Jean-Pierre, le tuteur fou

15 août 2014

Victor Mange est mon arrière arrière-grand-père. Né en 1874 à La Côte-Saint-André (Isère) de parents vignerons, il devint orphelin de père et de mère à l'âge de dix-neuf ans. Il fut placé sous la tutelle de Jean-Pierre Granat, son cousin-germain.

Cinq années plus tard, Victor quitte son cher tuteur et part s'établir à Brienne-le-Château (Aube) où il épouse la jeune Eugénie, fille de vignerons elle aussi. Je vous ai parlé des circonstances accidentelles du décès de Victor, survenu en 1916, lors d'un précédent billet. C'est suite à la rédaction de cet article que j'ai fait quelques recherches sur la famille Granat à la mairie de La Côte-Saint-André et que j'ai découvert le tragique destin de Jean-Pierre.

Après le départ de Victor, il fut traité à l'hôpital de la ville dès 1909. Puis en 1912, madame Martaresche, directrice de l'hôpital, fait dresser un procès verbal où l'on découvre que Jean-Pierre Granat « donnait depuis quelques temps des signes évidents d’aliénation mentale, qu’il insultait et menaçait de tuer madame la supérieure. Qu’il est dangereux tant pour les employés de l’établissement que pour les malades. Que pour ce motif, il y a lieu de le faire admettre dans un établissement d’aliénés ». Vous remarquerez qu'il n'est nullement précisé que Jean-Pierre doit être interné pour son propre bien. On s'inquiète alors pour la sécurité des autres patients et surtout pour celle de madame la Directrice.


Voici le contenu du dossier individuel de Jean-Pierre, d'après les archives de l'Asile Saint-Robert:



source: Archives Départementales de l’Isère, administration hospitalière
Asile Saint-Robert à Saint-Égrève, cote: 14X38

Certificat du Docteur Berger de La Côte-Saint-André, du 13 octobre 1912
Je certifie que le nommé Granat Pierre âgé de 55 ans, actuellement en traitement à l’hôpital de La Côte-Saint-André, constitue un danger pour l’entourage. Son état de santé nécessite son internement dans un asile d'aliénés.

Procès-verbal rédigé par monsieur Sautereau, maire de La Côte-Saint-André le 14 octobre 1912
Le lundi 14 octobre 1912 à 9h du matin. Par devant nous, René Sautereau maire de La Côte-Saint-André, se sont présentés:
1° Madame Martaresche, supérieure à l’hospice de cette ville;
2° Jean Rey, infirmier au dit hospice.
Lesquels nous ont déclaré que le nommé Jean-Pierre Granat âgé de 55 ans, domicilié à La Côte-Saint-André et actuellement en traitement à l’hospice, donnait depuis quelques temps des signes évidents d’aliénation mentale, qu’il insultait et menaçait de tuer Madame la supérieure. Qu’il est dangereux tant pour les employés de l’établissement que pour les malades. Que pour ce motif, il y a lieu de le faire admettre dans un établissement d’aliénés.
Signé Sautereau, Martaresche supérieure, Rey

Bulletin de naissance rédigé le 15 octobre 1912
Jean-Pierre Granat est né à La Côte-Saint-André le 26 décembre 1857.
Parents: feu Jean-Pierre Granat et feue Françoise Mange.

Bulletin de renseignements, par monsieur Sautereau, maire de La Côte-Saint-André le 19 octobre 1912
Jean-Pierre Granat, 54 ans. Né et domicilié depuis sa naissance à La Côte-Saint-André. Père et mère décédés. Célibataire, français, sans profession.
Biens: une vigne de peu de valeurs grevée d’hypothèques.
A-t-il déjà été traité pour sa maladie: Non.
Y a-t-il des personnes dans la famille atteintes de folie: Oui, sa soeur Granat épouse Michallet, décédée à l’asile Saint-Robert en avril 1912.

Arrêté du Préfet de l’Isère du 19 octobre 1912
Vu le certificat du Docteur Berger de La Côte-Saint-André. Vu la demande en séquestration du Sous-Préfet de Vienne. Le nommé Jean-Pierre Granat sera placé à l’asile Saint-Robert. Placement fait provisoirement aux frais du département.

Bulletin d’entrée à l’asile rédigé le 12 novembre 1912
Jean-Pierre Granat, 54 ans, cultivateur à La Côte-Saint-André, est arrivé sous la conduite d’Auguste Rajon, garde-champêtre de La Côte-Saint-André, le 11 novembre 1912.

Certificat médical de l’asile, daté du 12 novembre 1912
Le nommé Granat n’a manifesté au cours de notre premier examen aucun trouble mental autre qu’un peu d’affaiblissement intellectuel, d’ailleurs insuffisant pour justifier son maintient en internement. Mais une plus longue observation s’impose.

Arrêté du Préfet de l’Isère du 15 novembre 1912
Les frais de séjour de Jean-Pierre Granat seront répartis comme suit: 75% pour la commune de La Côte-Saint-André et le surplus aux frais du département.

Lettre de la Préfecture de l’Isère à l’asile Saint-Robert du 22 novembre 1912
Jean-Pierre Granat possède notamment une petite vigne située à La Côte-Saint-André de peu de valeur et grevée d’hypothèques. La gestion des biens de ce malade pourra servir au paiement de ses frais d’entretien.

Certificat médical de l’asile, daté du 25 novembre 1912
Le nommé Jean-Pierre Granat entré le 11 novembre 1912 présente un léger affaiblissement intellectuel portant surtout sur la mémoire et quelques accès de colère morbide, qui ne suffiraient peut-être pas à justifier son maintient à l’asile si lui même ne le sollicitait. Il est en effet sans ressources et n’est plus apte à gagner sa vie. Il vient de l’hôpital de La Côte-Saint-André où il était hospitalisé depuis 2 ans. A maintenir, tout au moins provisoirement.

Lettre du 9 octobre 1918 de l’asile Saint-Robert au Préfet de l’Isère
Objet: proposition de sortie
Le nommé Jean-Pierre Granat est guéri de son accès et peut être envoyé à l’hôpital de Grenoble pour y subir une opération chirurgicale. Le malade est inoffensif.
Signée du médecin-chef Docteur Fayre

Lettre du 18 octobre 1918 de l’asile Saint-Robert au Préfet de l’Isère
Le nommé Jean-Pierre Granat a été conduit à l’hôpital de Grenoble par un infirmier de l’asile, pour y subir une opération chirurgicale, au compte de l’assistance médicale gratuite. Sortie à titre temporaire par décision du 11 octobre 1918. Le malade a quitté l’établissement ce 18 octobre 1918.


Après cette date du 18 octobre 1918 et sa sortie temporaire de l'asile, il n'y a plus aucun document d'archives concernant Jean-Pierre Granat. La fin de sa vie m'est toujours inconnue.

Sources: mairie de La Côte-Saint-André, archives départementales de l'Isère

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