Le mensonge de mes origines

18 oct. 2016


Mon nom de famille est une véritable imposture !

Et l'imposteur, je vous l'ai déjà présenté. Il s'agit de Michel Mange (1680-1760) mon plus lointain ancêtre en lignée patrilinéaire, soit de père en fils, qui vivait à La Côte-Saint-André. Michel, grâce à ses trois épouses, ses cinq fils et ses dix petits-fils, est à l'origine des nombreuses branches qui composent la famille Mange. Depuis plusieurs mois je tente de recenser tous les porteurs du patronyme. C'est ce que l'on appelle dans le jargon la généalogie descendante. A ce jour j'ai recensé 275 porteurs du nom, tous descendants de Michel, essentiellement en Rhône-Alpes et dans l'est de la France.

Répartition géographique des descendants de Michel Mange (de 1713 à aujourd'hui).
source: cartographie du logiciel Heredis

Quant aux origines de Michel, elles m'étaient inconnues il y a encore peu de temps. La seule mention de ses parents se trouvait dans l'acte de son premier mariage en 1713. Il était ainsi qualifié: "Michel Menjoz Mezari fils légitime de feu Menjoz Mezari et feue Feliberte Chatagnier". Lors de la découverte de l'acte, j'étais resté sur ma faim ! Quel pouvait être le prénom de son père ? Et que venait faire "Mezari" là dedans ? S'agissait-il d'un surnom ou d'un nom composé ?

Dans les années qui suivent le mariage, Michel est appelé de différentes façons: "Michel Menjoz Meerie" en 1721 puis "Michel Menge" en 1732 et enfin "Michel Mangeoz" en 1760. Les généalogistes savent qu'il ne faut pas se borner à une orthographe fixe pour un nom de famille. Tout dépend de la prononciation régionale (patois) ou du bon vouloir du curé qui rédige l'acte. Mais les registres paroissiaux de La Côte-Saint-André ne mentionnaient aucun Menjoz, Mange ou Menge avant 1713. Il fallait chercher ailleurs...

Puis la semaine dernière, alors que je lisais les registres de Saint-Siméon de Bressieux pour une toute autre recherche, j'ai enfin trouvé les actes de sépulture des parents de Michel Mange en 1712 et 1711:

« Le vingt neuvieme avril mil sept cens douze est decedee Berthe Chatagnier veuve de Menioz Meyari » 


« Le vingtsixieme aoust mil sept cen onze est decede Menioz Meyari »

La Côte Saint-André et Saint-Siméon sont séparés par la plaine de la Bièvre (carte de Cassini)

Mais c'est le testament de Berthe alias Filiberte, que j'ai retrouvé aux Archives de l'Isère, qui allait finalement me donner toutes les réponses. Et j'ai été plus que servi !

Le 27 avril 1712 devant maître Faure, Berthe Chatagnier qui est alors veuve de Manjoz Méary, fait rédiger ses dernières volontés. Elle lègue à son fils Michel Manjoz Méary et à sa fille Dimanche Méary, 5 sols chacun et les déjette de tout ses autres biens. Elle nomme finalement héritier son autre fils Jean Méary.

Il fallait que je me rende à l'évidence: "Méary" que je prenais pour un simple surnom était bien un patronyme ! Et "Manjoz" était en fait le prénom que portaient en commun Michel et son père ! Mais alors ... cela signifiait aussi que l'origine de mon nom de famille n'était qu'une erreur, une usurpation. Les Méary et les Mange ne sont qu'une seule et même famille. J'aurai tout aussi bien pu m'appeler Mickaël Méary !

Alors... à qui la faute ? Est-ce simplement le prénom qui devint avec le temps un nom de famille ? Est-ce à cause du curé de l'époque, qui aurait abusé du vin de messe ...?



illustrations: (1) aufeminin.com (2) carte de Cassini, cassini.ehess.fr (3) Heredis, arbre de descendance de Guichard Mézary / sources: AD Isère, 9Num/Ac457/1 - 3E15351 et 3E15525

  17 commentaires:

  1. Moi je trouve chouette le prénom de "Dimanche" ! (pauvre Dimanche déshéritée...)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas déshéritée puisqu'elle reçoit 5 sols! Elle a déjà eu sa part lors de son mariage. Il y a généralement une formule encore plus générale pour tous ceux qui pourraient se dire héritiers et qui recevront 5 sols payés par l'héritier universel.

      Supprimer
  2. Michaël, puisque Menjoz/Manjoz ou autres variantes est un prénom, ne serait-ce pas une variante "patoisante" du prénom Dimanche ou plutôt Dimanche avec une aphérèse...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis de votre avis... Dans d'autres actes notariés que j'ai pu lire, il est prénommé Domenge Méary.

      Supprimer
    2. C'est drôle... dans les Vosges on trouve des Demange/Demenge... Qui n'est autre que Dominique... Au féminin ça donne Mengeotte/Mengeatte...

      Supprimer
  3. Il semble que Dimanche soit un prénom mixte que l'on rencontre en Dauphiné. Dans le Vercors j'en ai retrouvé plusieurs. Moi aussi j'aime bien ce prénom.

    RépondreSupprimer
  4. Encore un article palpitant !

    J'ai aussi quelques Dimanche dans ma généalogie... en Dauphiné également.

    Encore bravo pour cet article,
    Thomas de Sacrés Ancêtres!

    RépondreSupprimer
  5. Dimanche, Dominique… deux versions pour un même prénom en réalité. On trouve parfois aussi Domenge.

    RépondreSupprimer
  6. un curieux rebondissement en effet,lié au hasard,
    ou le mystère des déformations des patronymes !

    RépondreSupprimer
  7. J'ai trouvé dans la Marne le prénom Demange ou Domenge ou Dimanche.
    En remontant mes ancêtres JESSENET, j'ai eu la surprise de découvrir que c'était le surnom d'un ancêtre: Nicolas Raulin dit JESSENET, fils de Nicolas RAULIN et Martine, qui était devenu patronyme. (Raulin, ou Rolin ou Roole et autres variantes orthographiques est le prénom actuel Raoul). Nicolas RAULIN dit JESSENET + 1695 à 85 ans x Madeleine RAULINET ou ROLLINET + 1683. Ils ont eu François RAULIN, Renaud RAULIN et André RAULIN dit JESSENET, mon ancêtre, qui a eu 8 enfants portant le patronyme de JESSENET.

    RépondreSupprimer
  8. Bonjour à tous
    Merci à Sylvie Robin, mon sosa 1059 est une Mangeon (1654-1692) de la région de Toul, je viens de découvrir l'origine de ce prénom.
    Cordialement
    Bernard

    RépondreSupprimer
  9. Effectivement, dans la région GRAND EST ( où je compte diverses branches tant maternelles que paternelles), dans les siècles passés, il y avait beaucoup de versions du prénom Dominique; en BOURGOGNE FRANCHE COMTE, c'était plutôt Dimanche, et en CHAMPAGNE LORRAINE, Demange, Mangeon, Mengeotte etc...

    RépondreSupprimer
  10. … et « Doumenge » très courant en Ariège…. Quant à la transmission des noms patronymiques : à Montségur, le nom AUTIE étant porté par quantité de gens, on voit apparaitre des surnoms : Autié-Briole ; Autié Menjot ; Autié Pécheu, etc. qui sur quelques générations deviennent des noms : Briole, Menjot, Pécheu… jusqu’à-ce que ces familles se multiplient à leur tour et soient à leur tour différenciées par un nouveau surnom : Pécheu-Nouguette ; Briole-Sanquette ; Menjot-Fouriane…. Surnoms qui deviendront eux-mêmes noms de famille…
    Bien du plaisir en somme pour reconstituer les cousinades…

    RépondreSupprimer
  11. « Tout simplement » Dominique, dimanche mais oui ! Repos dominical. Je n’ y aurais pas pensé. Merci d’ avoir partagé. Je pense que cela en aidera plus d’ un...

    RépondreSupprimer
  12. Bonjour,
    1. Il est certain que Dimanche, Domenge, Menge ou Mange, Mangeon etc. sont des avatars de Dominique, prénom lui-même issu du latin signifiant "Jour du Seigneur"...
    2. dans ce qui est maintenant l'est de la France (Vosges, Jura, Savoie...)nombreux sont les patronymes actuels issus de prénoms, car la coutume voulait très longtemps que l'on désigne un individu (fille ou garçon) par son prénom suivi du prénom du père, puis à la génération suivante par les prénoms du père et du grand-père (pour distinguer les homonymes), ce qui entraînait des changements perpétuels .Ce système ne pouvait perdurer sur beaucoup de générations...et l'on a fini par retenir comme patronyme un des prénoms de la liste (souvent le dernier). A ce propos, il est probable que Meary soit aussi un prénom (à rapprocher de Mery). Plus tard, on a adjoint des qualificatifs pour continuer à distinguer les homonymes nombreux dans un même village. D'où les Petitdemange (patronyme de mon mari), Grandemange, Grosdemange etc..
    Amicalement. Christiane Petitdemange

    RépondreSupprimer
  13. En italien le jour DIMANCHE se dit "la domenica". Le prénom Dominique se dit "DOMENICO" pour un garçon, DOMENICA pour une fille.
    Peut-être une francisation, ou traduction, ou confusion
    Barthélémy.

    RépondreSupprimer
  14. Bonjour,
    Ma mère est née "Mange". J'ai encore un oncle et de nombreux cousins portant ce nom.
    La génération de mes grands-parents vivait à Lyon et celle de mes arrière-grands-parents à Lyon et surtout dans l'Ain d'où elle serait originaire. Enfant, j'ai entendu dire que le nom Mange était d'origine suisse et serait la contraction de Dominique...
    Nous y revoilà! Dominique! Dimanche! (Domingo en espagnol pour les 2)
    Jacqueline BLH

    RépondreSupprimer

À propos

» Pour en savoir plus à propos de ce blog et de l'auteur... [Lire]

Twitter

Facebook

Fourni par Blogger.