Conte: Le Noël des eaux

24 déc. 2015


Après la naissance de l'Enfant, quand le bœuf et l'âne allèrent boire à la rivière, une multitude de poissons les attendait:
« Nous savons déjà par les rats d'eau ce qui est arrivé, dirent-ils, mais racontez-nous davantage ! »
Alors l'âne dit:
« Des hommes viennent, bien sûr, mais surtout beaucoup d'animaux. Les moutons ont suivi leurs bergers et puis les renards et les chacals du désert. Cela fait un va-et-vient incessant sur la route. Des milliers de petits oiseaux se sont rassemblés sur le toit et trop nombreux pour entrer tous dans l'étable, ont nommé une délégation afin de les représenter et d'adorer l'Enfant en leurs noms. En apprenant la chose, la Sainte Vierge s'est avancée sur le pas de la porte avec l'Enfant dans ses bras, malgré le froid. Il y eut d'abord un grand silence et puis un beau concert: les éperviers se tenaient à côté des mésanges sans qu'elles eussent peur. Et tout cela chantait. Tout ce qui est vivant sur terre a pu voir Jésus.
— Sauf nous ! sauf nous ! crièrent alors les poissons.
— Toutes les bêtes de l'arche de Noé, ajouta l'âne qui voulait montrer sa science, vous n'étiez pas sur elle, vous autres, mais autour ! Avouez que vous n'avez jamais connu une meilleure époque que celle du Déluge !
— Ce n'est pas juste ! souffla une grosse carpe. Il n'y a pas de raison pour que les vilaines mouches puissent se poser sur son front et les chauves-souris danser autour de la crèche, pendant que nous sommes retenus ici parce que nous n'avons reçu ni ailes, ni pattes !
— Je veux bien prendre un petit gardon, dit le bœuf conciliant, ne pas l'avaler tout à fait et je trouverai bien là-bas un seau pour le déposer. Il lui dira ce que vous avez à lui dire, et je vous promets de le rapporter ici demain, en bonne condition. D'ailleurs, vous me connaissez, je n'aime pas cette nourriture. »

Mais tous les habitants des eaux se récrièrent en faisant des bulles à tel point que l'âne éternua, se mit en colère et les traita de tous les injurieux noms de poissons que l'homme a inventés.
« J'ai une autre idée, dit le bœuf, envoyez donc un amphibie quelconque, une grenouille ou une tortue par exemple, et il vous représentera. »
Mais un gros esturgeon donna un si violent coup de queue que le bœuf dut reculer, trempé. Et tous les poissons se mirent à crier (ils s'étonnaient eux-mêmes d'avoir de telles voix !) et à pleurer, ce qui fit monter l'eau de la rivière.
« Apportez-le-nous, suppliaient-ils, que sa Mère sache bien que nous le réclamons ! Elle peut bien faire pour nous ce qu'elle a fait pour les oiseaux, ce n'est pas tellement plus loin. Nous veillerons à ce qu'il ne s'enrhume ni ne prenne froid ! Nous comptons sur lui demain à la même heure et s'il n'est pas là, nous troublerons tellement votre abreuvoir que vous ne pourrez plus boire. »
Alors l'âne et le bœuf s'en allèrent, sachant dans leurs cœurs que la Vierge accepterait. Quand ils furent partis, les poissons se mirent en cercle et tinrent un grand conseil:
« Il ne faut pas qu'il s'arrête sur la rive, mais qu'il descende dans notre élément. Dieu respire partout, et il peut bien faire respirer comme nous, pendant quelques instants, Marie et Joseph. Préparons donc un site plus beau que celui des hommes et des bêtes de surface et une réception plus digne et plus courtoise: il y va de notre honneur ! »

On délégua le saumon vers la mer, avec mission de rapporter des branches de corail et des huîtres pleines de perles. Les castors construisirent une grande chambre pour que les grosses bêtes invitées, comme l'hippopotame et le crocodile, puissent y entrer. Et dans la chambre, le poisson-scie et le poisson-marteau firent un gentil berceau de bois. Le poisson-lune et les petites perches arc-en-ciel répétèrent un ballet ; on dépêcha la loutre vers les habitants des mares fermées pour les avertir eux aussi de la fête. Les mouettes s'offrirent d'elles-mêmes à prier les indigènes de la haute mer d'assister à la cérémonie.

Et tous les poissons qui ne furent pas envoyés en mission aménagèrent un beau tapis d'algues et un dais de nénuphars sur le parcours que suivrait l'Enfant dans les eaux. Ils travaillèrent toute la nuit et le jour suivant. Quand vint le soir, on entendit le braiment de l'âne tout joyeux. Certains se méfièrent, pensant qu'il venait seul et voulait se venger de l'accueil de la veille. Mais le héron, détaché en sentinelle, les rassura : l'Enfant était bien là !
Marie et Joseph le déposèrent alors sur un large nid prêté par la femme de la sentinelle et rembourré avec du duvet de roseaux. Ils descendirent ainsi dans la rivière en le portant chacun d'un côté et déposèrent Jésus dans le berceau préparé par les poissons, entre l'hippopotame et le crocodile.

Ce qui se passa ensuite n'est pas rapporté, mais on peut penser que toutes les bêtes des lacs et des ruisseaux, celles de l'océan et des grands fleuves inconnus, toutes les éponges et les étoiles de mer, les mollusques et les coquillages, adorèrent l'Enfant Jésus.

Et depuis ce soir-là, ils sont devenus tout à fait muets, parce qu'ils reçurent la grâce de ne rien dire, comme il est moins nécessaire de parler que de garder le souvenir de la bonté de Dieu dans le silence du cœur.



source: Une somme de poésie, tome II, Le Jeu de l'homme devant les autres, Patrice de La Tour-du-Pin, 1982
illustrations: Très Belles Heures de Notre-Dame, manuscrit, Gallica ; Heures de Frédéric d'Aragon, manuscrit, Gallica ; Deux poissons exotiques, par François Desportes, (C) RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique) ; Le Dauphin, par Raoul Dufy, (C) Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais

Noël, envers et contre tous

14 déc. 2015

Noël 1914: cela fait plusieurs mois que les soldats français et allemands sont au combat. La guerre devait être courte. Chaque camp est pourtant retranché dans ses positions et la guerre n'en finit plus. Loin de leurs familles, les hommes ne veulent pas oublier Noël. C'est ainsi que de nombreuses initiatives virent le jour afin de marquer l'évènement, adoucir les conditions de vie et remonter le moral. Noël... envers et contre tous !

illustrations: Le blog du Maître-Chat Lully


En fin d'année 1914, le 23e R.I est dans le secteur de Saint Jean d'Ormont, dans les Vosges:

"25 décembre. Messe chantée et vêpres chantées par l'abbé Cottard Josserand. Monsieur Decourcelles a apporté des cadeaux de Bourg. Les Boches nous lancent des bouteilles de bière vides. Nous leur lançons des bouteilles de champagne non moins vides. Les Boches fêtent Nöel: Wassbauer leur parle allemand, cause avec un Boche. On convient de part et d'autre de ne pas tirer. Ils chantent, nous applaudissons et réciproquement. Ils montent sur leurs tranchées et nous aussi. Un français et un boche se rencontrent entre les lignes et échangent des cigarettes."

source: La Grande Guerre entre les lignes, Dominique Saint Pierre (d'après le journal de Joseph Saint Pierre, médecin au 23e R.I)

Soldats français coupant un sapin de Noël, 1914, Gallica (BNF)
 

Initiatives semblables dans le 74e R.I, rapidement condamnées par le colonel du régiment:

 
"25 décembre. Pendant toute la soirée, les allemands ont chanté et joué de la musique dans les tranchées qui nous font face. Dans la matinée, un certain nombre d'allemands sont sortis de leurs tranchées sans armes et en levant les bras. Quelques-uns d'entre eux portaient des petits sapins comme arbre de Noël, quelques-uns de nos hommes voyant cela sont également sortis de leurs tranchées. Dès que ces faits regrettables ont été rapportés au colonel, il a donné l'ordre de d'ouvrir immédiatement le feu sur les allemands.

26 décembre. Nuit calme sur tout le front. Dans la soirée du 25 les allemands ont à nouveau chanté et joué de la musique."

source: Journal des Marches et Opérations du 74e R.I


Enfin, dans le 99e R.I, une véritable trêve s'instaure entre français et bavarois, malgré les prussiens qui persistent à ouvrir le feu. Il semble qu'au seing de l'armée allemande, la haine que se vouent les prussiens et les bavarois soit plus forte que la haine de l'ennemi français:

"24 décembre. Les bavarois questionnés nous donnent de précieux renseignements sur l'ordre de bataille ennemi. D'après leurs dires, une très grande animosité existe entre prussiens et bavarois.

25 décembre. Les tirailleries ont cessé brusquement chez les allemands dès le point du jour. Un grand nombre de bavarois sont sortis de leur tranchée en faisant signe de ne point tirer sur eux, puis ils se sont avancés à mi-distance de nos tranchées et ont engagé la conversation avec nos hommes devant le secteur du Bois Commun. Trêve complète. Fureur des prussiens qui tirent sur les bavarois. Ceux-ci nous préviennent de l’arrivée de leurs officiers et déclarent qu’ils tireront en l’air, ce qu’ils font en effet.

26 décembre. Les bavarois sympathisent toujours devant le secteur du Bois Commun. Trêve absolue.

27 décembre. La paix continue. Deux officiers bavarois sont venus à mi-distance des tranchées. Philippi, un de nos hommes, s’est approché. La conversation s’est engagée et les officiers bavarois ont paru tout étonnés d’apprendre que Lyon n’était pas investi par une armée italienne ainsi que le bruit en est répandu dans les tranchées allemandes.

28 décembre. L’accalmie persiste sur tout le secteur. Au Bois Touffu nous avons pu enterrer huit morts français remontant au 29 novembre qu’on est allé chercher tout près des tranchées allemandes.

30 décembre. Les relations continuent avec les bavarois. Elles sont toutefois beaucoup plus restreintes que précédemment. Ils ont prévenu qu’ils ne nous laisseraient plus travailler à découvert. Echange de journaux et de cartes de nouvel an."

source: Journal des Marches et Opérations du 99e R.I

Lexique de vocabulaire dauphinois

5 déc. 2015

Lors de ma lecture de l'Inventaire des biens de Jean Humbert, daté de 1680, de nombreux mots m'ont semblé obscurs. Je vous présente aujourd'hui ce lexique, avec quelques définitions ou explications concernant le vocabulaire qu'utilisaient notamment les habitants du Bas-Dauphiné à la fin du XVIIe siècle.


bichet

Unité de mesure pour les grains, exprimée selon la capacité du récipient qui contient le grain en question. Le bichet était utilisé dans le Viennois alors qu'aux alentours de Grenoble, on utilisait plutôt le sétier.

source: Les anciennes mesures locales du Centre-Est, Pierre Charbonnier, 2006

gerle


Grande cruche, utilisée principalement pour contenir de la liqueur. Une "gerle" peut également désigner un seau ou une petite cuve utilisée lors des vendanges.

source: Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, Frédéric Godefroy, 1880-1895
illustration: Menu de maigre et ustensiles de cuisine, J-B Siméon Chardin, 1731 (via Musée du Louvre)

quenouille
 


Tige en bois ou en osier utilisée pour stocker les fils de lin ou de chanvre. Les fils étaient enroulés et serrés à l'aide d'un ruban autour de la quenouille, afin qu'ils ne s'emmêlent pas avant de les tisser.

source: Entrons chez nos ancêtres, Jean-Louis Beaucarnot, 2010
illustration: Paysanne filant sa quenouille, Bernard Picart (via Musée du Louvre)

pal

Pieu, poteau ou piquet. Le mot peut aussi désigner une palissade: "des pals". Un pal en fer, un pal en bois.

source: Dictionnaire de la langue romane, ou du vieux langage françois, François Lacombe, 1768 (via Gallica, BNF)

poussière

Paillasse de couchage faite avec des débris de paille. Un matelas rempli de poussières ; une poussière à coucher.

source: Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, Frédéric Godefroy, 1880-1895

rite

 
Ou "ritte". Filaments issus de l'écorce du chanvre ou du lin. Terme dauphinois, savoyard, suisse et jurassien. Filer la rite ; quenouille de rite.

source: Nouveau glossaire genevois, Jean Humbert, 2004
illustration: fibres de chanvre, passionprovence.org

tarière
 

Outil en fer permettant aux charpentiers et autres ouvriers du bois, de percer ce matériau afin d'y insérer des chevilles d'assemblage. Synonyme de laceret.

source: Dictionnaire de la langue française ancienne et moderne, Pierre Richelet, 1780
illustration: justinstorck.free.fr

traversier
 
Traversin de lit. Des lits garnis de traversiers et de couvertures.

source: Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, Frédéric Godefroy, 1880-1895

Charavines: mes ancêtres du Néolithique

1 déc. 2015

 
Sur les rives qu'habitèrent la plupart de mes ancêtres directs, vécurent également il y a 4 millénaires les "Baigneurs". Installés eux aussi sur les bords du lac de Paladru, des familles du Néolithique habitèrent le village dit des "Baigneurs", à Charavines, dès l'an 2669 avant notre ère. Ce site est caractérisé par deux occupations espacées d'environ 40 ans.
 
Vue aérienne du site de fouilles, à Charavines
 
Durant l'automne-hiver de l'an 2669 avant JC des hommes arrivèrent sur le rivage du lac, coupèrent de nombreux sapins et les stockèrent sur la rive. Dès l'année suivante (-2668) ils revinrent avec leurs familles: d'autres arbres furent abattus et les constructions commencèrent. En cette première année d'occupation il y avait deux maisons ainsi qu'un grenier. Les constructions s'enchaînèrent durant 18 ans, jusqu'à atteindre le nombre de six habitations.
 
 
Mais dès l'année 2652 avant JC sans doute à cause de l'humidité croissante et de la remontée des eaux, le village fut abandonné durant près de 40 ans avant d'être de nouveau occupé.
 
Les habitats étaient construits directement sur le sol de la plage, dont les eaux s'étaient retirées quelques décennies auparavant, suite à une baisse du niveau du lac. Les maisons étaient constituées d'une ossature en poteaux de sapins (parfois de frêne, orme ou hêtre) enfoncés sur 3 à 4 mètres de profondeur dans le sédiment lacustre. Les charpentes étaient en écorces et roseaux avec un toit à deux pans. La maison était d'une pièce unique et rectangulaire. Le foyer était au centre, entouré de zones réservées aux travaux domestiques ou au couchage. Dans les cours entre les maisons, les "Baigneurs" s'adonnaient à l'artisanat: taille du silex, dépeçage des viandes, travail du bois de cerf, etc...
 
Poignards en silex
 
Le site des Baigneurs, lors de la sécheresse de 1922
 
Les "Baigneurs" sont ils mes aïeux par le sang? Je ne le saurai jamais. Mais ils furent de façon certaine les prédécesseurs de mes ancêtres sur les rives du lac de Paladru et ces derniers héritèrent de leur culture et leur savoir-faire.
 
Maquette du village (première période d'occupation)
 
 
Source:
"Les oubliés du lac de Paladru" et annexes contenues dans "Les villages néolithiques de Charavines" - par A. Bocquet, 2012, éditions Fontaine de Siloé - toutes les illustrations sont issues de ces ouvrages et demeurent sous copyright de leur auteur.

Les frères Girin dans la Grande Guerre

23 nov. 2015



Eugène et Henri Girin étaient les deux fils nés de l'union de Joseph Girin, cultivateur et d'Alexandrine Guttin, son épouse. Le couple s'était marié le 24 novembre 1888 à Valencogne, un village proche du lac de Paladru, en Isère. En 1906 la famille Girin est domiciliée à Paladru, au hameau de La Sonnière. Eugène et Henri vont tous les deux perdre la vie durant la Grande Guerre.

Recensement de la population, Paladru 1906

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Eugène Pierre GIRIN

Il est né le 11 janvier 1894 à Paladru et lorsque la Première Guerre Mondiale éclate, il n'a que 20 ans et exerce le métier de coiffeur. Dans sa fiche matricule il est fait mention d'une marque particulière: une cicatrice au bras droit. Eugène fut incorporé au 12e Bataillon de Chasseurs dès le 1er septembre 1914. Au début de l'année 1915, il se retrouve au front en Alsace, près de Sulzern (aujourd'hui Soultzeren). 

Carte du Front près de Sulzern
source: chtimiste.com

Après une période d'inertie dans les deux camps, le 19 février au petit jour, les allemands attaquent violemment près de Metzeral. Des combats acharnés s'enchaînent alors durant 5 jours. Le bataillon est submergé par les troupes ennemies et doit faire face à une artillerie puissante. Ils parviennent tout de même à se retirer de leurs positions et à construire une nouvelle ligne de défense, à l'arrière de la précédente.

Dans la nuit du 28 février au 1er mars, les allemands tentent de s'emparer par surprise de Sulzern et le 12e Bataillon arrive à prendre sa revanche. Après 3 heures de combat, l'ennemi est repoussé à la baïonnette et s'enfuit, laissant une centaine de morts derrière lui. Le 5 mars 1915, Eugène est toujours près de Sulzern avec le 12e Bataillon. Cette journée est marquée par des fusillades et des bombardements intermittents entre les deux armées.

Lignes françaises près de Sulzern en 1917

Le 6 mars, le bataillon reçoit téléphoniquement l'ordre de participer à une attaque générale, avec notamment pour objectif de reprendre les positions perdues dans les combats du 19 février. C'est par une nuit opaque et sous une pluie battante que le Bataillon se lance à l'assaut de l'ennemi. Il parvient à prendre une tranchée allemande mais s'y retrouve bloqué par une défense efficace de l'adversaire. Le 12e Bataillon passe la nuit dans la tranchée prise à l'ennemi et ce n'est qu'au petit matin qu'il bat en retraite et reprend sa position de départ.

Ce combat fut le dernier livré pour Sulzern. Chaque camp gardera ensuite ses positions jusqu'à l'armistice. A la date du 7 mars, le 12e Bataillon avait perdu 800 hommes en 2 semaines et près de 400 soldats décédés dans la seule journée du 7.


Eugène perdra la vie dans cette bataille meurtrière du 7 mars 1915. 
Il disparut aux avants-postes de Sulzern. Il fut cité à l'ordre du bataillon pour sa "Belle conduite dans les combats du 19 au 23 février 1915".
Il reçut la Croix de Guerre et la Médaille Militaire à titre posthume.




Conscrits de la classe 1914, à Paladru
Eugène Girin est au centre, marqué par une croix bleue


Fiche d'Eugène Girin sur Mémoire des Hommes


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Henri Félix GIRIN

Il est né le 23 septembre 1891 à Paladru. Il exerçait la profession de terrassier. Il fut incorporé au 4e Régiment de Dragons dès le 1er octobre 1912. Lorsque la Première Guerre Mondiale éclate, il est donc déjà enrôlé dans l'armée française, comme cavalier de 1ère classe au 4e escadron. Le 26 octobre 1914 il est dans l'avant-garde du régiment, avec pour rôle la reconnaissance des environs de Moncourt (Moselle). C'est par cette journée qu'Henri va particulièrement se distinguer.

carte des environs de Monhofen, nom allemand de la commune de Moncourt
source: 
http://lesmidi.canalblog.com

« Accompagné des cavaliers Ludot et Girin, le maréchal des logis Bapst, héros de ce récit, était en patrouille d'avant-garde. Arrivant sans encombre sur les hauteurs qui dominent Moncourt, les trois éclaireurs devaient traverser une assez grande étendue de terrain découvert ; çà et là, cependant, quelques buissons..., des herbes assez touffues, dans lesquels les tirailleurs ennemis pouvaient se dissimuler.

Tout à coup, à soixante pas du chef de patrouille, plusieurs fantassins ennemis se dressent, épaulent leurs armes et tirent ! Ils n'ont pas le temps d'ajuster, tant leur surprise est grande. Bapst a saisi son revolver, il le braque sur les ennemis, trois bonds de sa monture, il a franchi la tranchée. Il connaît l'allemand et de sa voix la plus forte, il lance la sommation:

Hände auf ! Waffen ab !

Les fusils s'abaissent, tombent à terre, les bras s'élèvent: Ludot et Girin accourent et viennent se ranger aux côtés de leur chef, la lance en arrêt. Leur air menaçant et leur attitude décidée ne sont pas inutiles, car à côté du groupe des allemand désarmés, d'autres fantassins couchés par terre en tirailleurs semblent hésiter sur le parti qu'ils doivent prendre. Bapst les prévient qu'un seul coup de feu tiré sur lui sera l'arrêt de mort de leurs camarades déjà debout. Cette menace, que tous les Allemands ont entendue, semble les décider, ils jettent leurs fusils, défont leurs équipements, se rendent en levant les bras.

Cette scène n'a duré que quelques secondes. La moindre hésitation de la part des français aurait été leur perte. Leur courage, leur sang-froid, l'esprit d'à-propos du sous-officier, tels étaient les facteurs de la merveilleuse capture. On peut imaginer sans peine quels furent l'étonnement et l'admiration de tous ceux qui virent revenir par quatre et en bon ordre les 36 prisonniers encadrés par leurs vainqueurs. » 


Cet exploit lui valut une citation à l'ordre du Régiment: le 26 octobre 1914 étant en reconnaissance avec le maréchal des logis et le cavalier Ludot, a fait preuve du plus grand sang froid et du plus grand mépris du danger, contribuant par sa belle attitude à amener 36 fantassins allemands à abandonner leur tranchée et à se rendre.

Henri Girin s'éteindra le 12 avril 1919 au centre hospitalier de Modenheim (Alsace) à 17 heures, des suites de maladie contractée en service. Il fut décoré de la Croix de Guerre.

Un escadron de Dragons
source: chtimiste.com




Sources:
AD Isère (etat-civil de Paladru et Valencogne, registres matricules militaires et recensements de population) ;
site Mémoire des Hommes, JMO de la Première Guerre Mondiale, fiches des soldats MPLF 14-18 ;
Gallica, BNF, Historique résumé du 12e bataillon de chasseurs et Historique du 4e régiment de dragons 

Images:
Exposition sur la Grande Guerre, mairie de Paladru, collection personnelle (2014)

Les ancêtres de César

23 oct. 2015


Cela fait déjà quelques mois que je travaille à nouveau sur mes ancêtres savoyards...

Je vous ai conté à plusieurs reprises la vie mouvementée - parfois digne d'un roman - de mon aïeul César Grivet-Coquet. Mais... qui étaient ses parents ou grand-parents? Petite enquête en Savoie, non loin de la frontière avec le Dauphiné, pour découvrir les ancêtres de César.

César Grivet-Coquet est né le 1er décembre 1744 à Attignat-Oncin et fut baptisé ce même jour. Ses parents se nomment Jérôme Grivet-Coquet, marchand de son état et Josephte Magnin. Son parrain fut un nommé César Magnin, qui lui transmis ce prénom peu banal. Là s'arrêtaient mes certitudes, il y a encore quelques temps.

Acte de baptême de César, 1744

Suite à une recherche sur Geneanet, j'ai trouvé la mention de César, avec ses parents et même ses grand-parents maternels. J'ai donc contacté l'auteur de l'arbre généalogique, qui me répondit rapidement et me transmit le testament qui prouvait les filiations:
Le 11 octobre 1756, Claude Magnin originaire et habitant Lépin-le-Lac, époux de Madeleine Bellemin, fit rédiger son testament et fit des legs à ses enfants et petit-enfants. Parmi eux sont nommés Antoine, François et César Grivet-Coquet, ses petit-fils, enfants de Jérome Grivet-Coquet et de sa défunte fille Josephte Magnin. Son héritier universel fut son fils César Magnin. Le notaire rédacteur était maître Charles Bellemin.
C'était bien "mon" César ! Je connaissais désormais ses grand-parents maternels et j'apprenais que son parrain César Magnin était son oncle. On remarque que le notaire, maître Charles Bellemin, porte le même nom que la grand-mère de César, Madeleine Bellemin. Faut-il y voir un cousin? Enfin Josephte Magnin est décédée à l'heure du testament. Son acte de sépulture se trouve à Attignat-Oncin, à la date du 15 juin 1751.

Les archives de Lépin-le-Lac ne débutant qu'en 1775, je me voyais à nouveau bloqué. Mais lorsque les registres paroissiaux viennent à manquer, il est parfois nécessaire de fouiller d'autres sources. C'est ce que j'ai fait pour reconstituer les familles composant l'ascendance maternelle de César.

La Pélisserie, à Saint-Albin de Vaulserre

Le fonds Boffard-Dulac, d'origine privée, contient de nombreux documents sur les familles de la vallée de la Valdaine. Il a été découvert en 2002 dans le grenier de La Pélisserie, une ancienne maison-forte située à Saint-Albin de Vaulserre. A priori, rien à voir avec mes ancêtres de Savoie... et pourtant plusieurs familles de l'Avant-Pays savoyard y ont laissé des traces, ce qui nous permet d'avancer dans l'enquête:

- 1713
Le contrat de mariage de Claude Magnin et Madeleine Bellemin (daté de 1702) fit l'objet d'une transaction en 1713, conservée dans les archives de La Pélisserie. On apprend que Claude est le fils de Louis Magnin, de Lépin-le-Lac. Madeleine est la fille de maître Jacques Bellemin, de La Bridoire et elle avait reçu en dot 12 000 florins.


- 1709
Un testament daté de 1709, va nous permettre de progresser encore. Cette année là, le révérend Claude Francois fait rédiger son testament, suivi d'un codicille. Il est official de l’évêché de Belley et curé de Verel-de-Montbel. Dans cet acte sont mentionnés les nombreux héritiers qui se bousculaient au chevet du prêtre, à savoir:
  • feu André Caproni, son beau-frère
  • Hélène, Jeanne et Marguerite Caproni, ses nièces
  • Jacqueline Caproni, épouse de Jean-Baptiste Heretier
  • Jeanne Francois, sa défunte sœur, veuve de Louis Catton
  • ses nièces Madeleine et Peronne Catton
  • Thomasse Francois, veuve de Léonard Domenget
  • Antoine Francois, curé de Nances
  • maître Claude Francois, dit l'aîné, procureur au Sénat de Savoie
  • maître Jacques Guinet, châtelain de Verel-de-Montbel
  • sa nièce Jacqueline Bellemin, épouse de Georges Bernerd
  • sa nièce Madeleine Bellemin, épouse de Claude Magnin
  • maître Jacques Bellemin, son beau-frère, notaire et châtelain de La Bridoire, époux d'Anne Francois, sœur du testateur, est déclaré héritier universel.
- 1709
Cette année là fut aussi rédigé le contrat de mariage entre Pierre Bellemin, fils de Jacques, notaire-châtelain de La Bridoire et Jacqueline Bellemin, du Pont-de-Beauvoisin, fille de François dit l'aîné et de Catherine Francois.

- 1689
Antoine Bellemin, dit La Marche, fit rédiger son testament. Il fait des legs à:

  • maître Jacques Bellemin, son neveu, de La Bridoire
  • Pierre, Jacques et François Bellemin, ses petits-neveux, fils du dit Jacques
  • Jacqueline Bellemin, sa petite-nièce et filleule, fille du dit Jacques
  • son épouse Jacqueline Francois, qui est déclarée héritière universelle avec la jouissance des biens de son époux.


Les fréquents mariages entre les familles Bellemin / Francois et l'habitude de porter les mêmes prénoms d'une génération à l'autre... tout cela ne simplifie pas la tâche et on se mélange vite les pinceaux ! C'est désormais - à nouveau - aux registres paroissiaux de me venir en aide, afin de démêler tout ces liens familiaux.


Sources:
- registres paroissiaux d'Attignat-Oncin
- testament de Claude Magnin, AD73, réf. 2C751 et recherches de G. Tetaz
- fonds Boffard-Dulac et site de T. Boffard,
http://tristan.boffard.pagesperso-orange.fr

Illustrations:
- Le duché de Savoie suivant les dernières observations, 1744, AD73, réf. 1Fi S26
- dona Isabel la Catolica dictando su testamento, Musée du Prado
- Carte du duché de Savoie, 1630, AD73, réf. 1Fi S6

La complainte de César

20 oct. 2015


Résumer la vie d'un ancêtre en 100 mots n'est jamais simple. J'ai voulu me compliquer la tâche en créant une petite comptine, inspirée des articles de Raymond et Sylvie de L'arbre de nos ancêtres. Voici donc la vie tumultueuse et résumée de César Grivet-Coquet, mon ancêtre à la 8e génération.



" César pour Noël fut né,
Par un rude hiver arrivé.
Enfance heureuse, parents aisés...
Adolescent, la Savoie il a quitté.

Pour l'armée française enrôlé,
A la guerre Corse a participé...
De deux coups de feu fut blessé
Et invalide fut déclaré.

A Lyon s'étant réfugié,
Catherine a épousé
Faisant de la soie son métier,
Se qualifiant de teinturier.

Catherine s'en étant allée,
C'est un retour précipité
En Savoie qu'il a réalisé...
Avec sous le bras, ses bébés !

Vieillard, son dernier pêché
Avec sa servante bien aimée...
De la belle Antoinette est née,
Florence, bâtarde nommée. "



Illustrations:
- Vue du Mont Blanc, Chapuy, Lithographie en couleur
- registres de l'Hôtel des Invalides, état du 2 may 1772, n°103938

Ma bibliothèque généalogique

14 oct. 2015


Je poursuis aujourd'hui l'idée de Thomas, du blog Sacrés Ancêtres!, de présenter quelques ouvrages issus de ma bibliothèque et se rapportant à la Généalogie, à l'Histoire et au Patrimoine...



Quand le Dauphiné se met en cartes
Trois siècles de représentation cartographique
Hélène Viallet, éditions Glénat, 2011


Cet ouvrage fut publié lors d'une exposition au château de Longpra à Saint-Geoire en Valdaine, en Isère. Le préambule, Longpra en Dauphiné, rédigé par Évelyne de Franclieu, raconte en quelques lignes l'histoire de ce château et de la famille Pascalis qui en fut propriétaire dès le XVIe siècle. Il traite également de l'évolution de la cartographie française depuis la fin du XVe siècle et plus particulièrement l'évolution des cartes du Dauphiné depuis François Ier. Un bel ouvrage pour illustrer nos arbres généalogiques ou tout simplement pour les curieux et passionnés.


extrait de la Carte manuscrite du Dauphiné
inspirée de la carte d'Oronce Fine, 1547


La Pierre et l'Écrit
Évocations 1994-1995

Presses universitaires de Grenoble, 1994


Revue annuelle de l'association Patrimoine de l'Isère, Culture et Histoire, anciennement publiée sous le titre Évocations de 1945 à 1989. Chaque année des articles sont publiés par différents auteurs. Dans ce numéro deux articles m'ont intéressés en particulier:
  • Le premier castrum de Virieu, par Yves Soulingeas: l'auteur tente d'établir une chronologie du développement du village de Virieu et de son premier château (ou plutôt une motte castrale), lors des XIIIe et XIVe siècles.
  • Paysages et propriété foncière à La Bâtie-Divisin en 1684, d'après l'étude du parcellaire, par Alain Belmont: article très intéressant pour tout généalogiste qui a des racines dans ce village du Dauphiné. Il présente la situation géographique, une description de l'habitat et sa répartition, le patrimoine archéologique, les voies de communication. Un article vraiment très complet.


Joseph Pâris Duverney et ses frères
Financiers dauphinois à la cour de Louis XV
Bernard Pâris de Bollardière, Presses du Midi, 2006


 Ce livre retrace le parcours peu banal des quatre frères Pâris, fils d'un aubergiste de Moirans qui devinrent dans un premier temps munitionnaires et vivriers en acheminant des ressources sur l'Isère jusqu'aux troupes de Louis XIV. La réputation qu'ils obtinrent leur permis de gravir les échelons de la société des XVIIe et XVIIIe siècles. Ils devinrent les financiers de la cour de Louis XV, où, malgré les disgrâces, ils réussirent à maintenir leur position et bénéficier d'une grande influence.



Quand mon ancêtre s'opposait à Molière

13 oct. 2015


Étienne Bertrand est mon ancêtre à la 12e génération. Il vivait à Vienne, l'ancienne capitale du peuple des Allobroges, où il était avocat. Le premier document que j'ai retrouvé à son sujet date du mois de février 1625 et fut rédigé à Dolomieu (Isère):
« Nous François de Gratet, conseiller du roi, trésorier général des finances en Dauphiné et Pierre de Gratet, frères, seigneurs de Granieu, Faverges, Dolomieu, du Bouchage, de Brangues et des Avenières, savoir faisons à tous qu'il appartiendra, comme étant dûment informés de la prud’homie, bonne vie, mœurs, connaissance, doctrine et expérience de monsieur maître Étienne Bertrand, docteur en droits, avocat au bailliage de Vienne, et parce que telle est notre volonté, avons pourvu le dit sieur Bertrand en la charge de juge aux judicatures de nos terres et juridictions... »
Nomination d'Étienne Bertrand, 1625

Il remplit toujours cette fonction de juge ordinaire lorsqu'il rédige un acte de tutelle le 31 octobre 1638 à Dolomieu. Entre temps, Étienne Bertrand a épousé Marthe Millias, d'une famille bourgeoise de La Tour-du-Pin. Ils vivent à Vienne et leur premier enfant est baptisé le 26 juin 1634 dans la paroisse de Saint-André-le-Bas. La famille de Gratet sera même témoin aux baptêmes de leurs enfants. En plus de sa fonction d'avocat, Étienne fut lieutenant de l’archevêque de Vienne en 1649 et juge archiépiscopal entre 1654 et 1657.

C'est ainsi qu'on le retrouve à Vienne en 1654, dans les registres de délibérations de la ville:
« Défense aux comédiens de jouer sans permission de la police.
Ce 25 septembre 1654 dans l'Hôtel de ville par devant monsieur Étienne Bertrand, juge archiépiscopal, a été remontré qu'il y a des comédiens en cette ville qui désirent jouer et dresser un théâtre à cet effet sans avoir demandé permission à la police. Conclu qu'il est inhibé et défendu aux dits comédiens de jouer dans la ville ni d'y faire dresser leur théâtre sans expresse permission de la police. »
« Du 26 septembre 1654 dans l'Hôtel de ville par devant monsieur Bertrand, a été remontré qu'au préjudice de la conclusion du jour d'hier les comédiens qui désirent jouer en cette ville font dresser un théâtre dans le Jeu de Paume sans avoir eut permission. Conclu qu'il est défendu aux dits comédiens de jouer dans la ville ni de faire dresser un théâtre sans au préalable en avoir demandé et obtenu la permission de la police. Étant pareillement défendu à tous charpentiers de leur dresser un théâtre et à tous les habitants et paumiers de leur prêter ou louer leurs Jeu de Paume et autres lieux pour cet effet, à peine de 20 livres d'amende contre chacun des contrevenants. Et enjoint à Guillaume Barlat qui a commencé à dresser le théâtre dans le Jeu de Paume de le mettre par terre sur même peine. »
Cette troupe de comédiens, qui désirait jouer ses pièces dans la ville de Vienne, n'était autre que celle de Jean-Baptiste Poquelin, aussi connu sous le pseudonyme de Molière qu'il prit vers 1644. À cette époque la troupe est établie à Lyon où elle apparaît de nombreuses fois entre les années 1652 et 1655.

C'est d'ailleurs à Lyon durant ces années qu'ils jouèrent pour la première fois la pièce nommée "L'étourdi" et qu'ils firent des représentations dans la ville proche de Vienne. "L'étourdi" est la première grande comédie écrite par Molière en se basant sur le style italien de la commedia dell'arte, sous une forme plus écrite et littéraire. Ce fut une pièce phare de son répertoire lors de ses représentations en province et qui connut par la suite un grand succès avec le public parisien.


Molière était né en 1622 d'un père bourgeois à Paris, qui exerçait la charge de tapissier de la maison du roi, une charge honorifique. Mais le fils s'orienta vers la comédie, la vie de rue et le monde des saltimbanques, un métier qui était à l'époque proscrit par l'Église et qui entraînait l'excommunication.

Mais que pouvait motiver cette opposition aux comédiens de la part des autorités de la ville de Vienne? Il semble que, comme dans les villes de Lyon et de Dijon, le refus était d'ordre financier. Ainsi à Lyon, les comédiens durent verser une somme aux pauvres de la ville et à Dijon, les pièces étaient taxées de 20 sols pour les pièces inédites et 10 sols pour les autres représentations.


Molière s'éteindra à Paris le soir du 17 février 1673, après avoir joué sa célèbre pièce nommée "Le malade imaginaire".


sources:
- AD Isère: registres paroissiaux de Vienne, collection Saint-Olive
- Archives communales de Vienne (Isère): registres des délibérations consulaires
- Cent ans de recherches sur Molière, sa famille et les comédiens de sa troupe, Jurgens et Maxfield-Miller, 1963
- Notice sur les origines du théâtre de Lyon, Claudius Brouchoud, 1865
- Molière et sa troupe à Lyon, Eudore Soulié, 1866
- Revue du Lyonnais, Volume 1: Molière à Lyon et à Vienne, 1835
- Molière, Blandine Bricka, 2003
- La carrière de Molière: entre protecteurs et éditeurs, Caldicott, 1998

illustrations:
- Molière dans le rôle de César, par Nicolas Mignard, 1658, collection Comédie Française de Paris
- "L'étourdi" de Molière, gravure de Laurent Cars d'après François Boucher
- Molière écrivant, gravure de Lépicié d'après le tableau de Charles Coypel

L'utilité d'une dispense de consanguinité

6 oct. 2015

Le 5 mai 1669 à Vienne, paroisse Saint-André-le-Haut, s'unissent en légitime mariage Thomas Prunelle, avocat et Marie Bertrand. Les époux, pour accomplir cette union, ont obtenue une dispense du troisième degré de consanguinité du vice-légat d'Avignon. Cela signifiait que Thomas et Marie avaient un arrière grand-parent en commun et que pour se marier, ils avaient obtenue la permission de l'Église.


Cette mention de dispense attira mon attention: l'épouse Marie Bertrand était la sœur de mon ancêtre Huguette Bertrand (sosa n°3515). Huguette épousa en 1667 François Bérard, lui aussi avocat à la cour du bailliage de Vienne et premier consul de la ville en 1690. Je ne connaissais jusqu'alors que le nom de leurs parents: ils se nommaient Étienne Bertrand et Marthe Millias. Mais cette dispense pouvait peut-être me permettre d'en savoir plus sur cette famille...

Charte de mariage entre Thomas Prunelle et Marie Bertrand
source: AD Rhône (fond Prunelle)

Faute de retrouver la dite dispense aux archives départementales de l'Isère, j'ai découvert que la famille de l'époux possédait son propre fond aux archives départementales du Rhône, le fond Prunelle (côté 7J):

« La famille Prunelle est de souche dauphinoise: le berceau de la famille semble être Saint-André-le-Haut, dans l’actuel département de l’Isère. On voit également différents membres de la famille agir à Vienne, ou encore à La Tour-du-Pin. À l’origine, la famille est issue de la bourgeoisie locale, ses membres se distinguent par leurs carrières: les Prunelle sont des juristes. Le premier que nous connaissions, Melchior Prunelle, est avocat. Son fils Arnaud (1605- 1668) et son petit-fils Thomas (1638-1704) perpétuent la tradition familiale: ils sont tous les deux avocats au bailliage de Vienne. On sait aussi qu’un certain Jean Prunelle est notaire royal à La Tour-du-Pin. Le fonds met surtout en avant des membres particuliers du lignage: Pierre Prunelle et ses fils. Pierre Prunelle (1682-1746) est à l’origine de l’ascension sociale familiale: c’est du moins à sa génération que la famille s’anoblit. »
source: fond Prunelle, répertoire numérique


Les registres paroissiaux de la ville de Vienne (Isère) confirment ces informations. La famille était établie dans la paroisse de Saint-André-le-Haut. Thomas Prunelle y fut baptisé le 6 avril 1638 et était le fils d'Arnaud et de Françoise Vanin. Arnaud Prunelle était quant à lui le fils de Melchior et d'Anne Guillot, il fut baptisé le 5 avril 1605 et est décédé en 1668. Ils étaient tous avocats.

Melchior Prunelle et Anne Guillot (les grands-parents de Thomas) avaient conclu un contrat de mariage le 24 octobre 1593 devant maître Granjou, à Condrieu (Rhône). C'était un document riche en informations. L'épouse, originaire de Condrieu, était la fille de noble Étienne Guillot et de défunte Charlotte Mayoud. Melchior, l'époux, était originaire de La Tour-du-Pin et vivait comme avocat à la cour du bailliage de Vienne. Il était le fils de Jean Prunelle, notaire à La Tour-du-Pin. Jean Rulat son aïeul maternel, ainsi que ses oncles Melchior Rulat, avocat au parlement du Dauphiné à Grenoble et Alexandre Naturel, étaient tous les trois présents à la rédaction du contrat.

Charte de mariage entre Melchior Prunelle et Anne Guillot
source: AD Rhône (fond Prunelle)

J'avais ainsi reconstitué l'ascendance de Thomas Prunelle et il me restait désormais à trouver un lien avec la famille de Marie Bertrand.


Étienne Bertrand, le père de Marie et Huguette, était également avocat à Vienne. En 1649 il est cité comme lieutenant de l’archevêque, Pierre de Villars. Entre 1654 et 1657, il est mentionné comme juge archiépiscopal de la ville de Vienne. Étienne sera inhumé dans l'église des Pères Carmes le 11 août 1675 et son épouse Marthe sera inhumée au même lieu le 21 avril 1678. Une recherche sur Geneanet m'a alors orienté vers La Tour-du-Pin, où les patronymes Bertrand et Millias sont fréquents...

Vienne, Saint-André-le-Bas

photographie personnelle

Bien que les registres paroissiaux de La Tour-du-Pin soient très lacunaires, j'y ai trouvé la trace du couple et la réponse à mon interrogation: sieur Étienne Bertrand, avocat, est le parrain de Françoise Millias, fille de Symphorien et Benoite Garnier, le 30 octobre 1633. Marthe Millias, épouse de maître Bertrand, est marraine le 12 avril 1638 de la petite Marthe, également fille de Symphorien Millias.

Symphorien, baptisé le 10 juin 1607, est le fils de Léonard Millias, bourgeois de La Tour-du-Pin et de Jeanne Prunelle. Marthe Millias, épouse d'Étienne Bertrand, est également leur fille, baptisée le 13 juin 1610, elle eut comme marraine Marthe Rulat, sa grand-mère, qui lui transmit son prénom.



Sources:
- schémas créés avec yED
- Archives départementales de l'Isère (registres paroissiaux de Vienne et de La Tour-du-Pin)
- Archives départementales du Rhône (fond Prunelle et Insinuations de la sénéchaussée)
- Relevés du Centre généalogique du Dauphiné

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