Horrible crime à la gare de Charavines

12 sept. 2015



Été 1896. Charavines-les-Bains est un petit village situé sur les bords du lac de Paladru. Il attire déjà de nombreux touristes qui raffolent de ballades paisibles sur les eaux de l'un des plus grands lacs naturels de France.



Le jeudi 13 août au petit matin, monsieur Boule, chauffeur de tramway, prend son poste et se dirige vers sa machine. En ouvrant le foyer de la locomotive, il remarque à l'intérieur un paquet de chiffons. Il appelle alors le mécanicien Coiffier et ensemble ils découvrent sous les chiffons une masse de chair carbonisée, ainsi que les restes d'une tête humaine...

Une instruction fut ouverte et le parquet de Bourgoin se transporta sur les lieux. Ce matin là, Alexis Bernard, le gardien de nuit en poste à la gare de Charavines, était absent. Contrairement à son habitude il n'avait pas réveillé le reste du personnel de la station. On reconnu que les restes du cadavre calciné étaient les siens, notamment grâce aux clés et aux divers objets retrouvés sur les lieux du meurtre.

 Acte de naissance d'Alexis Bernard, fils de Joseph et Reine Charvet
(Chirens, 7 octobre 1872)

Alexis Bernard avait vu le jour le 7 octobre 1872 au hameau de Bonpertuis, désormais sur la commune d'Apprieu, un hameau connu pour ses forges en activité dès le XVIe siècle. Né de parents agriculteurs, Alexis effectua son service militaire en 1892 mais fut dispensé et classé comme veilleur de nuit pour la Compagnie des chemins de fer du Nord, le 3 août 1896. Cela ne faisait donc que quelques jours qu'Alexis Bernard, âgé de 23 ans, était en poste à Charavines.


Le juge d'instruction, monsieur Clerc, fit procéder à l’enlèvement des os à l'intérieur de la locomotive. Seul le crâne était entier et les os des autres parties du corps étaient tous complètement effrités. Ces restent démontrent que le corps avait brûlé durant trois à quatre heures.

Après plusieurs jours d'enquête le juge d'instruction réussit à reconstituer les faits. Bernard a été assassiné par surprise, alors qu'il travaillait dans le dépôt des machines de la gare, vers onze heures ou minuit. Une flaque de sang, retrouvée entre deux rails sous la locomotive, prouve que Bernard a été assommé. Mais d'après les docteurs en médecine interrogés pour l'enquête, un corps en combustion ne peut pas émettre de sang. Cela signifie que le coupable a déplacée la locomotive sur la flaque de sang pour la dissimuler. Le ou les assassins avaient ensuite jeté le corps, les pieds en premiers, dans le foyer de la locomotive afin de faire disparaître toute trace du crime.


L'entrée du foyer, de forme ovale et appelée familièrement "goulard", mesure 40 centimètres de largeur, 35 de hauteur et 80 centimètres de profondeur. Alexis Bernard mesurait 1 mètre 62. Il avait donc fallu, après avoir attisé le feu (chaque soir, avant le dîner, le feu de la locomotive était poussé au fond du foyer afin de l'étouffer) passer ses jambes d'abord puis leur faire décrire une courbe jusqu'à insérer sa tête près de la porte du foyer. L'assassin avait ainsi plié le corps en "Z" pour l'introduire entièrement. Une fois le corps entré, on avait inséré une grande quantité de briquettes de bois, activé le feu et fermé la porte du foyer. Ces faits prouvèrent que le meurtrier connaissait parfaitement le métier et la manipulation des machines.

La nouvelle de cet épouvantable crime jeta l'émoi dans toute la région et de nombreux quotidiens de l'époque transmirent l'information...


Sources: état-civil et matricules militaires, Archives Départementales de l'Isère en ligne, archives-isere.fr ; presse ancienne en ligne sur Mémoire et Actualité en Rhône-Alpes et Gallica (BNF).
Illustrations: les photographies de l'ancienne gare sont issues du site Charavines-Autrefois, site de Y. Corino, avec son aimable autorisation.
Tramways et chemins de fer du Dauphiné: voir la page consacrée aux anciennes lignes ferroviaires et notamment la ligne CEN de Vienne-Charavines (site de T. Hornsby).
Forges de Bonpertuis: voir la notice concernant ce hameau sur la base Mérimée (Ministère français de la Culture).

  4 commentaires:

  1. Article très instructif. J'imagine bien l'émoi que cela a dû provoquer dans une petite commune.
    Et Thomas Joseph a-t-il été jugé et condamné pour le meurtre d'Alexis Bernard?

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    1. Oui car encore aujourd'hui Charavines est un petit village paisible. Effectivement Joseph Thomas fut interpellé pour ce crime. Mais la recherche du coupable connue plusieurs rebondissements. Cette histoire fera sans doute l'objet d'un deuxième article ;-) Merci pour le commentaire.

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  2. J'adore ce genre de récit. J'ai hâte de voir le deuxième article.

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    1. Je ne manquerai pas de partager mes découvertes et la fin de cette histoire :-)

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