Les frères Girin dans la Grande Guerre

23 nov. 2015



Eugène et Henri Girin étaient les deux fils nés de l'union de Joseph Girin, cultivateur et d'Alexandrine Guttin, son épouse. Le couple s'était marié le 24 novembre 1888 à Valencogne, un village proche du lac de Paladru, en Isère. En 1906 la famille Girin est domiciliée à Paladru, au hameau de La Sonnière. Eugène et Henri vont tous les deux perdre la vie durant la Grande Guerre.

Recensement de la population, Paladru 1906

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Eugène Pierre GIRIN

Il est né le 11 janvier 1894 à Paladru et lorsque la Première Guerre Mondiale éclate, il n'a que 20 ans et exerce le métier de coiffeur. Dans sa fiche matricule il est fait mention d'une marque particulière: une cicatrice au bras droit. Eugène fut incorporé au 12e Bataillon de Chasseurs dès le 1er septembre 1914. Au début de l'année 1915, il se retrouve au front en Alsace, près de Sulzern (aujourd'hui Soultzeren). 

Carte du Front près de Sulzern
source: chtimiste.com

Après une période d'inertie dans les deux camps, le 19 février au petit jour, les allemands attaquent violemment près de Metzeral. Des combats acharnés s'enchaînent alors durant 5 jours. Le bataillon est submergé par les troupes ennemies et doit faire face à une artillerie puissante. Ils parviennent tout de même à se retirer de leurs positions et à construire une nouvelle ligne de défense, à l'arrière de la précédente.

Dans la nuit du 28 février au 1er mars, les allemands tentent de s'emparer par surprise de Sulzern et le 12e Bataillon arrive à prendre sa revanche. Après 3 heures de combat, l'ennemi est repoussé à la baïonnette et s'enfuit, laissant une centaine de morts derrière lui. Le 5 mars 1915, Eugène est toujours près de Sulzern avec le 12e Bataillon. Cette journée est marquée par des fusillades et des bombardements intermittents entre les deux armées.

Lignes françaises près de Sulzern en 1917

Le 6 mars, le bataillon reçoit téléphoniquement l'ordre de participer à une attaque générale, avec notamment pour objectif de reprendre les positions perdues dans les combats du 19 février. C'est par une nuit opaque et sous une pluie battante que le Bataillon se lance à l'assaut de l'ennemi. Il parvient à prendre une tranchée allemande mais s'y retrouve bloqué par une défense efficace de l'adversaire. Le 12e Bataillon passe la nuit dans la tranchée prise à l'ennemi et ce n'est qu'au petit matin qu'il bat en retraite et reprend sa position de départ.

Ce combat fut le dernier livré pour Sulzern. Chaque camp gardera ensuite ses positions jusqu'à l'armistice. A la date du 7 mars, le 12e Bataillon avait perdu 800 hommes en 2 semaines et près de 400 soldats décédés dans la seule journée du 7.


Eugène perdra la vie dans cette bataille meurtrière du 7 mars 1915. 
Il disparut aux avants-postes de Sulzern. Il fut cité à l'ordre du bataillon pour sa "Belle conduite dans les combats du 19 au 23 février 1915".
Il reçut la Croix de Guerre et la Médaille Militaire à titre posthume.




Conscrits de la classe 1914, à Paladru
Eugène Girin est au centre, marqué par une croix bleue


Fiche d'Eugène Girin sur Mémoire des Hommes


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Henri Félix GIRIN

Il est né le 23 septembre 1891 à Paladru. Il exerçait la profession de terrassier. Il fut incorporé au 4e Régiment de Dragons dès le 1er octobre 1912. Lorsque la Première Guerre Mondiale éclate, il est donc déjà enrôlé dans l'armée française, comme cavalier de 1ère classe au 4e escadron. Le 26 octobre 1914 il est dans l'avant-garde du régiment, avec pour rôle la reconnaissance des environs de Moncourt (Moselle). C'est par cette journée qu'Henri va particulièrement se distinguer.

carte des environs de Monhofen, nom allemand de la commune de Moncourt
source: 
http://lesmidi.canalblog.com

« Accompagné des cavaliers Ludot et Girin, le maréchal des logis Bapst, héros de ce récit, était en patrouille d'avant-garde. Arrivant sans encombre sur les hauteurs qui dominent Moncourt, les trois éclaireurs devaient traverser une assez grande étendue de terrain découvert ; çà et là, cependant, quelques buissons..., des herbes assez touffues, dans lesquels les tirailleurs ennemis pouvaient se dissimuler.

Tout à coup, à soixante pas du chef de patrouille, plusieurs fantassins ennemis se dressent, épaulent leurs armes et tirent ! Ils n'ont pas le temps d'ajuster, tant leur surprise est grande. Bapst a saisi son revolver, il le braque sur les ennemis, trois bonds de sa monture, il a franchi la tranchée. Il connaît l'allemand et de sa voix la plus forte, il lance la sommation:

Hände auf ! Waffen ab !

Les fusils s'abaissent, tombent à terre, les bras s'élèvent: Ludot et Girin accourent et viennent se ranger aux côtés de leur chef, la lance en arrêt. Leur air menaçant et leur attitude décidée ne sont pas inutiles, car à côté du groupe des allemand désarmés, d'autres fantassins couchés par terre en tirailleurs semblent hésiter sur le parti qu'ils doivent prendre. Bapst les prévient qu'un seul coup de feu tiré sur lui sera l'arrêt de mort de leurs camarades déjà debout. Cette menace, que tous les Allemands ont entendue, semble les décider, ils jettent leurs fusils, défont leurs équipements, se rendent en levant les bras.

Cette scène n'a duré que quelques secondes. La moindre hésitation de la part des français aurait été leur perte. Leur courage, leur sang-froid, l'esprit d'à-propos du sous-officier, tels étaient les facteurs de la merveilleuse capture. On peut imaginer sans peine quels furent l'étonnement et l'admiration de tous ceux qui virent revenir par quatre et en bon ordre les 36 prisonniers encadrés par leurs vainqueurs. » 


Cet exploit lui valut une citation à l'ordre du Régiment: le 26 octobre 1914 étant en reconnaissance avec le maréchal des logis et le cavalier Ludot, a fait preuve du plus grand sang froid et du plus grand mépris du danger, contribuant par sa belle attitude à amener 36 fantassins allemands à abandonner leur tranchée et à se rendre.

Henri Girin s'éteindra le 12 avril 1919 au centre hospitalier de Modenheim (Alsace) à 17 heures, des suites de maladie contractée en service. Il fut décoré de la Croix de Guerre.

Un escadron de Dragons
source: chtimiste.com




Sources:
AD Isère (etat-civil de Paladru et Valencogne, registres matricules militaires et recensements de population) ;
site Mémoire des Hommes, JMO de la Première Guerre Mondiale, fiches des soldats MPLF 14-18 ;
Gallica, BNF, Historique résumé du 12e bataillon de chasseurs et Historique du 4e régiment de dragons 

Images:
Exposition sur la Grande Guerre, mairie de Paladru, collection personnelle (2014)

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