O comme Ode

17 juin 2016


Alexandrine Françoise Buisson était la fille d'Antoine, bourgeois du village Colombe et sa mère Anne-Marie Madeleine Cordier-Lacombe était issue d'une bonne famille de La Côte-Saint-André.


Elle fut baptisée le 8 septembre 1788 et tenue sur les fonds baptismaux par ses oncle et tante. Alexandrine ne connaîtra que peu son père, qui décède deux années plus tard. C'est à l'âge de dix-huit ans, le 20 janvier 1807, qu'elle épouse Jean-Baptiste Bardin, propriétaire - cultivateur au hameau de Louisias et qui deviendra maire de Charavines en mai 1816.


Lors des noces en mairie de Colombe, l'épouse signe au bas de l'acte Allesxandrine Buisson. De 1810 à 1831, elle donnera naissance à dix enfants puis Alexandrine s'éteindra le 7 janvier 1834 à l'âge de 45 ans.

J'aurai pu ne rien savoir de plus sur mon aïeule si Guillaume Bardin n'avait pas écrit dès 1837 la Généalogie de l'ancienne maison Bardin de Louisias. Voici le passage concernant son épouse:

« Alexandrine Buisson, leur chère maman, décéda le 7 janvier 1834, perte irréparable pour ses enfants, comme pour leur père ; c'était la meilleure des mères, la plus vertueuse et la plus aimable des femmes. En un mot, elle possédait toutes les précieuses qualités qui peuvent rendre une personne aimable. Elle mourut bien trop tôt, âgée de 45 ans. Elle est généralement regrettée de tous ceux qui l'ont connue.
Quoique ce ne soit point à moi à faire l'éloge de vos ancêtres, je crois pouvoir dire pour le bon exemple de ceux qui leur succéderont, qu'ils ont tous été religieux et fidèles observateurs de notre sainte religion, ne s'étant jamais écartés des devoirs d'honnêtes gens. [...] »

C'est peu de choses, mais j'aurai vraiment aimé connaître Alexandrine.



sources: archives communales de Colombe et Charavines ; « Généalogie de l'ancienne maison Bardin de Louisias », par Jean-Baptiste Bardin, 1837 (manuscrit, collection familiale) - illustration: Mary Cassatt, Mère et enfant sur fond vert, Paris, Musée d'Orsay

N comme Neveu

16 juin 2016






Quelques années avant les remous de la Révolution française, aux confins du Dauphiné et à seulement quelques lieues de la frontière savoyarde, vivait Louise Humbert, jeune veuve et mère de famille.

Son mari, Claude Seigle, était décédé le 30 décembre 1782 à l'âge de 61 ans... peut-être avait-il succombé au froid qui régnait en cette fin d'année.

Ils vivaient avec leurs enfants à La Ramelière, un hameau situé entre les villages de Saint-Jean d'Avelanne et Saint-Geoire en Valdaine.


Les vallons de la Valdaine
www.saint-geoire-en-valdaine.com


Après deux ans et demi de veuvage, Louise ne parvient plus à résister aux charmes d'un voisin, Jean Seigle-Ferrand. Tous deux se marient le 21 novembre 1785, en présence de Claude, le père de l'époux et d'autres proches voisins.

mariage de Jean Seigle-Ferrand et Louise Humbert, 1785
www.archives-isere.fr


Mais Louise et Jean ne sont pas seulement voisins: leur mariage nécessita une dispense d'affinité charnelle du premier au second degré, une dispense d'affinité spirituelle et une dispense de deux bans. Jean Seigle-Ferrand est en effet le neveu et le cousin du quatrième au troisième degré du premier époux de Louise.



Quand à la dispense de bans, on peut imaginer que les futurs époux voulaient accélérer le mariage pour deux raisons:

  • La dispense leur permettait de passer outre d'éventuelles oppositions au mariage, de par leurs proximités de parenté. Louise épousait son "neveu"...
  • Louise et Jean n'avaient pas attendu d'avoir la bague au doigt pour se manifester leur amour: une petite Catherine était née de leurs ébats et baptisée le 30 août 1785. Ils la légitimèrent lors de leurs noces.

source: Registres paroissiaux de Saint-Jean d'Avelanne, AD Isère
illustration d'en tête: L'Enfant gâté (1765) de JB. Greuze, Saint-Pétersbourg - musée de l’Ermitage

M comme Magasins

15 juin 2016

Au début du XXe siècle Louis Mange, neveu de mon aïeul Victor, habite Saint-Vallier (Drôme) où il est gérant d'un magasin de nouveautés. Cela m'a donné envie de découvrir quelques éléments historiques sur l'évolution des grands magasins, ancêtres de nos centres commerciaux actuels.

"Le Bon Marché" - Musée Carnavalet, Paris

Le développement des grands magasins reflète les transformations économiques et sociales de l'époque. Ces commerces se développent au début du XIXe siècle dans la capitale et se propagent rapidement dans de nombreuses villes du pays. L'un des pionniers fut Aristide Boucicaut, peut-être l'un des plus célèbres, avec le "Bon Marché".


« La recherche incessante de nouveaux produits susceptibles d'intéresser la clientèle, de "nouveautés", est une caractéristique du grand magasin parisien. L'instauration du prix fixe, marqué sur une étiquette, supprimant un marchandage qui ne correspond plus à l'esprit du temps, figure parmi les principales innovations. Certains produits sont vendus à prix "sacrifiés" pour attirer la clientèle, le manque à gagner étant amplement compensé par les achats d'articles non démarqués. Afin d'accélérer le renouvellement des stocks, la liquidation des vieilles marchandises fait l'objet de réclames dans la presse et sur la voie publique. Mais c'est la réputation de Bon Marché et la très grande diversité des produits proposés qui font le succès du grand magasin. »
source: Bibliothèque Nationale de France

Je n'ai pas trouvé de documents sur le magasin que gérait Louis à Saint-Vallier. Sans doute éditait-il des publicités semblables à celles de la capitale. Sans doute faisait-il de la vente par correspondance, qui apparaît également à cette époque. Et sans doute en saurai-je plus sur lui, un jour...

Catalogue "Aux Deux Passages" - Bibliothèque Municipale de Lyon

Publicité "La Samaritaine", 1936 - Le Petit Parisien

L comme Legs

14 juin 2016


Modeste Roche, notaire et châtelain pour le marquis de Pressins, est domicilié aux Ternes, hameau de La Bâtie-Montgascon. Il fait rédiger son testament le 22 février 1746 et grâce à ses nombreux legs, c'est toute une famille qui se reconstitue sous nos yeux.

Modeste lègue:

  • à son frère Gabriel, marchand en bas de soie à Lyon 1500 livres
  • à son neveu et filleul, Modeste Roche fils de feu Claude, 200 livres
  • à Gabriel, Claude et Jeanne Roche, enfants du dit feu Claude son frère, chacun 50 livres
  • à Suzanne Roche, sa sœur, veuve de Louis Bois de Granieu, 300 livres à déduire de ce que Suzanne et son fils Gaspard Bois lui doivent
  • à ses neveux François curé de Fitilieu, Etienne curé de Saint-Albin de Vaulserre et Pierre vicaire de Corbelin, fils de feu son frère François Roche, notaire à Leyssins, chacun 300 livres
  • à sa nièce Pierrette Roche, épouse de Joseph Morel secrétaire et greffier de Romagnieu, une rente de 99 livres
  • à ses nièces Catherine, Claudine veuve d'Etienne Pillion, Marguerite épouse de Gaspard Humbert et Antoinette épouse de François Argoud, filles du dit feu son frère François, chacune 99 livres 15 sols
  • à sa cousine germaine Louise Guillemard, qui vit actuellement avec lui, 3000 livres, une pension annuelle et viagère sa vie durant de 150 livres, une garde robe en noyer et à deux portes fermant à clé, son lit garni et son logement dans une chambre "meublée suivant son état et à choisir par la dire légataire" dans la maison ou habite le sieur Modeste Roche au lieu des Ternes.
Modeste nomme finalement comme héritier universel Michel Roche, son neveu, docteur en médecine, fils de feu son frère François.

Château du Colombier, Les Abrets, début XXe siècle

Le testament est rédigé aux Abrets, par maître Joffrey, dans la maison de campagne de Modeste Novel, seigneur de Clelles, conseiller du roi, maître ordinaire en la chambre des comptes du Dauphiné, que son cousin germain Modeste Roche, testateur, "a prié de bien vouloir être présent".


Source: AD Isère, collection Saint Olive, 32J113

J et K comme Jakob Kündig

13 juin 2016




C'était également le titre de mon article, lors du challengeAZ de 2014. Deux années se sont écoulées... où en sont mes recherches sur mes origines Suisse ?

J'avais pu obtenir l'acte de mariage de mes aïeux Jakob Kündig et Maria Katharina Engeler, daté de 1880, aux archives de l'Etat de Thurgau. C'est ensuite aux archives de l'Etat de Zürich qu'il fallait aller fouiner.


Bürger-Familienregister (1847)
Bauma, Band 1a - StAZH E III 12.19, f°1163

J'ai ainsi appris que Jakob avait pour parents: Hans Rudolf Kündig (né le 31 août 1800 à Bauma † le 12 avril 1864) et Maria Veronika Bosshard (née le 2 août 1817 à Hittnau † le 24 avril 1881). Ils se sont mariés le 5 septembre 1854 et Maria Veronika était sa troisième épouse.

Comme indiqué dans la marge de la page, au folio 361 du même Registre des familles, j'ai découvert la page concernant les parents de Hans Rudolf:

Bürger-Familienregister (1847)
Bauma, Band 1a - StAZH E III 12.19, f°361

Jakob Kündig (né le 22 avril 1770 à Bauma † le 11 juin 1841) et Katharina Lattmann (née le 13 septembre 1772 à Bauma † le 30 mars 1821), qui se sont mariés le 29 avril 1793. Après le décès de Katharina en 1821, Jakob épousera en secondes noces Barbara Kägi, le 28 juillet 1823. Il a alors 53 ans mais lui donnera encore quatre enfants.

Les membres de la famille Kündig étaient des cultivateurs et tisserands. Ils filaient le coton récolté sur leurs terres.

Marie Kündig sur son métier à tisser


I comme Internement

10 juin 2016


Une pratique assez étrange - barbare me direz-vous ? - avait cours dans les asiles d'antan. Voyez plutôt ces croquis...



Dans son Traité sur l'aliénation mentale, Joseph Guislain (qualifié d' "aliéniste belge, réformateur de l'assistance aux aliénés et promoteur de méthodes thérapeutiques originales") nous explique que ces procédés ont pour but de maîtriser l'aliéné ou d'éviter sa suffocation dans des crises d'urgence.

« On promène l'aliéné, pour l'exposer à l'action de ce moyen [...] un servant enferme à l'extérieur de la porte, tandis qu'un autre lâche une détente qui, par cette manœuvre, laisse enfoncer le malade, enfermé dans la cage, jusque dans l'eau. Après avoir produit l'action désirée, on fait remonter la machine, ainsi qu'on peut le voir dans le dessin donné à ce sujet. »

L'auteur cite ensuite des cas où la méthode s'est avérée efficace:


Source: Traité sur l'aliénation mentale et sur les hospices des aliénés. Tome 1 & Tome 2. Joseph Guislain, 1826 - Gallica
Illustrations: Banque d'images et de portraits - Bibliothèque interuniversitaire de Santé (BIU Santé)






Lisez aussi: Jean-Pierre, le tuteur fou, le destin d'un "aliéné".

H comme Hache

9 juin 2016


Les "Hache" sont une célèbre dynastie d'ébénistes qui vont se succéder dans leur atelier de Grenoble durant plusieurs générations.

Au début du XVIIIe siècle, Thomas Hache (1664-1747) mis au point un nouveau procédé de sciage spécial pour obtenir des teintes rouges et vertes avec le bois de sycomore et de frêne. Ce procédé secret est aujourd'hui perdu. Il était né à Toulouse et s'établit à Grenoble à la suite de son mariage avec Françoise Chevallier, fille de l'ébéniste Michel Chevallier dont Thomas reprendra l'atelier. Leur fils Pierre Hache (1703-1776) créa des décors de marqueterie dont le goût et l’originalité resteront inégalées.


Généalogie Hache - galerieberger.blogspot.fr


Armoire Thomas Hache, réalisée à Chambéry 1690-1695 - www.anticstore.com


Jean-François Hache, collection personnelle 

Jean-François Hache (1730-An IX) enrichira encore les productions de la famille. Aîné des trois fils de Pierre, Jean-François sera le plus célèbre de la dynastie. Il commencera à travailler avec son père puis reprendra seul l'atelier en 1770. Il obtiendra rapidement une grande notoriété et sera l'ébéniste particulier du duc Louis-Philippe d'Orléans, gouverneur du Dauphiné. C'est lui qui fournira le mobilier des plus belles demeures dauphinoises de l'époque.

Secrétaire en armoire, marqueterie de bois colorés (amarante, bois de violette, bois de rose, sycomore, frêne, ébène, prunier), dessus de marbre gris. Face intérieure de l’abattant garnie de cuir. Réalisé à Grenoble 1761-1763 © Lyon, MTMAD – Pierre Verrier - www.anticstore.com

Sources:
- Le génie des Hache, Pierre et Françoise Rouge, 2005
- Hache, ébénistes à Grenoble, Musée Dauphinois, 1997
- Généalogie des familles Bellet, Bon, Breton, Charvet, Dufresne, Farconnet, Faulcon, Grand-Dufay, Gudy, Guillot, Hache, Lapouraille, Lizambert, Meunier, Penet, Péronnet, Piollet, Rochas, Silvy - Charles Bellet, 1909

- Galerie Hermanovits, www.galerieh.fr
- Galerie Berger - galerieberger.blogspot.fr

G comme Gare

8 juin 2016



Un terrible accident se produisit à Moirans le soir du samedi 13 juillet 1889.

Le train de voyageurs n°329 était arrivé en retard et stationnait en gare de Moirans en attente du départ. Un autre train transportant des marchandises descendait de la ville voisine de Voiron et s'approchait dangereusement. La gare fit exécuter des signaux afin de prévenir que la voie n'était pas libre.

Le mécanicien du train de marchandises aperçu ces signaux à une distance de quatre kilomètres, serra les freins mais le choc était inévitable. La voie qui relie Voiron à Moirans a une très forte déclivité. Le train de marchandises percuta le premier, brisant quatre de ses sept wagons qui furent projetés sur le quai et sur les côtés. La locomotive eut sa machine broyée et la cheminée brisée. Le choc fit cinq morts et quinze blessés.

Un orage déversait alors sa fureur mais les recherches pour sortir les victimes des décombres durèrent toute la nuit. C'est au petit matin que des corps sans vie furent retrouvés.


Parmi les défunts se trouvait Auguste Perrin. Cela faisait à peine deux semaines qu'il avait enterré sa fille Mélanie. Auguste l'avait lui même retrouvé morte, assassinée, le 1er juillet de la même année.


Sources: Le Rappel & Le Petit Parien - Gallica
Images: L'Illustration, accident de 1891 - http://chroniquesintemporelles.blogspot.fr/

F comme Femmes

7 juin 2016

Dans la famille Mange, je demande notre ancêtre... Michel.




Il s'agit de mon plus lointain ancêtre en lignée patrilinéaire, soit de père en fils. Né vers 1680, il vivait à La Côte-Saint-André où part trois fois il se présenta à l'église pour se marier.

Sa première épouse était Marie Radis (†1720) qu'il épousa le 1er octobre 1713. Un couple Mange - Radis, il fallait oser ! Marie lui donna quatre enfants, dont un seul parvint à l'âge adulte: Jean, auteur de la branche aînée de la famille, qui aura lui même deux épouses.

Michel, veuf depuis presque six mois, épousa en secondes noces le dimanche 23 février 1721 Jeanne Jacquemet. Ils eurent cinq enfants. Seuls deux fils survivent à la petite enfance: François dit "L'Aîné" (qui comme son père aura trois épouses) et Antoine (deux mariages !). Mais Jeanne rend l'âme à son tour le 30 janvier 1732.

Mariage de Michel "Menge" et de Marie Roland, le 26 février 1732

Moins d'un mois plus tard, le 26 février 1732, Michel épousera sa troisième et dernière femme Marie Roland. Ils auront également deux fils qui atteindront l'âge adulte: François dit "Le Cadet" et Pierre.

Michel est inhumé le 21 décembre 1760 à La Côte-Saint-André... après trois mariages, deux veuvages et avoir marié ses cinq fils.

source: Archives Communales de La Côte-Saint-André
illustration: Dessin de Hugh Thomson, 1894, d'après le roman "Orgueil et préjugés" de Jane Austen

E comme Égorgée

6 juin 2016


Moirans, le 1er juillet 1889.

À son réveil vers 7 heures du matin monsieur Auguste Perrin s'aperçoit que sa fille Mélanie, 23 ans, n'est pas rentrée au foyer. La veille peu après 19h la jeune femme était sortie rejoindre deux amis pour aller boire au café du village. Son père a veillé jusqu'à minuit mais Mélanie n'est jamais revenue. Souvent elle découchait de la maison mais rentrait toujours au petit matin. Auguste, pris d'inquiétude, se rend à la recherche de sa fille.

Il passe alors devant la grange de son voisin, monsieur Berthet, et apercevant la porte ouverte il entre dans le bâtiment. C'est ainsi qu'il retrouve sa fille, morte, baignant dans son sang.


Auguste se rend à la gendarmerie pour déclarer le décès et afin que le coupable soit retrouvé. Le sieur Fugier, médecin, se rend sur les lieux du crime. Le cadavre de la petite Mélanie est couché sur le côté droit, le bras droit sous le cou et le bras gauche ployé. Au tour de son cou est fixée une corde sous un petit foulard. Le cou de la victime porte plusieurs blessures, faites à l'aide d'un instrument tranchant. Le médecin déclare que la mort date de la veille, 30 juin, vers 20 heures. La jeune fille fut étranglée mais le décès est dû à la coupure faite au cou.

Une perquisition est faite chez le père de la victime, mais rien ne fut trouvé de compromettant. Les gendarmes vont alors interroger les amis que Mélanie devait fréquenter le soir de son décès.

Marie Revelin épouse Jallud, 32 ans et ouvrière en soie chez le sieur Poncet, de même que la victime, déclare:
- « Vers 17 heures j'étais avec monsieur Muret Joseph, nous avons bu au café Gandet jusque 21 heures, au café Derbey jusque 23 heures puis de nouveau au café Gandet. Nous en sommes sortis à minuit. Monsieur Muret et moi avons dormis ensemble dans la grange voisine du café. C'est monsieur Gandet le propriétaire qui nous a réveillés ce matin à 8 heures. Hier je n'ai nullement vu la fille Perrin. Elle est connut dans le pays pour avoir beaucoup d'amants, mais je ne les connais pas. »

Monsieur Muret, l'amant de la précédente et lui aussi ami de la victime, fit une déclaration des plus semblables. Rien de compromettant ne fut retrouvé ni chez l'un, ni chez l'autre.

Les gendarmes prennent ensuite la déclaration d'Antoinette Perrin, 21 ans, sœur cadette de la victime:
- « Hier soir je suis venue rendre visite à mon père vers 19 heures 30. Ma sœur Mélanie étant absente, j'ai interrogé mon père à ce sujet. Il me dit que Mélanie était sortie. Je ne l'avais pas vue de la journée. Je sais que ma sœur fréquentait trois hommes: monsieur Pascal, chaudronnier à Grenoble ; monsieur Genevret, marchand de vaisselle et un dernier que je ne connais pas, qui est marchand de mercerie. »

 Mélanie Perrin menant une vie des plus dissolue, les gendarmes pensèrent que le crime était dû à une querelle de jalousie amoureuse. Malgré les recherches et les investigations, aucun coupable ne fut démasqué. À ce jour encore, le crime reste impuni.


Sources: Affaire Vacher, Archives départementales de l'Ain, Pièce n°466, procès verbal concernant l'assassinat de Mélanie Perrin (Moirans, 01/07/1889) ; 

D comme Départ

4 juin 2016



Été 1572. Un cavalier entre dans la petite bourgade de Pont-de-Beauvoisin, aux frontières et confins du royaume de France et du duché de Savoie. Il est porteur d'une missive signée par Henri de Valois, prince de sang de la famille royale.



« À Monsieur de la Cornière, l'un de mes gentilshommes servants.


Monsieur de la Cornière,
Étant sur mon partement d'aller au Royaume de Pologne, il est requis et nécessaire que je sois en ce voyage accompagné tant de mes amis, que de mes serviteurs que j'ai retenus en mon état et lesquels m'ont obligation. Et encore que je sache bien que le voyage est long et que aucun le pourront trouver difficile, si est ce que pour leur devoir et honneur, ils me doivent cela. Car il ne serait pas honnête que pour être de la maison dont je suis, le lien que je vais tenir en pays étranger, le commandement que j'ai eu en ce Royaume depuis un temps, sous le Roi mon seigneur et frère, j'allasse mal accompagné.


Et pour un tel effet à cette cause, vous étant du nombre de mes domestiques et de ceux qui me sont affectionnés et qui désirent mon bien, honneur et grandeur, je vous ai bien voulu écrire pour vous avertir de ce que dessus, vous priant de vous préparer et disposer pour faire le dit voyage avec moi, et vous rendre en cette ville à la fin de ce mois, ou bien à la fin du 22 du prochain, en la ville de Châlons en Champagne, auquel temps j'espère être. Et en ce faisant, je connaîtrai que vous m'êtes serviteur d'effet et non de paroles, aussi vous pouvez être assuré que j'en aurai souvenance, en temps et lieu et où les occasions se présenteront, de sorte que chacun sera content et m'assurant que vous n'y voudrez faillir. Je ne vous ferai la présente plus longue, priant Dieu, Monsieur de la Cornière, vous tenir en sa sainte et digne garde.


Écrit à Paris, ce 7e jour d'août 1572.
Signé Votre bon ami Henri. Faites moi réponse à ce que dessus et l'adresser à Paris. »


Henri de France, quatrième fils du roi Henri II, sera officiellement élu roi de Pologne l'année suivante. Il avait besoin de fidèles sujets pour le servir dans ce lointain royaume qui était désormais le sien. Un honneur que ne pouvait refuser Benoit de La Cornière, gentilhomme sans titre et sans grande fortune.

Les français ne restèrent que peu de temps en Pologne. Dès la mort de son frère Charles, Henri devint Henri III roi de France. Il quitta la Pologne en toute discrétion dans la nuit du 18 juin 1574 pour prendre la couronne de France. Nul doute alors que ses fidèles furent généreusement récompensés pour leur aventure polonaise commune. Benoit de la Cornière mourut anobli en juin 1590, laissant plusieurs enfants en bas âge. 




Source:
- AD Rhône, Grand Prieuré d'Auvergne (48H102-1)

Quelques livres disponibles sur Google Books:
- Henri III, Philippe Erlanger, 2014
- Henri III: Roi de France et de Pologne, Georges Bordonove, 2014
- La faveur du roi: mignons et courtisans au temps des derniers Valois, Nicolas Le Roux, 2001

Illustration: La Fuite d'Henri de Valois de Pologne, Artur Grottger, 1860, musée national de Varsovie

C comme Carrossable

3 juin 2016



Deux articles de presse de l'année 1880, parus dans l'Impartial Dauphinois, nous rappellent les hivers rigoureux d'autrefois.

Le lac de Paladru fut pris par le gel dans la nuit du 24 au 25 janvier 1880. L'eau fut recouverte de plus de 40 centimètres de glace. Les habitants du tour du lac le traversaient alors à pied ou en carrosse, et organisaient des jeux de boules sur l'eau gelée.


Source: Mémoire et Actualités en Rhône-Alpes

Plus récemment le lac fut à nouveau gelé en 1956 et 1963. Comme les photos d'époque le témoignent, le carrosse n'était plus de mise: les habitants traversaient certaines parties du lac en automobile.

Source: Charavines Autrefois


B comme Bombardement

2 juin 2016

Un bombardement s’abattit sur le 222e Régiment d'Infanterie en mai 1916, il y a tout juste un siècle. Le régiment venait en ce début du mois de mai, de repartir ses compagnies.


Le 6 mai les premiers bombardements touchèrent les avant-postes du régiment, près de Clémery et Manoncourt. Ils firent 1 mort et 3 blessés.

Le lendemain toujours près de Manoncourt et tandis que l'heure du déjeuner approchait, des soldats se réunissaient pour la "popote" près des quartiers des sous officiers. C'est le moment qui fut choisit par l'ennemi pour tirer un obus. L'obus tombe sur la "popote". Les pertes furent lourdes: 6 soldats tués et 8 autres blessés, tous de la 18e Compagnie et en majorité originaires du Dauphiné.




source: France 3, Journal Télévisé, 13/11/2015


Parmi les victimes se trouve Joachim Trouilloud, né à Paladru le 9 septembre 1881. Il avait été nommé sergent en décembre 1914. Sur sa fiche matricule, il est qualifié de sous-officier brave et énergique, ayant toujours donné l'exemple du devoir. Il perdra la vie dans l'attaque.

Un autre homme, Jean-François Pommier, verra sa vie basculer. Il était né le 18 mai 1879 à Moirans, son père était également originaire de Paladru et un cousin de ma famille maternelle. S'il survit au bombardement, il fut blessé au cou et perdra son œil droit.


Sources: Mémoire des Hommes, JMO du 222e R.I. ; Archives départementales de l'Isère, Matricules et Etat-civil

A comme Acier

1 juin 2016



Les appellations Boules de Mars, Boules de Nancy, Boules des Chartreux ou Boules d'acier vulnéraire... désignent un remède à base de poudre de fer qui fut utilisé durant des siècles. Je vous propose un court voyage aux prémices de la pharmacie moderne, au temps jadis des apothicaires et guérisseurs.

Le monastère de la Grande Chartreuse

Les moines du monastère de la Grande Chartreuse, près de Grenoble, eurent connaissance du secret de fabrication des Boules d'acier durant le XVIIIe siècle. Dom Sieffert, leur confrère de la Chartreuse de Molsheim en Alsace, leur transmis la recette avant son décès.


Voici la recette telle qu'elle fut retrouvée dans les archives du monastère de la Grande Chartreuse en 1993, par le frère Marie-Bernard, archiviste:

« On prend 50 livres de limaille de fer ou d'acier (qu'on y trouve ni laiton, ni cuivre) et 30 livres de tartre tout bien pulvérisé, 2 onces d'ambre pulvérisé. Tout ceci bien mêlé ensemble, on le met dans une boîte de fer, qui doit avoir un couvercle de fer, le tout humecté par un demi-pot ou 2 chopines d'esprit de vin. Bien remuer et mêler ensemble avec une spatule de fer. On le met sur un fourneau ou dans un four quand on a sorti les pains. On le remue souvent avec la spatule. Quand il est séché, on l'humecte d'esprit de vin jusqu'à ce qu'il soit noir. Alors, quand il soit bien séché, on le pulvérise ou dans un mortier ou, ce qui vaut mieux, dans un moulin de fer et on le passe par un fin crible de Hollande. Ceci fait, on prend 5 livres, on le met dans un pot de terre. Sur 5 livres de cette matière, on prend ce qui suit:
- 4 demi onces Olibanum
- 4 demi onces Mastic Electa
- 2 demi onces Myrrha Electa
- 2 demi onces Benjoin
- 1 demi once Opobalsamum.

Le tout pulvérisé dans un mortier et mêlé à la matière précédente et humecté avec une bonne chopine d'eau de vie forte et mis sur un fourneau bien échauffé. La meilleure chose est si on a un petit fourneau de fer couvert en haut de simples tuiles, afin que la matière ne s'attache pas au fond du pot et soit brûlée. Tous les moments, bien remuer avec une spatule de fer jusqu'à ce que les baumes soient bien fondus. Sitôt que la matière s'attache à la spatule, on prend un morceau après l'autre, on le travaille un peu dans les mains et on le met dans des moules qu'on a frotté auparavant d'huile. [...] Voilà le secret de faire les boules d'acier de la Chartreuse de Molsheim bien clairement expliqué, de sorte que cette affaire ne puisse pas manquer, si on y met et on fait ce qui est clairement marqué sur ce papier. »

Les gommes qui composaient la Boule des chartreux étaient entre autres l'oliban, la myrrhe et le benjoin, des résines connues depuis de nombreux siècles pour leurs propriétés. La Boule était trempée dans de l'eau tiède jusqu'à ce que celle ci se noircisse. On ajoutait de l'eau de vie dans le verre, autant qu'il contenait d'eau. Pour les plaies, on trempait un linge dans le liquide et on l'appliquait en compresse. Les fièvres étaient soignées en buvant un demi verre de cette eau. Engelures, mal de dent, règles douloureuses, les utilisations du remède étaient nombreuses.
Etui en bois contenant une "Boule d'acier"

Sources:
- Remèdes populaires en Dauphiné, M. Rivière-Sestier, Presses universitaires de Grenoble, 1984
- La Grande-Chartreuse et la pharmacie, Julien Pierre, Revue d'histoire de la pharmacie, n°266, 1985
- Les formules des boules d'acier vulnéraires, Jean Martin, Revue d'histoire de la pharmacie, n°305, 1995
- Les boules d’acier vulnéraires, dites boules de Nancy, Colette Keller-Didier, 2002

Illustrations:
Album du Dauphiné, Alexandre Debelle
www.molsheim-histoire.fr
www.musee-dauphinois.fr

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