L'affaire Bélissat: le drame du lessis

30 janv. 2015


Madeleine Bélissat était née le 26 janvier 1827, du mariage de Joseph et Madeleine, cultivateurs à Saint-Clair sur Galaure (Isère). Elle épousa en février 1853 Jean-Baptiste Giraud, un jeune homme originaire de son village.

Après deux années de vie commune, Jean-Baptiste fut condamné pour vol à quatre ans de prison. Mais rapidement l'époux fut gracié.

Acte de mariage de Jean-Baptiste Giraud et Madeleine Bélissat 
  
Tout le monde avait connaissance du caractère doux et docile de Jean-Baptiste. Un homme robuste, à la constitution herculéenne et qui faisait tout pour assurer à son foyer une vie convenable. A l'opposé de son épouse Madeleine, que tout le village savait méchante et avare.

Après son court séjour en prison, notre homme retourna vivre aux côtés de sa femme. Malgré ses honnêtes qualités, Madeleine n'appréciait guère son mari et leurs caractères contraires ne permettaient aucune entente. Plusieurs fois encore, Jean-Baptiste fut soupçonné de vols par les accusations de sa femme, qui faisait tout pour le voir quitter le foyer.

La concorde ne revint jamais entre les époux. Au moins de mars 1862, ils se disputèrent violemment. Alors que Jean-Baptiste évoquait son horreur pour un meurtre perpétré dans la région, Madeleine lui répondit:

«Tu ne sais pas, toi, de quelle mort tu mourras !»

La nuit du 14 au 15 mars 1862, Jean-Baptiste revenait d'une journée de labeur et épuisé, il se coucha très tôt. Il remarqua cependant que sa femme avait placé sur le feu sa marmite. À une heure du matin, il fut réveillé par une horrible douleur, causée par un liquide brûlant provenant de la marmite et qui venait d'être répandu sur son visage.

Il sauta du lit et aperçut Madeleine qui sortait de la maison. Lui même courut chez son voisin Bernard, aux yeux duquel il apparut horriblement défiguré et sur le point d'expirer. Bernard lui porta immédiatement les premiers secours.

Madeleine fut arrêtée dans la soirée du 15 mars. Elle ne laissa transparaître aucun remord et resta même de marbre lorsqu'elle se retrouva face à leurs deux enfants.


Bernard, voisin des époux, avait raccompagné Jean-Baptiste chez lui la nuit du drame. Il avait remarqué près du lit, devant la porte, une marmite encore fumante contenant un dépôt de cendres. Le lit était également inondé de cette matière brûlante. Les propos tenus par Madeleine laissait paraître sa préméditation pour le crime. L'intention de donner la mort était flagrante par le choix du liquide: il est appelé "lessis" et obtenu par l'ébullition prolongée de cendres. Cette substance est bien connue pour avoir un effet destructif supérieur à une simple eau bouillante.

Jean-Baptiste fut brûlé au second degré sur tout le visage et la partie droite du cou. S'il survit aux blessures, il dut endurer cinquante jours de douleurs continuelles. Quant à Madeleine, elle fut déclarée coupable suite à son procès, le 2 juin 1862. Elle fut condamnée à vingt ans de travaux forcés.
Madeleine vivra exilée à Montpellier où elle décèdera le 23 mai 1865.

Acte de décès de Madeleine Bélissat
http://archives-pierresvives.herault.fr/


Sources:
Archives départementales de l'Isère et de l'Hérault
L'Impartial Dauphinois, 8 juin 1862
Illustration: Le Christ chez Marthe et Marie, de Joos Goemaere

  4 commentaires:

  1. Mais comment avait-elle pu le séduire ?

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    1. Peut-être s'agissait-il d'un mariage plus ou moins arrangé par leurs proches :)

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  2. Cette histoire fait froid dans le dos... sans mauvais jeu de mots :-)...

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