françaises en 1769 à Ponte Novu, http://www.corsicatheque.com/
- Hôtel des invalides, http://www.hoteldesinvalides.org/ et recherches de Denise Ray, bénévole
- La Corse pour les Nuls, Thierry Ottaviani 2010
- La Confession d'Andrea Alfonsi (Tranches de Corse, Tranches de vie: destin d'hommes) dans U Ribombu, Jacques Denis

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