Lo curâ de Paladru (chant)

25 août 2014

 
Je vous propose aujourd'hui de découvrir ce texte en patois dauphinois, qui était chanté sur les bords du lac de Paladru à la fin du XIXe siècle.





Connaissez vo zans de sant Piéro
Rè Dom Rènè de Paladru
Qu’a na se bèle pimpenière
Per i meuri noyis bien dus ?
I nos anme, de vos assuro,
U vo tuis nos fare insara.
Bigota porte don de buro
A ce bon cura,
Bigota porte don de buro
A ce bon cura.

U le tins vius de notres terres,
De ne dzo pas qu’u sè fripon,
Ma cele marsands de priéres
An quoque fèi lou dèi bien longs.
E faut requieula ta conchisa,
Mon poro Rè t’a bio brama,
Et s’i te fan d’autres soutises,
T’aré su le nâ.
Et s’i te fan d’autres soutises
T’aré su le nâ.

U s’in va cugnan pe le pôrtes
Le denrés de le pore zins,
E faut vere comme ul importe
Lu pè, lu bla nè pu lu fromin.
U ne lésse que le driailles,
Sos sous ne san pas depozeus,
Quand vos n’ara pas de polailles,
E lui faut de zués
Quand vos n’ara pas de polailles
E lui faut de zués.

Ul a fait pèdre à Moncheu Reviére
Mé de six cent cinquanta francs,
Lous Zombres de la Véreniére
An solan mé de vin cloquant.
La Jeutesse a vouéda sa bosse,
To sa cé lui vodra vo poué
Que quotion de nutra parosse
Gagni son procés,
Que quotion de nutra parosse
Gagni son procés.

Ul a fait vegni na religieuse
Qu’a le pilions du zius bien nè,
Ale para bien amouérusa,
Al a de tetons come de pè.
Pomes d’api, botons de roses
Sont bien moins frés, moins delieucats,
Et portant qu’éla vo la chosa,
U ne l’anme pas,
Et portant q’éla vo la chosa
U ne l’anme pas.

Lo zo, la nè u la vesete,
P’utien u ne fa pas grand ma,
A dieuna souvin u l’invite
Pe li montra son b a ba.
Ale sara dabo savinta,
U dzit qu’i vot l’instruire à fond.
Si ves a de files inorintes,
Mena li le don,
Si ves a de files inorintes,
Mena li le don.

U ne setsin que la canaille,
De Dzeu ul a point de respect,
Ul a fait batsi contra la muralye
De notre elièsa on cacaret,
Los saints, los anzes et tous lus cerzes
Pe lu soffront to ce qui-to fat,
Grince in vo dzit la sainte Vierze,
Dé vo qu’à peta.
Grince in vo dzit la sainta Vierze
Dé vo qu’à peta.

De ne connaisso pa d’odeu se forta,
Los bien élus ne fléront pas,
Ce got no rin depe la porta,
Attindzé de moins vos gala,
Qué ravo qué ce grand Dom Rène,
Que nos inonde ce bon taba,
Fôté le quimp lo grand Dom Rène,
Pe la côtava,
Fôté le quimp lo grand Dom Rène,
Pe la côtava.

Non peu pegni son insolence,
Amolant me son grand quieuté,
Se muriyant bèle appparence,
De vouè lo zanta ceta né.
Quand Zudi tua Holopherne,
Una vieille on que le lo fit,
Alla don vito me le querre,
Poué vos voré,
Alla don vito me le querre,
Poué vos voré.

La nè vegnua nutra pucèla
De son Zosè prin le sola,
Lez éré come une hirondèle
Arma de son grand cutelas ;
Al a vola la pimpeniére
De Dom Rènè nutron cura,
Et poué sin fin le sin le méle,
Cope tout à ras,
Et poué sin fin le sin le méle,
Cope tout à ras.

Rè depoué lors ét in coléra
Contre le bon Dzeu vu la réson,
Valeu-té pe ce po de choses
In agi de cela façon ?
Nos i prinin dzeli vinzince,
Contre le ciél u plédara,
Et non ne peut savé d’avance
Qui gagnera,
Et non ne peut savé d’avance
Qui gagnera.
Connaissez-vous, gens de Saint-Pierre,
Rey, Dom René de Paladru
Qui a une si belle pépinière
Pour y mûrir des noyers bien durs ?
Il nous aime, je vous assure,
Il veut tous nous faire enfermer.
Bigote, porte donc du beurre
A ce bon curé.
Bigote, porte donc du beurre
A ce bon curé.

Aux temps anciens de nos terres,
Je ne dis pas qu’il soit fripon,
Mais ces marchands de prières
Ont parfois les doigts bien longs
Il faut reculer ta convoitise,
Mon pauvre Rey, tu as beau crier,
Et s’ils te font d’autres sottises,
Tu auras des coups sur le nez.
Et s’ils te font d’autres sottises,
Tu auras des coups sur le nez.

Il s’en va cognant aux portes
Pour réclamer les denrées des pauvres gens,
Il faut voir comme il emporte
Leurs pois, leur seigle et leur froment.
Il ne laisse que les épluchures,
Ses sous ne sont pas déposés,
Quand vous n’aurez pas de poules,
Il lui faut des œufs.
Quand vous n’aurez pas de poules,
Il lui faut des œufs.

Il a fait perdre à Monsieur Rivière
Plus de six cent cinquante francs,
Les Zombres de la Véronnière
N’ont plus que du vin clairet.
La Jeutesse a vidé sa bourse
Tout cela lui vaudra ensuite
Que quelqu’un de notre paroisse
Gagne son procès.
Que quelqu’un de notre paroisse
Gagne son procès.

Il a fait venir une religieuse
Qui a les sourcils bien noirs,
Elle paraît bien amoureuse,
Elle a des tétons comme des pois.
Pommes d’api, boutons de roses
Sont bien moins frais, moins délicats,
Et bien qu’elle veuille la chose,
Il ne l’aime pas.
Et bien qu’elle veuille la chose,
Il ne l’aime pas.

Le jour, la nuit, il la visite,
Pour ça, il ne lui fait pas grand mal,
A dîner souvent il l’invite
Pour lui apprendre son b a ba.
Elle sera bientôt savante,
Il dit qu’il veut l’instruire à fond.
Si vous avez des filles ignorantes,
Menez-les lui donc.
Si vous avez des filles ignorantes,
Menez-les lui donc.

Il ne soutient que la canaille,
De Dieu il n’a point de respect,
Il a fait bâtir contre le mur
De l’église un cacaret,
Les saints, les anges et tous leurs cierges
Pour lui souffrent tout ce qu’il a fait,
Grâce à vous, dit la Sainte Vierge,
Je ne veux que péter.
Grâce à vous, dit la Sainte Vierge,
Je ne veux que péter.

Je ne connais d’odeur si forte,
Les biens élus ne sentent pas,
Ce relent nous vient depuis la porte,
Attendez de moins vous réjouir,
Quel affreux que ce grand Dom René,
Qui nous inonde de ce bon poison,
Foutez le camp, le grand Dom René,
Par la Côte Aval.
Foutez le camp, le grand Dom René,
Par la Côte Aval.

On peut punir son insolence
Aiguisant bien son grand couteau,
Se donnant belle apparence,
Je vais lui faire son affaire cette nuit,
Quand Judith tua Holopherne,
Une vieille qui le lui fit,
Allez donc vite me le quérir,
Puis vous verrez.
Allez donc vite me le quérir,
Puis vous verrez.

La nuit venue, notre pucelle
De son Joseph prend les souliers,
Y alla comme une hirondelle,
Armée de son grand coutelas ;
Elle a volé la pépinière
De Dom René, notre curé,
Et puis sans fin son bien elle mélange,
Coupe tout à ras.
Et puis sans fin son bien elle mélange,
Coupe tout à ras.

Rey depuis lors est en colère
Contre le bon Dieu, vu la raison,
Valait-il pour ce peu de choses
En agir de cette façon ?
Nous en prenons jolie vengeance,
Contre le ciel il plaidera,
Et on ne peut savoir d’avance
Qui gagnera.
Et on ne peut savoir d’avance
Qui gagnera.


Source: Centre des Musiques traditionnelles Rhône-Alpes, http://cmtra.org/ (d'après M.Garat - Paladru, 1977) ; Photographie personnelle

  1 commentaire:

  1. La partition avec tous les couplets ici :
    https://chapellesaintjoseph.wordpress.com/2012/04/14/meme-pour-une-chapelle-tout-travail-merite-salaire/

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